Test : Cinabre et ses foulards entre mode et science-fiction

Temps de lecture : 9 minutes

Salut à tous, j’ai fait la connaissance de Alexandre Chapellier qui a crée la marque Cinabre via un ami commun (merci Florian, alias Mr Flocations). Au détour de la conversation, un titre de film : Blade Runner. C’est en fait le film culte de Ridley Scott qui a inspiré Alexandre pour la création de ses foulards.

Alors sur une idée saugrenue mais loin d’être inintéressante, nous avons décidé de vous faire (re)découvrir Blade Runner, qui se trouve être un de nos films préférés.

Décreusage des tissus dans un atelier à côté de Lyon (en français compréhensible : les tissus à l‘état brut sont accrochés sur ce cylindre pour être trempés dans des bains spéciaux afin de retirer la graisse des vers à soie)

Création de la marque

Et on commence par un interview pour présenter Alexandre :

Geoffrey : Salut Alexandre, qui es-tu ? d’où viens-tu ? et que viens-tu faire ici ?

Alexandre : Je suis franco-suédois, DJ à mes heures perdues et surtout un « habilleur de cou » : j’habille le cou des hommes et des femmes avec mes foulards, nœuds, cravates et autres cols… J’habite Paris mais me déplace souvent dans les ateliers à côté de Lyon et dans le Loir et Cher.

Geoffrey : Les vêtements ont toujours été un de tes centres d’intérêts ? A propos : comment as-tu commencé à t’y intéresser ?

Alexandre : Je m’intéresse depuis toujours à la mode et aux vêtements. Un très bon ami de mes parents tient une magnifique librairie rue du Faubourg St Honoré qui regorge d’illustrations de mode (ndlr. la Librairie Chrétien, 178 rue du Fbg St Honoré).

C’est là que j’ai commencé à me faire l’œil, il y a 15 ans. Et depuis 3 ans je travaille avec le grand couturier Michel Goma qui m’a encouragé à me lancer.


 

Geoffrey : Penses-tu que c’est compliqué d’être entrepreneur aujourd’hui en France ?

 

Alexandre : De manière générale c’est compliqué et cher de fabriquer un produit de luxe, ça l’est d’autant plus en France où le savoir faire est en train de disparaître et les coûts de main d’œuvre sont très élevés. C’est pour cette raison que j’ai passé 1 an et demi à rencontrer plus d’une centaine d’artisans à travers la France. Un travail long mais passionnant qui me permet aujourd’hui de proposer de véritables produits de luxe.

Geoffrey : Peux tu nous parler d’un de tes ateliers en particulier ?

Alexandre : J’ai eu par exemple beaucoup de difficulté à trouver un artisan encore capable de faire des nœuds pap et cravates à la main. Tout ce savoir faire a pratiquement disparu dans les années 90 quand la plupart des marques de luxe sont parties en Italie ou en Asie.

Les ateliers ont fermé les uns après les autres. Par chance j’ai pu trouver une femme artisan dans le Loir et Cher qui fait des cravates et des nœuds depuis 3 générations : sa grand mère et sa mère faisaient le même métier dans le même atelier.

 

 

Pourquoi t’être lancé dans ce pari un peu fou ?

Alexandre : Dans le domaine de la Haute Façon et du Luxe la France a un patrimoine qu’elle doit protéger mais surtout redynamiser. C’est un pari un peu fou qui me passionne. Ce sont de belles rencontres avec les artisans, une revalorisation du travail à la main et l’envie de sensibiliser les gens aux beaux produits plutôt qu’au « consommer-jeter ».

Geoffrey : Qu’est ce que propose Cinabre aujourd’hui ?

Alexandre : Pour l’homme Cinabre propose de très grands foulards (plus de 2m40 de long) en soie/modal très douce et en crêpe de chine, des cravates faites main avec nos propres motifs ce qui est très rare aujourd’hui car la plupart des cravates ont les mêmes motifs standardisés. Et enfin nous avons une grande collection de nœuds pap (motifs, laine, velours de soie et même fil d’or 24 carats pour les esthètes !)

Geoffrey : Et pourquoi t’être tourné vers les accessoires de cou et pas autre chose (chaussures, vêtement) ?

