Nos nouveautés (2/5) : boots en cuir Stead, semelle Vibram et goodyear storm welt ⚡

Temps de lecture : 9 minutes

Publié par le 13 octobre 2020

Hier, Michel vous a présenté notre teaser vidéo et notre chino en cavalry twill.

Place maintenant à nos boots très attendues.

Vont ensuite suivre au cours de la semaine :

  • Deux pulls en laine particulièrement doux avec un effet brossé. Dans le sens du poil
  • Quatre bonnets en maille Donegal mouchetée. Touche de texture finale pour vos tenues
  • Un blouson dans un cuir de cerf prestigieux. Une histoire de savoir-faire exceptionnelle

C'est parti pour les boots !

Merci, merci et encore merci.

Oui, c'était important pour moi de commencer par un immense merci.

Si on sort cette paire de boots, c'est grâce à l'accueil que vous avez fait à nos derbys couleur terracotta, sorties en mai 2020.

A y repenser, c'était un pari plutôt risqué : la forme était très ronde, la couleur peu commune, et cette semelle Vibram si pratique n'est pas la plus utilisée chez les marques françaises, contrairement aux marques héritages/workwear américaines haut de gamme.

Et c'est aussi ce qui vous a plu, car le sold out fut rapide, et ces derbys ont (malheureusement) fait la joie de quelques resellers qui ont spéculé dessus.

Encouragés par votre accueil, on a donc récidivé avec une forme plus haute, plus adaptée à l'automne et l'hiver, avec un cousu Goodyear.

Vous avez été nombreux à demander plus de détails sur la construction interne de cette chaussure, on va donc aller plus loin, et vous allez voir, il y a des choses à dire !

Note : chaque paire est livrée avec une paire de lacets en cuir et une paire de lacets en coton ciré.

Le cahier des charges de cette paire de boots

L'aventure sinon rien

Chose inhabituelle dans la conception de cette chaussure : tout est parti de la semelle, cette fameuse Vibram (je vous explique tout plus loin), si confortable et agréable.

Dans la même lignée que notre derby, on voulait créer une chaussure qui ne soit pas une sneaker, taillée pour des marches confortables et très polyvalente.

J'avais envie d'une chaussure sans prise de tête, qu'on emporte avec soi sans réfléchir, tout en ayant de la personnalité, pour un week-end en ville, à la campagne ou au bord de la mer.

Je voulais aussi un design qui s'associe avec des tenues décontractées, typiquement celles où on pense qu'on ne peut mettre que des sneakers.

Cette paire doit pouvoir se porter sans difficulté avec un tee-shirt et un chino un peu ample, tout comme avec un jean ajusté et une chemise en oxford.

Mais surtout, je voulais une paire taillée pour durer dans le temps, avec des matériaux et un montage robustes.

Une semelle mythique de chez Vibram

Marcher dans les pas de la légende

Comme je vous l'ai dit, c'est cette semelle qui a été le point de départ.

Ceux qui aiment le workwear américain, le vintage ou l'ametora ont immédiatement reconnu sa silhouette si caractéristique.

En effet, de la même manière que la semelle Margom est un incontournable chez les sneakers haut de gamme, cette semelle Vibram est un grand classique chez des marques "héritage" type Red Wings, Wesco, Chippewa, Yuketen, Viberg, Standard Fair, Grant Stone, White's, Thorogood, Rancourt, etc. Du côté des marques européennes, c'est Grenson qui l'a beaucoup utilisée.

Pour que vous compreniez pourquoi ces semelles sont si appréciées, laissez-moi présenter l'histoire de Vibram.

C'est le genre de paire très à l'aise dans des tenues décontractées.

L'histoire de Vibram en 60s chrono

Tout commence en 1937, en Italie, par un alpiniste nommé Vitale Bramani (vous avez compris d'où vient le nom de la marque).

Et c'est un évènement tragique qui va précipiter la création de Vibram.

Deux ans plus tôt, Bramani perd six amis dans un accident en montagne. Il était convaincu que c'était en partie à cause de la pauvre qualité des semelles de l'époque, trop glissantes pour le terrain.

Il se promet de concevoir des semelles fiables, robustes, avec une très bonne qualité de traction, à une époque où les chaussures d'alpinistes étaient munies d'une semelle en cuir avec des clous plantés dedans.

