Mon palmarès des hommes les plus classes au cinéma – Bobine

6 min
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Mon palmarès des hommes les plus classes au cinéma – Bobine

6 min
Publié le : 7 août 2022Mis à jour le : 8 août 2022

Tandis que notre vestiaire estival se dévoile, les programmes TV se relâchent. Je profite de cette accalmie pour vous livrer mes petites réflexions de l'année autour du style, de la mode et du cinéma. Connaissez-vous « La Classe Américaine » de Michel Hazanavicius et Dominique Mézerette ? C'est un film plutôt rare et culte, qui parle entre autres de style et de vêtements. Sa particularité ? On y croise bon nombre d'acteurs de légende. Et si j'en profitais pour dresser mon petit podium des hommes les plus classes du film ?

(Crédit photo de couverture : Paul Newman dans « Le Clan des Irréductibles », 1971 – IMAGO / Everett Collection )

« La Classe Américaine » est un drôle d'objet. Techniquement parlant, on appelle cela un mash up. Ici, c'est un film monté de toutes pièces à partir de multiples extraits de films de la Warner. On en dénombre plus de 80 et certains fans se sont bien sûr amusés à les répertorier. Le doublage et les dialogues, loufoques, font le reste.

Diffusé pour la première fois à la fin de l'année 1993 sur la chaîne Canal +, le film « La Classe Américaine » devient par la suite un étrange objet de culte : les fans s'organisent, on se passe des copies VHS sous le manteau, etc. Les dialogues font désormais partie de la pop culture et se retrouvent jusque dans les jeux vidéo.

En 2020, Son réalisateur Michel Hazanavicius résumait la chose ainsi au journal Le Point : « C'est un exemple unique de film qui n'est pas une marchandise, il n'a pas à se vendre, il se transmet par enthousiasme. ».

On pourrait ajouter que ce film est dans la lignée de ce que produisait Canal + jusqu'au début des années 90 : c'est drôle, politiquement incorrect?Revus aujourd'hui hors contexte, certains passages feront même grincer des dents et souvent un peu n'importe quoi. C'est aussi un hommage appuyé au cinéma et à l'art du doublage.

Son pitch ? Une histoire improbable, parodie du légendaire film « Citizen Kane » d'Orson Welles : John Wayne tient ici le rôle de George Abitbol, un capitaine de bateau désigné officiellement comme l'homme le plus classe du monde, et ce depuis plusieurs années. Il meurt malencontreusement, laissant le monde entier dans l'expectative. Quel sens donner à ses derniers mots : « monde de merde ! » ? Des journalistes mènent l'enquête...

1. LA CLASSE, QU'EST-CE QUE C'EST ?

Chacun a sa définition. Avoir la classe, dans le langage commun, c'est souvent synonyme de distinction et d'élégance, en particulier vestimentaire. Dans « La Classe Américaine », le personnage de John Wayne est l'homme le plus classe du monde, rien que ça. Mais tous ne sont pas d'accord sur la signification de cette formule, à commencer par le personnage rageux de Burt Lancaster :

« Je t’arrête tout de suite. La classe, c’est d’être chic dans sa manière de s’habiller. Rien de tel que d’aller chez Azzedine Alaia ou même de s’acheter des sous-pulls chez Yohji Yamamoto ! »

Il se fait ici appeler José. Les images utilisées proviennent d'un film de pirate des années 50 intitulé « Le Corsaire Rouge ». Burt Lancaster n'y est pas nécessairement au summum du style mais ne vous y trompez pas : l'acteur a d'une manière générale de belles tenues sous le coude, comme celle ci-dessous par exemple et qui aurait tout à fait pu illustrer mon amour du style rétro :

En attendant, la réponse de l'homme le plus classe du monde à ce dénommé José ne se fait pas attendre. À ce moment-là du film, le personnage de John Wayne a la tenue du « Renard des Océans » de John Farrow en 1955. Classique, plutôt maritime, mais diablement efficace, comme vous pouvez le voir sur la photographie ci-dessous. Quant à la réplique, elle est pour le moins cinglante. Je vous laisse apprécier :

« Excuse-moi de te dire ça, mon pauvre José, mais tu confonds un peu tout. Tu fais un amalgame entre la coquetterie et la classe. Tu es fou...Tu dépenses tout ton argent dans les habits et accessoires de mode mais tu es ridicule. Enfin si ça te plaît. C’est toi qui les portes. Mais moi, si tu veux mon opinion, ça fait un peu… has been. ».