Alexandre : L’accessoire autour du cou est un moyen raffiné d’affirmer sa personnalité. La plupart des gens s’habillent de la même manière et suivent les tendances de fond de la mode. Un beau foulard ou une cravate originale est un moyen facile et efficace de personnaliser son look.

Depuis 15 ans on nous explique que la chaussure et le sac sont les pièces maîtresses d’un look. Pourtant, quand je rencontre quelqu’un, je regarde d’abord son visage et ce qu’il porte autour du cou plutôt que ses chaussures ou son sac…

Geoffrey : Quelles sont les erreurs que tu as faites au début et que tu ne ferais plus aujourd’hui ?

Alexandre : J’ai fait beaucoup d’erreurs et j’en fais encore tous les jours. Ma principale erreur au début a été de vouloir gagner du temps et économiser de l’argent dans les impressions de mes motifs. Or les premiers résultats étaient très décevants. J’ai alors repris tout de zéro.

On a décidé de travailler avec des ateliers capables d’imprimer à des cadences lentes pour avoir des couleurs plus profondes et une qualité de dessin optimale. J’ai fait fabriquer des nuanciers de plus de 20 mètres pour chacune des matières qu’on utilise afin de définir toutes les couleurs et les nuances même les plus petites sur tous nos imprimés. C’est un travail très long et coûteux qui va à l’encontre des principes économiques de rentabilité mais cela permet d’avoir des rendus uniques.

C’est un pari plutôt risqué pour une jeune marque qui doit être vigilante sur ses coûts et essayer de produire en petite quantité et pas trop cher mais à mon avis ce choix paiera sur le long terme…

 

Geoffrey : Bon, parlons un peu conseils et chiffons 😉 Tes grands foulards appartiennent a priori plutôt à la garde-robe des femmes : comment viriliser un look masculin si un lecteur décide de les porter ?

Alexandre : Un grand foulard se porte sans problème dans un look masculin. Ca donne tout de suite une touche de style à sa tenue. Soit on fait plusieurs tours autour du cou pour un look « casual », soit un seul tour avec un foulard plus présent sur le vêtement (tshirt, pull, veste…) pour un look plus pointu.


Geoffrey : Et côté motifs : arbres volants, vaisseaux spaciaux-escargots et rayons lasers… tu n’aurais pas abusé du pastis ?

Alexandre : En fait, je suis plutôt vodka caramel que pastis. Et j’adore la science fiction! Le foulard et le motif de manière générale sont des supports géniaux pour exprimer sa créativité. Je ne me fixe aucune limite. Nous proposons une alternative aux motifs à pois, rayures que l’on voit partout. Nos foulards racontent tous une histoire. Portés, noués, on ne s’en apercevra pas forcément. C’est un clin d’œil, un lien particulier que l’on crée avec notre client…

Geoffrey : Et pourquoi l’espace ? Un rêve de gosse ?

Alexandre : L’Espace est un sujet fondamental. Malheureusement les gens se désintéressent des découvertes spatiales et ne prennent pas les réalités exta-terrestres au sérieux. Pourtant on a beaucoup de choses à y apprendre. Il faut s’imaginer quelques siècles auparavant, les découvertes de Magellan, Cook ou Bougainville : fallait-il s’y intéresser ? Pour moi, l’Espace, c’est la même chose. C’est un sujet qu’on reverra dans mes prochaines collections, c’est sûr.

Geoffrey : On termine avec Blade Runner. Qu’est ce qu’on pourrait dire à quelqu’un pour qu’il ait envie de le regarder ?

Alexandre : Un film de SF qui n’a pas vieilli. Un film à la fois contemplatif et rythmé qui nous plonge dans une ville futuriste oppressante. Un film culte qui a influencé des générations d’artistes (architectes, designers, réalisateurs,…)

Et une BO incroyable par Vangelis qui surpasse presque le film.

Geoffrey : Allez… une dernière : si l’humanité risquait de sombrer comme dans Blade Runner, pourquoi voterais–tu BonneGueule aux présidentielles de 2012 ?

Alexandre : Je voterais entre autre pour le style. BonneGueule n’aurait pas cet uniforme insipide de nos candidats : costume bleu, chemise bleue, cravate bleue !



Blade Runner : Est-ce que les androïdes rêvent de moutons électriques ?