Il créa la semelle Carrarmato, qui posa les bases des semelles type "commando" que l'on connaît aujourd'hui.

La semelle Carrarmato de Vibram, là où tout a commencé…

Il fut aidé par Monsieur Pirelli lui-même, le grand nom italien de la fabrication de pneus, afin d'avoir un caoutchouc durable et fiable sur une grande variété de terrains.

L'heure de gloire de Vibram arrive en 1954, lorsque le sommet du K2 — une montagne réputée plus difficile que l'Everest — est atteint pour la première fois par une équipe italienne chaussée en semelles Vibram.

Les chaussures qui ont permis de vaincre le K2, il y a un sacré style !

Dix ans plus tard, Vibram entre sur le marché américain, et de nombreuses marques américaines, outdoor ou workwear, apprécient la robustesse et la qualité de traction de ces semelles.

Le modèle Christy en Vibram Morflex

Parmi les semelles Vibram, la Christy est une des plus célèbres, largement popularisée par Red Wings notamment.

Elle a d'abord été conçue pour des usages industriels, pour des sols durs d'usine, où le confort est primordial quand on reste debout 8 heures.

Pour cela, Vibram utilise une de ses recettes secrètes : le Vibram Morflex, un mélange de caoutchouc "maison" qui permet d'alléger la semelle sans entraver sa durabilité.

Autre point : vu que les rainures sont peu profondes, pas de risques de charrier des graviers ou de la boue lors de vos pérégrinations. Par exemple, c'est une propriété très utile pour ceux qui travaillent l'asphalte chaud et qui ne veulent surtout pas en coincer sous leur semelle.

L'absence d'un talon surélevé est aussi voulue : cela éviter "d'accrocher" la chaussure en trébuchant sur un rivet qui dépasse.

Et elle ne fait pas de marques sur les sols !

C'est une semelle qui apporte aussi beaucoup de personnalité à une paire de chaussures.

La Christy, c'est donc un excellent mélange entre résistance à l'abrasion, légèreté et confort.

Si jamais la semelle se salit et s'assombrit, sachez qu'elle est simple à nettoyer.

Et comme je voulais une chaussure qui permette de marcher une journée entière pour visiter une ville, que ça soit sur des pavés d'une vieille ruelle, ou des trottoirs d'une jungle de béton, vous imaginez donc bien que cette semelle était toute trouvée !

Quelle durée de vie pour cette semelle ?

Ah, voilà l'info où les marques évitent de se mouiller !

Elles ne veulent pas prendre de risques et je les comprends, car c'est toujours compliqué à estimer.

Cela dépend de beaucoup de facteurs : votre poids , votre démarche, etc.

Mais sachez qu'en cas de ports intensifs, j'estime qu'il vous faudra entre 3 à 5 années avant d'envisager un ressemelage. Et après, vous serez à nouveau prêt pour un nouveau cycle !

Je tiens cette fourchette de par les nombreux témoignages que j'ai pu glaner sur la durabilité d'une Christy montée sur des Red Wings.

N'ayez pas peur d'avoir un peu de terre sur la semelle, elle se nettoie très facilement !

Pour le ressemelage, Vibram affiche une liste de cordonniers "certifiés Vibram" sur son site. Si vous habitez à Paris, sachez qu'il y a la Vibram Academy spécialisée dans ce genre de tâche !

Cela dit, même avec de telles propriétés, je déconseille formellement de porter vos chaussures deux jours de suite.

(et c'est le cas pour toutes vos chaussures en cuir d'ailleurs, quelles que soient la marque et la gamme de prix)

En effet, l'humidité présente dans la semelle intérieure, dans le cuir de la doublure et la semelle intérieure, a besoin de s'évacuer. Car si elle persiste, cela peut fragiliser les composants intérieurs (comme s'ils "macéraient" sans jamais sécher).

Bon ensuite, si c'est votre unique paire de chaussures pour un week-end prolongé ce n'est pas dramatique, il ne se passera rien, mais enchaîner des semaines de ports quotidiens, sans discontinuer, n'est pas bon pour la durabilité de votre chaussure.

Un cuir robuste rough out couleur "sable" de Stead

Un cuir fait pour vieillir

Une belle couleur sable qui va se bonifier avec le temps.

Si vous avez notre paire de chelsea boots ou de derbys, vous savez qu'on apprécie beaucoup la tannerie anglaise Stead.