L'ÉCLAIRAGE DE DAVID : LA CLASSE OU L'ÉLÉGANCE ?

« De nos jours, je dirais que le terme classe a une image un peu dégradée. Il a un côté un peu too much, presque bling et vulgaire, un peu comme quand on dit "futal" à la place de "pantalon".

La classe, c'est une volonté un peu plus poussée, "ostentatoire", d'être ou plutôt de paraître bien habillé. Il y a une question d'image, de ce qu'on renvoie. "Je veux avoir la classe, je veux que les gens se disent que j'ai la classe".

Je perçois l'élégance comme une volonté plus discrète, plus sobre, d'être bien habillé. Il y a plus quelque chose de plus personnel avec ce terme : "Je veux être bien habillé, me sentir bien dans mes vêtements. Je ne m'intéresse pas vraiment au regard des autres."

Jordan aborde ce sujet à la fin de son article sur le costume bleu roi du marié. »

Peut-on avoir la classe sans être extrêmement bien habillé ? De mon point de vue, l'attitude et une tenue correcte peuvent suffire. On peut pourquoi pas prolonger la réflexion à travers cette vidéo, qui s'interroge sur les notions de style et de charisme :

2. JOHN WAYNE MÉRITE-T-IL VRAIMENT SON TITRE D'HOMME LE PLUS CLASSE DU MONDE ?

On ne sait pas exactement comment le personnage de John Wayne s'est vu affublé de ce statut exceptionnel. On peut en revanche s'interroger. Dans l'imaginaire collectif, John Wayne est surtout portraituré en cow-boy - le denim et le bandana n'ont pas de secrets pour lui.

On trouve cependant d'autres rôles dans sa filmographie, et si l'on regarde en dehors, on trouve parfois des choses étonnantes. Regardez par exemple ce cliché des années 50 ci-dessous. Tenues estivales, John Wayne à gauche, Gary Cooper à droite :

À la différence du second, le premier n'a jamais vraiment été perçu comme une icône du style. Chez John Wayne, on peut cependant reconnaître une certaine élégance chez quelques-uns de ses personnages de cinéma, comme dans « L'Homme Tranquille » ou « La Taverne de l'Irlandais » de John Ford. Comment pourrait-on définir l'élégance aujourd'hui dans le vêtement ? Petite mise au point ici, si besoin :

Dans « La Classe Américaine », l'homme le plus classe du monde se remarque cependant moins par ses tenues que par son attitude. Alors si l'on s'en tient au seul style vestimentaire, qui pourrait bien prétendre à ce titre parmi tous les acteurs présents dans le film ?

Les grandes stars américaines des années 50 à 80 sont là : Paul Newman, Frank Sinatra, Henri Fonda, Robert Redford, James Stewart, Robert Mitchum, etc. Je vous dévoile mon top 3 - forcément un peu subjectif.

3. MON PALMARÈS 

1. PAUL NEWMAN

Une évidence, ne serait-ce qu'à travers les extraits utilisés dans « La Classe Américaine ». De l'Ivy League au workwear, du formel au décontracté, Paul Newman s'est essayé à de nombreux registres de style. Ce n'est pas un hasard si son nom ou ses tenues apparaissent régulièrement dans les magazines de mode.

À dire vrai, Je n'ai jamais rien vu chez lui qui ne soit pas un minimum inspirant. Dans le genre, Paul Newman est un concurrent sérieux au poste très convoité d'homme le plus stylé du cinéma. En attendant, on l'attribue souvent, à juste titre, au toujours très influent Steve McQueen. Reste que Paul Newman dégage lui aussi une aisance assez stupéfiante avec le vêtement, toujours choisi avec goût.