Geoffrey : un film qui fait réfléchir, du navet commercial au film culte

A l'origine, Blade Runner c'est "Do Androits Deam of Electric Sheeps ?" : un roman de science-fiction de Philip K. Dick qui est un des grands maitres du genre. A tel point que ses écrits ont aussi donné lieu à des films comme Minority Report, Total Recall et en ont inspiré bien d'autres (Ghost in The Shell, Matrix).

Mais Blade Runner (1982) n’a failli jamais voir le jour dans la version que l’on connaît aujourd’hui. A sa sortie, les producteurs ont voulu un film plus « grand public » et ont collé sur toute l’intrigue une voix off coupant court à toute interprétation personnelle… et ont changé la fin pour une happy end au gout de marshmallow. Sans l’accord du réalisateur Ridley Scott. Ils sont même allés jusqu’à réutiliser des scènes non-retenues de Shining

Dans la version réalisateur (1992), on peut enfin savourer un Blade Runner au rythme plus lent, mais aussi plus contemplatif avec un scénario qui soulève des questions au lieu de les tuer dans l’œuf : Rick Deckard (Harrisson Ford) est-il un androïde ?

 

La page Blade Runner de Wikipedia est à ce sujet très bien écrite.

Alexandre : esthétique et univers du film

Bien au delà des simples effets spéciaux, le film parvient à créer une ambiance et une esthétique vraiment fortes. C’est la différence avec la plupart des films de SF sortis récemment qui consacrent plus de budget et de temps aux effets spéciaux en négligeant souvent l’atmosphère et le sens général du film.

Les premières images sont très fortes. Ridley Scott pose le décor d’une ville tentaculaire où le soleil n’apparaît pratiquement jamais. Il s’inspire d’architectures et structures bien réelles. C’est intéressant, après avoir vu le film, d’aller observer une raffinerie de nuit, on se replonge très bien dans Blade Runner.

Tout cela peut paraître glauque. Personnellement je trouve ça très beau. J’ai toujours été fasciné par les architectures gigantesques, les mégalopoles asiatiques. Le rythme du film permet au spectateur de s’imprégner de l’ambiance de cette ville du futur. L’appartement du héro est aussi plein de détails intéressants, de designs avant gardistes dont on s’inspire encore aujourd’hui.

Exemple de lien avec ma collection

Le foulard Constellation est l’hommage le plus visible au film de Ridley Scott. Lorsque l’on déploie le foulard, on est devant le hublot d’un spaceship à observer une constellation. On s’est inspiré du film pour les couleurs et la bordure du foulard qui ressemble à une structure métallique luminescente...

La scène finale avec le monologue du replicant est aussi magnifique et très poignante. On a quitté les couleurs noir orange du début pour du noir et bleu très brillant grâce à la pluie et aux néons TDK. La lumière est magnifique.

On a voulu recréer cette ambiance dans notre foulard Orion. Il est noir et bleu avec un rendu couleur très profond grâce au crêpe de chine. Le nom du foulard est d’ailleurs une référence directe à cette réplique finale du replicant. (« …attack ships on fire off the shoulder of Orion… »).

Version française ici.

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Bonus : Vous avez aimé Blade Runner et le genre cyberpunk (la science-fiction dépeignant un avenir sombre) ? Découvrez aussi Ghost in the Shell 1 & 2, le film d’animation franco-japonais Renaissance, et au cinéma Soleil VertMinority Report, ou Matrix bien sûr.

Et sur des suggestions d’Alexandre : Terminator 1 et Total Recall, et puis bien sûr Bienvenue à GATTACA.

Côté littérature : 1984, la saga Hypérion (Dan Simmons) ou Ubik (Philip K. Dick) ou mieux encore : Atlas Shrugged (Ayn Rand), qui serait le second livre le plus influent aux Etats-Unis après la Bible, et qui vient à peine d’être traduit en Français.

Où trouver les foulards, les cravates et les noeuds papillons Cinabre ?

Vous pouvez retrouver l’ensemble de la collection sur le site Cinabre, et les foulards et nœuds papillon chez L’Exception et Dressing the Man.

Cinabre propose aussi un service de nœud papillon et cravate sur mesure dans les salons Scabal (Paris, quartier de l’Opéra).

Effectivement le prix picote un peu : c’est un achat qui doit être réfléchi. Sachez tout de même que ces foulards font 2,40m de long. En comparaison, les soies Hermès reviennent 3 fois plus chères à qualité équivalente.

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