C'est une tannerie anglaise très réputée pour les cuirs suède et rough out, car ils sont beaux et résistants aux éléments. D'ailleurs, sur la plupart des marques haut de gamme de chaussures vintage/workwear, vous pouvez être sûrs à 90% que c'est un cuir de chez Stead si c'est un cuir suède.

Qu'est-ce que le cuir "rough out" de ces boots ?

C'est très simple : il s'agit d'un cuir dont on utilise le côté "intérieur" (le côté chair) pour l'extérieur de la chaussure. Il est nécessaire d'utiliser des peaux 2 ou 3 fois plus âgées que celles utilisées pour un cuir "normal".

Cela permet d'obtenir un cuir plus épais et résistant.

Mais ce n'est pas tout ! Lors de son tannage, on va utiliser de l'huile et de la graisse pour le rendre encore plus résistant à l'eau.

Quant à la couleur, on voulait du sable, car j'aime beaucoup les couleurs claires en hiver, qui amènent de la lumière dans une tenue.

C'est un cuir qui présente de nombreux avantages :

  • il ne prend quasiment pas les plis de marche
  • il se patine très joliment dans le temps
  • il résiste très bien aux intempéries et vous protège de la pluie, pas de soucis à se faire si vos chaussures prennent quelques gouttes, laissez tranquillement le cuir sécher
  • il est bien costaud, car c'est un cuir dense et épais

Au niveau de l'entretien, il n'y a pas grand-chose à faire, un petit coup de brosse de temps en temps, de l'huile spéciale pour les grandes occasions, et il n'en faut pas plus !

Une construction de haute volée

Goodyear storm welt, talon baraquette, et mur gravé

Avant de rentrer dans les détails, petit rappel ultra rapide du lexique de la chaussure sur trois termes :

  • tige : sur une chaussure, comme son nom ne l'indique pas, il s'agit du cuir extérieur, celui que vous voyez une fois chaussé !
  • trépointe : c'est la bande de cuir fait la jonction entre la semelle extérieure (celle sur laquelle vous marchez) et la tige
  • première de montage : ("insole" en anglais) c'est la semelle intérieure sur laquelle vous allez poser votre pied

Un cousu Goodyear "Storm Welt" made in Italy

Et oui, c'est un montage Goodyear sur cette chaussure, contrairement à notre derby qui était en cousu sandalette, qui a l'avantage d'un ressemelage aisé et d'une très bonne résistance à l'eau.

C'est un montage déjà expliqué par Jordan ici.

Pour augmenter l'étanchéité, nous avons voulu deux finitions particulières…

La première, c'est un talon dit "baraquette", où la couture Goodyear fait complètement le tour de la chaussure.

Comme vous pouvez le constater, la couture fait tout le tour de la chaussure.

La deuxième, c'est un montage dit "storm welt", où la trépointe en fendue en deux. Il y a une partie du "Y" qui va se plaquer contre la tige et renforcer encore plus l'étanchéité. Pour avoir justement ce surplus d'étanchéité, il faut forcément un talon baraquette.

Bref : n'ayez pas peur de marcher sous la pluie avec ces chaussures !

En haut à droite, c'est un mur rapporté en toile. Sur cette boot, notre construction c'est celle du milieu, sauf que la trépointe est en "Y", ce qui n'est pas le cas sur ce dessin.

Une doublure et une semelle intérieure de qualité

Tout d'abord, le cuir de doublure est un cuir au tannage végétal, il va donc joliment se patiner et s'assombrir avec le temps. C'est un cuir qui vient d'une tannerie d'Italie, en Toscane, justement spécialisée dans le tannage végétal ET les cuirs pour semelles et doublures.

Quant à la semelle intérieure, elle est aussi en cuir au tannage végétal. L'intérêt, c'est qu'elle va se mouler au votre pied au fil des ports, rendant la chaussure toujours plus confortable.

A l'exception de la semelle et du liège, c'est donc une chaussure entièrement en cuir ! Pas de plastique ou de colle sur cette chaussure.

Un mur gravé dans la première de montage

Alors cette finition, j'en suis particulièrement fier !

Car normalement, c'est une finition que l'on trouve de manière très exceptionnelle sur des chaussures à 600€, et même sur des chaussures à plus de 1000 € il n'est pas dit qu'elle soit présente…

C'est une finition totalement invisible, mais qui déchaîne les passions chez les puristes !

