Les pépites de la Rédaction #03 – Nicolò

Temps de lecture : 8 minutes

Après le premier épisode de Benoît, et le second de David, c'est aujourd'hui à mon tour de vous proposer ma sélection de pépites de la semaine.

En tant que curateur en chef chez BonneGueule, j'avais envie d'orienter cette sélection sur l'axe de la découverte.

Je ne vais donc vous parler que de trois marques dont on n'a encore jamais parlé dans nos colonnes, et je mets ma main à couper qu'elles seront des nouveautés pour nombre d'entre vous.

Et le meilleur dans tout ça, c'est que pour cette fois les trois marques en question ont accepté de nous laisser les pièces que j'ai choisies pour que je puisse me faire un avis. Je vous les présente donc sans plus tarder.

La veste déstructurée en Loden de Merinos de Tellin

veste grise de face

En voilà une jolie veste en laine ! Voyons ce qu'elle nous réserve...

Pourquoi cette marque ?

Quand un lecteur nous contacte pour nous dire qu'il crée sa marque et qu'il nous remercie de l'avoir inspiré à ses débuts, la moindre des choses de notre part, c'est quand même de jeter un oeil à ce qu'il fait.

C'est justement le cas de Bjorn, fondateur de la marque Tellin, encore toute jeune, qui se lance sur de la "slow fashion" pour l'homme et la femme. Et quand c'est un lecteur, et qu'en plus, le produit est bon, et réfléchi à maturité... ? Alors il faut en parler !

Pourquoi cette pièce ?

J'ai l'impression qu'à l'heure actuelle, c'est encore la pièce "phare" de cette petite marque, alors logique pour moi de la retenir. Bjorn me l'a présentée comme une sorte de veste de ville "tout-terrain", qui liait élégance, noblesse de la matière, chaleur et confort.

Et effectivement, j'atteste que cette matière est vraiment top.

poche plaquée veste grise

Ce Loden de mérinos a le côté "poilu" et duveteux des pardessus habillés dans de beaux tissus en laine-cachemire... Mais avec une souplesse qui lui est propre.

Elle est souple (je la qualifierai presque de naturellement stretch), douce et effectivement chaude, avec une superbe main. C'est d'ailleurs au départ une matière premium d'outerwear, plutôt destinée à de très beaux manteaux qu'à une veste. Ce qui place cette pièce dans une catégorie hybride entre les deux : vous pourriez la porter par dessus un pull (col roulé, m'entends-tu...?) comme une chemise seule, selon le besoin.

La finesse des coutures "quasi-invisibles" qui m'a beaucoup été vantée par le fondateur est avéré. Elles donnent un aspect très épuré à la veste, vous croirez presque qu'elle n'est pas cousue mais "soudée" par endroits. Loin d'être un simple gimmick selon moi, ce travail d'épuration fait partie intégrante du design, et c'est un des points qui la distingue de la première veste déstructurée venue.

Ce sont en fait des coutures qu'on utilise normalement sur les manteaux en laine réversibles : il est donc indispensable qu'elles soient très discrètes et égales des deux côtés.

finitions intérieures veste grise

On voit bien le travail des coutures en question ici. C'est encore plus discret sur les manches d'ailleurs.

Côté style j'aime beaucoup le fait qu'elle s'insère bien dans les looks que j'appelle "soft tailoring" : des tenues influencées par le style tailleur classique, mais empreintes de décontraction moderne, notamment à travers un choix de pièce très axé sur le confort.

La coupe n'y est d'ailleurs pas pour rien. La marque insiste beaucoup sur le savoir faire de son modéliste, un coupeur de renom qui aurait fait ses armes dans de grandes maisons. Et c'est vrai qu'après y avoir jeté un oeil attentif, on remarque un véritable savoir faire à ce niveau : sans que je puisse exactement vous expliquer pourquoi, la veste a été coupée de façon à ce qu'elle aille bien à beaucoup de monde.

Par exemple, étant donné ma taille assez fine par rapport à ma carrure, je ressens souvent le besoin de cintrer n'importe quel blazer de prêt à porter. Ici aussi, j'ai bien la place supplémentaire habituelle, mais pour une raison que j'ignore, le tombé "droit" sur moi de cette veste reste flatteur.

Autre choix intéressant : les épaules plutôt que d'être napolitaines et donc dénuées de structure, sont ici dotées d'une cigarette assez marquée. Ça participe à donner un peu de tenue à l'ensemble, très souple et déconstruit sur le reste.

veste grise de dos

Il y a de la justesse dans cette coupe. Détail amusant : la classique double fente a été remplacée par une fente simple, normalement plus stricte et très peu présente de nos jours, car elle est moins confortable. Mais vu la souplesse de la matière, le problème ne se présente pas.