À choisir parmi le casting invraisemblable de « La Classe Américaine », l'homme le plus classe du monde au cinéma pour moi, c'est donc Paul Newman. Sans trop d'hésitation. C'est aussi grâce à des personnalités comme lui ou comme Elvis Presley que j'ai pris goût aux mocassins, été comme hiver. Pour d'autres bonnes raisons d'en porter :

2. CLARK GABLE

J'ai longuement hésité sur la suite du podium. Car évidemment, des hommes de style au cinéma, il en manque énormément dans « La Classe Américaine ». Et puis j'ai regardé la liste une nouvelle fois, en repensant soudainement à « Mogambo », aux « Désaxés » et à une foule d'autres films avec... Clark Gable. Jetez un œil sur les archives disponibles sur la toile, vous comprendrez tout de suite, comme ici par exemple :

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© George Hurrell/John Kobal Foundation/Getty Images

Clark Gable en 1931, sans moustaches et dans un style que l'on pourrait presque qualifier de soft tailoring avant l'heure.

Clark Gable est acteur dans le film de Michel Hazanavicius et Dominique Mézerette. Mais bien sûr, compte tenu de l'aspect parodique et détourné de cette aventure, tout ceci est à prendre au millième degré. En revanche, le degré de style de Clark Gable est du genre très élevé, toutes périodes confondues. Pourtant, s'il fallait choisir une tenue en particulier, difficile de ne pas penser à son tout dernier rôle.

Pour moi, il restera ainsi le cow-boy ultime des « Desaxés » de John Huston en 1961, avec Marilyn Monroe. Si je devais me remettre aux chemises western et au denim, c'est assurément de ce côté-là que j'irai chercher l'envie. Pour d'autres histoires de denim au cinéma :

3. ROBERT REDFORD

J'aurais pu choisir Frank Sinatra ou Robert Mitchum pour la dernière marche du podium. De Dean Martin à James Stewart, tous les acteurs présents dans le film ont quelque chose du style à raconter. Mais il y a chez Robert Redford un petit quelque chose qui m'inspire plus particulièrement, sans que je ne sache vraiment bien pourquoi.

Dans « La Classe Américaine », il tient le rôle d'un des journalistes chargés d'enquêter sur l'homme le plus classe du monde. Son partenaire n'est autre que Dustin Hoffman et les extraits sont tirés d'un des films les plus intéressants sur le journalisme : « Les Hommes du Président » d'Alan J. Pakula en 1976.

Bien sûr, rien de tout ceci n'est totalement sérieux. C'est une parodie, ne l'oubliez pas. Le film de Michel Hazanavicius et Dominique Mézerette leur prête donc des échanges pour le moins lunaires, certains axés sur le quotidien ordinaire d'un amateur de vêtement.

Comme vous le savez, nous avons une fâcheuse tendance à observer des choses que personne d'autre ne regarde : une tenue, une texture ou une matière particulière. Ce qui amène toujours la même question : « c'est quelle marque, ton vêtement ? ». Un exemple parmi d'autres :

« - Dis donc, je pensais à un truc. Tu l’as achetée où, ta veste ?

- En même temps que mon fute, chez un mec dans les Vosges, tu connais pas.

- Ah, ouais, ouais. C’est vrai que tu es vosgien, toi. »

C'est évidemment n'importe quoi. Notez que je ne sélectionne ici que des extraits présentables : d'une manière générale, le film utilise un langage relativement fleuri et pas toujours très classe, justement.

Toujours est-il que Robert Redford, c'est aussi la très inspirante tenue des « 3 Jours du Condor » de Sydney Pollack en 1975. On y découvre entre autres un florilège de matières de caractère comme du tweed ou du chambray. Mais vous trouverez beaucoup d'autres tenues passionnantes dans sa filmographie, et même quelques liens avec nos propres vêtements :

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