Alors, de quoi s'agit-il ?

C'est une finition qui concerne la manière dont est cousue la trépointe à la première de montage.

Normalement, la couture se fait avec une sorte de ruban collé sur la première de montage, qu'on appelle "mur rapport" ("gemming" en anglais) . C'est certes  durable, mais on peut aller encore plus loin, avec le fameux mur gravé.

En comparaison, voici un mur rapporté en toile, collé sur la première de montage, utilisé dans la majorité de l'industrie. La couture de la trépointe se fait sur le petit bourrelet banc. Ce N'EST PAS la construction utilisée pour nos boots. Crédit photo : l'excellent Shoe Gazing.

Dans le cas de notre chaussure, on va faire une incision directement dans la première de montage pour créer une "lèvre" tout autour : c'est ce qu'on appelle un mur gravé. Et c'est sur cette "lèvre" que la couture vient directement se faire. La première de montage et la trépointe sont donc efficacement liées !

Note : le "gemming" est un sujet hautement polémique chez les passionnés de chaussures. Si vous voulez creuser la question, je vous invite à lire l'interview de Stéphane Jimenez par nos confrères de Parisian Gentleman, où il explique bien les enjeux du gemming vs un mur gravé.

C'est une manière de faire réservée normalement qu'au très haut de gamme, et ça permet de faciliter le ressemelage, donc de prolonger encore plus la durabilité, car on considère qu'une couture directement dans le cuir de la semelle intérieure sera un montage plus résistant qu'un mur en toile collé.

Certains puristes affirment également que c'est une manière de lier encore plus fortement tous les composants internes de la chaussure, et que c'est une construction qui résiste mieux à la transpiration, toujours dans une optique de résistance dans temps accrue.

C'est sous cette "lèvre" que la couture va venir se loger.

Soyons clairs : étant donné que c'est une finition totalement invisible, elle n'intéresse pas grand monde à part les grands passionnés de souliers, mais pour nous, elle nous tenait à coeur.

C'est aussi une manière de faire plus artisanale, plus traditionnelle, et c'est ce savoir-faire de pointe de notre atelier italien que l'on voulait transmettre avec cette chaussure.

Et bien que cela soit une finition largement plus coûteuse en temps et en compétences, c'est le genre de petit détail qui fait que notre chaussure a l'une des meilleures fabrications possibles en prêt-à-chausser.

Une forme ronde et confortable

Vu qu'on avait choisi une semelle très confortable, il était important pour nous d'avoir une forme qui soit agréable pour le pied et les longues marches.

L'avant de la chaussure est donc tout en rondeur, pour éviter de comprimer vos orteils.

Cette forme conjuguée à la semelle Vibram donne une chaussure confortable dès les premiers ports.

Cela donne aussi une ligne bien décontractée comme j'aime !

Et je trouve que cette rondeur donne de l'intemporalité à la forme, comme si elle avait été créée il y a plusieurs dizaines d'années.

La question du prix

Pour du made in Italy, avec un cuir haut de gamme chez C.F Stead, une semelle Vibram, un goodyear storm welt et le fameux mur gravé, on sera, à l'instar des derbys, sous la barre fatidique des 400 € !

Je suis très fier de ce prix, car cette paire de boots coûterait aisément plus de 500€ ailleurs.

Comment vous procurer ces nouvelles pièces ?

Rendez-vous sur notre e-shop et dans nos boutiques de Paris 3e, Paris 6eLyon et Bordeaux.

Et pour ne rien louper de ce lancement et des prochains, inscrivez-vous ici :

En renseignant votre email, vous allez recevoir nos conseils en style et les actus BonneGueule par email. Vous pouvez vous désinscrire à tout moment via les liens en fin de mail (on sera tristes, mais la vie trouve toujours un chemin !).
Benoît Wojtenka Benoît Wojtenka

J'ai fondé BonneGueule.fr en 2007. Depuis, j'aide les hommes à construire leur style en leur prodiguant des conseils clairs et pratiques, mais aussi des réflexions plus avancées. J'aime aussi le techwear, les matières japonaises, le sport et le thé.

Laisse-nous un commentaire

Questions de style, points de vue perso, bons plans à partager ? Nous validons ton commentaire et te répondons en quelques heures.