Les seules réserves que j'avais émises à Bjorn étaient le prix par rapport au lieu de confection : 450 € pour une veste réalisée en Chine, comment l'expliquait-il ?

Eh bien malgré des marges modestes qu'il m'a révélé, le coût d'une telle matière entièrement montée avec ces coutures "réversible" n'est pas compressible. Et d'ailleurs seul une poignée d'ateliers savent les exécuter selon lui... Les autres sur le marché étant français et italiens. Et là par contre je peux vous dire que le prix de la pièce ce serait envolé.

Bref, ma première impression c'est que ça peut intéresser beaucoup d'hommes à la recherche d'une pièce d'hiver confortable et élégante, à enfiler sans réfléchir.

La chemise blanche "N°V" à plastron, de Bourrienne Paris X

chemise blanche plastron

Petit col mao, plastron et poignets singuliers... Dites-m'en plus.

Pourquoi cette marque ?

Une belle histoire tout autant qu'un beau travail de design.

L'Hôtel Bourrienne est un bâtiment historique du Xe arrondissement de Paris en cours de rénovation. L'investisseur qui mène à bien ce projet a souhaité, en parallèle, l'étendre à quelque chose de plus créatif. Alors, par la même occasion, il a financé cette jeune marque, qui crée des chemises inspirées de détails d'époque, de la fin du 18ème siècle, mais modernisés.

Sur le papier, il me paraissait vraiment difficile de remettre au goût du jour le style un peu désuet des chemises d'époque. Mais dans les faits j'ai été assez impressionné par la façon dont c'est intégré à des lignes plus modernes. D'autant qu'à bien y réfléchir, trouver des chemises blanches vraiment originales, mais qui restent portables, c'est loin d'être ce qu'il y a de plus simple.

Pourquoi cette pièce ?

Pour le design, évidemment, même si j'ai eu le plaisir de constater que la qualité n'était pas en reste, avec des détails comme les coutures anglaises, un piquage à 6pts au centimètre et une façon portugaise (anciennement tunisienne, et c'est aussi pour cela que les prix de la marque ont un peu augmenté récemment).

Il y a une foule de petits détails : le plastron ton sur ton mais dans un autre tissu pour créer un très léger contraste de matière, les broderies du numéro du modèle de la chemise sur l'hirondelle de renfort ou encore l'absence d'étiquette dans le dos, remplacée ici aussi par une broderie.

col mao chemise blanhce

Le fameux plastron, thème récurent chez la marque. En tissu ottoman sur popeline, il est ici assez sobre, à l'instar de ceux qu'on voit encore sur certaines chemises d'habits très formels. Mais certains vont très loin, comme sur la chemise VIII où il est... entièrement froncé à la main.

Mais le truc que je préfère sur ce modèle, ce sont ces poignets dotés de petites fronces plutôt que des classiques "plis", et fermés par une patte boutonnée qui les enserre. Notez d'ailleurs qu'ils sont faits pour être portés un peu plus longs que vos poignets de chemise classique, à la manière des poignets d'antan.

Dans un contexte moderne où la norme est au "rien qui dépasse", au minimalisme et au retrait des fioritures, ses poignets plus voyants et son plastron lui donnent à cette chemise un petit charme qui ferait presque pirate élégant, voyou exubérant. Et ça m'a vraiment parlé.

poignets chemise blanche

Avouez que c'est intrigant, non ? D'ailleurs en dehors de la patte du poignet, cette ouverture sur l'avant bras serait bien plus fastidieuse à réaliser que notre "patte capucin" moderne...

Bien maîtrisée, je crois que cette pièce a un potentiel de cool insoupçonné, mais très conséquent.

Il est certain ce ne sera pas la plus facile à porter de ma garde robe : je me vois difficilement l'enfiler par dessus un jean brut et sortir comme ça sans me poser plus de questions. Mais j'ai hâte d'explorer les possibilités de "twist" stylistique qu'elle offrira. Et évidemment si vous vous sentez moins téméraires que moi sur ce choix, la marque a plusieurs modèles qui incorporent des niveaux d'originalité plus ou moins marquée.

Look chemise blanche

Bon, je sais pas si j'arriverais à faire un look comme ça dans la vraie vie. Ou si j'en aurais même envie. Mais en photo de lookbook, ça rend quand même vraiment bien.

Une fois encore, j'ai eu quelques doutes sur la question du prix, car "230€ pour une chemise blanche"... Oui, dit comme ça, on peut se sentir un peu réticent. Mais en vérité, mettez-y un bon niveau de finition comme ici, un bon tissu italien, rajoutez le surcoût des broderies, du plastron et de ces poignets particulièrement compliqués à réaliser, le tout avec des marges classiques, et vous avez votre explication quand au tarif.

Je pense que nombre d'entre vous qui souhaitent explorer des possibilités de design plus recherché sur la chemise peuvent y trouver leur compte, d'autant que c'est le genre de démarche créative que vous trouvez normalement plutôt chez des créateurs plus reconnus... Mais aussi nettement plus chers.

Les boots en suédé In Corio

bottines marron

Hmmm... Alors là,  pour le coup, elles ont l'air tout à fait normales ces bottines en suédé. Qu'est-ce qu'elles cachent ?

Pourquoi cette marque ? Et pourquoi cette pièce ?

Je pose la question en une seule fois ici car les deux sont indissociables. La pièce en elle même, c'est une jolie paire de boots classiques, de milieu de gamme, avec un bon suédé et un montage Blake fait au Portugal. Et sur ça, elle n'a rien d'innovant puisqu'elle fait ce qu'on attend d'elle : être classique.

Là où la marque apporte quelque chose de différent, c'est par son travail sur le confort, qui est au coeur de son concept. In Corio prétend retravailler la construction d'une chaussure Blake pour la rendre plus confortable dès les premiers ports, considérant que le confort des chaussures est l'un des principaux frein à l'achat de nombreux actifs, qui ont pourtant besoin d'avoir les pieds bien chaussés au travail. Et il est vrai que ce temps est rarement sans douleur, surtout quand on est en entrée de milieu de gamme où le confort n'est pas aussi bon que sur les formes ultra travaillées des chausseurs prestigieux.

Bon. Je vous avoue que j'étais quand même très, très dubitatif au départ. Comme tout amateur de souliers, ma première réaction c'était "Mouais, mais pourquoi vous voudriez changer un truc qui fonctionne très bien depuis tout ce temps ?"

Et puis le montage Blake est déjà par essence plus confortable qu'un Goodyear. Que pouvaient-ils apporter de plus en ce sens ?

Eh bien j'ai été agréablement surpris par deux choses :

  • Premièrement, l'amorti. Comme le promet la marque, en dessous de la semelle de propreté et avant la semelle de montage, une "mousse ergonomique en latex haute densité" se fait bien sentir. Je ne sais pas exactement ce que signifient ces termes et je ne ferais pas semblant. En revanche, je suis obligé de constater que j'ai au pied des bottines neuves avec un amorti presque aussi agréable au talon et sous la voûte que sur une paire de running.
  • Et deuxièmement, le travail de la forme : en plus d'être classiques, mais assez plaisantes visuellement, la voûte plantaire est très bien soutenue, et il en résulte un confort immédiat. Je n'ai pas possédé des centaines de paires de chaussures non plus, mais il me semble bien que sur toutes mes paires, je n'ai jamais eu ce niveau de confort là avant d'atteindre les prix de Carmina.

Franchement, les affirmations sur le confort ne sont pas usurpées.

Vous y ajoutez la semelle en gomme,  le fait que ça soit une paire en cuir suédé (par nature plus souple), et évidemment, c'est un chausson dès les premiers ports.

Pour le prix, 300 € et une fabrication portugaise, ce n'est peut-être pas ce qu'il y a de plus compétitif sur le marché pour un Blake, même si ce suédé est d'une belle qualité. En revanche, leurs tarifs dégressifs lors de l'achat de plusieurs paires peuvent en partie compenser l'écart avec certains concurrents.

Et surtout... Soyons honnêtes. Nombre d'entre-nous sont très soucieux de se dire qu'ils ont acheté la paire avec la qualité la plus "poussée" pour l'argent investi. Mais je pense que pour d'autres, qui font passer le confort avant tout, savoir que c'est une paire à la qualité honnête et au positionnement prix correct, suffira largement à franchir le pas chez In Corio, pour bénéficier des avantages propres à la marque et ne plus en avoir plein les bottes à la fin d'une journée passée à marcher.

Avis aux petons sensibles !

 

Et voilà, j'espère que ce troisième épisode vous à séduit. N'hésitez pas à me dire ce que vous pensez de ces découvertes.

Et rendez vous dimanche prochain pour une nouvelle sélection, par un autre membre de la rédaction...

Nicolò Minchillo Nicolò Minchillo

Moi, c'est Nicolò. Chez BonneGueule, je m'occupe des tests de marques, et évidemment de faire des vidéos de conseil avec Sape m'en Cinq. À côté de ça, je prête parfois main forte au pôle produit pour qu'on développe des vêtements inspirés, dans de super matières.
J'aime la funk, le jiu-jitsu brésilien, le bacon, les manteaux majestueux, les blousons en cuir et les belles boots.

Laisse-nous un commentaire

Questions de style, points de vue perso, bons plans à partager ? Nous validons ton commentaire et te répondons en quelques heures.