Mes sneakers d’aujourd’hui et de demain (3/3) – Carte blanche à Nicolò

Temps de lecture : 10 minutes

Publié par le 15 août 2021

Cet article est la conclusion d'une série d'articles rétrospectifs sur mon rapport à la Sneaker.

D'abord le premier volet, "Moi et mes Sneakers, de l'enfance à l'adolescence", durant lequel je racontais tous les souvenirs que portent les sneakers qui ont jalonné ma vie, de l'enfance jusqu'à mes 19 ans. J'y relatais une perspective plus "naïve", un rapport à la sneaker et au style qui était beaucoup plus façonné par des souvenirs, le besoin de s'affirmer, ou contraire, de se fondre dans la masse.

Le second volet, au contraire, relate mes goûts en sneakers à partir du moment où le style est passé d'une préoccupation à l'importance plutôt secondaire, à une véritable passion qui grandissait d'année en année.

Alors, pour ce dernier opus, je parlerais des deux dernières paires qui m'ont conquis... Et qui représentent une forme de clin d'œil à mes goûts passés.

Mais surtout, pour amener cette série à sa conclusion logique, je vais bien sûr vous parler des sneakers que j'aimerais posséder à l'avenir.

Ce qu'est (et n'est pas) une sneaker "élégante"

Dans l'article précédent qui portait sur mes découvertes en senakers jusqu'à mes 25 ans, je m'étais arrêté aux Common Projects B-Ball en nubuck ton sur ton.

Ces deux paires seront sans doute pendant encore longtemps mes "essentiels", les sneakers que j'enfilerais quasi automatiquement avec 80% de ce que je porte.

D'un certain point de vue, je les trouve "parfaites".

Ce type de design minimaliste joue un rôle essentiel dans ma garde-robe : celui de réussir à rendre la sneaker "élégante" tout en préservant son essence.

Je précise ce dernier point sur "l'essence" car, bien que l'élégance soit un concept extrêmement difficile à définir , beaucoup de marques qui font du soulier habillé pensent que faire une sneaker "élégante", c'est simplement transposer les codes du soulier habillé à la sneaker.

Ce qui est absurde à mon sens.

Coloris marron foncé, voire patiné, finitions qui rappellent les codes visuels du soulier habillé, grain du cuir bien visible qui veut montrer qu'on utilise "du pleine fleur" ...

Berk. Bon je prends Berluti comme exemple, mais beaucoup de marques "chausseur" (y compris  les meilleures) commettent la même faute à mes yeux.

Ce serait un peu comme vouloir un hamburger "diététique" en essayant de le rendre faible en calories : mangez une salade composée, ou alors, assumez votre burger, nom d'un chien !

Ou prendre une trotinette brandée Lamborghini en pensant que ça la rend luxueuse.

Rendre des sneakers élégantes, ce n'est pas tout faire pour les faire ressembler à un autre objet qui bénéficie déjà d'une connotation d'élégance.

Au contraire, ça repose plutôt sur tout un travail d'épure que j'ai détaillé dans l'opus précédent...

Minimalisme..."Mini, mini, ça manque d'air !"

Mais, justement, avec tous les mérites que je peux donner à cette démarche de design, arrivé à 26 ans, je commençais à ressentir une petite lassitude.

Pas envers les paires que je possédais déjà en elles-mêmes (elles remplissent toujours leur rôle à merveille).

Non, c'était justement envers la "perfection" qu'incarnent ces designs minimalistes et leur travail d'épure.

J'ai compris que parfois, je voulais effectivement  que mes sneakers soient raffinées.

Mais que parfois, j'aurais aussi voulu qu'elles incarnent cette négligence maîtrisée qui leur est propre et qu'on ne trouve ni sur un soulier habillé, ni sur une bottine ou un autre soulier décontracté.

Je voudrais qu'elles renvoient à leurs origines de chaussures pour faire du sport, pour promener le chien, pour trainer dehors en écoutant de la musique... Et du coup qu'elles assument leur côté plus franc, plus "chargé". Un feeling  qui est l'apanage des sneakers, et du choc culturel qu'elles ont représenté sur les 4 dernières décennies.

Bref, le minimalisme c'est bien, mais parfois, comme dit Jacques Dutronc, "mini, mini, ça manque d'air !"...

Les paires que j'ai choisies durant ces deux dernières années reflètent donc ce second idéal complémentaire au premier : je voulais des sneakers qui assument leurs origines street et casual, mais qui ne compromettent pas leur qualité.

Et mine de rien, c'est ce second point qui rend la tâche plus ardue...

1. Je voudrais des Converse... sans les défauts des Converse (26 ans)

Quoi de mieux pour satisfaire ce besoin d'un design franc, assumé et bien identifié qu'une paire de Converse ?

Ce design que j'avais un peu porté sans réfléchir durant mon adolescence avait fini par me reconquérir près de douze ans plus tard.

Cette allure qui remonte un peu vers le haut, comme la truffe d'un chien de terrier...

Ce "cap toe" qui recouvre que le bout de la chaussure, et qui procure le sentiment singulier d'avoir les orteils protégés...

converse basse

Cette semelle en gomme qui affiche fièrement ses rainures, et lui donne un côté "stratifié"...

Ces nombreux œillets qui donnent un côté légèrement enfantin, et rappellent le gamin qui sommeille en nous, celui qui mettait un point d'honneur à bien serrer ses noeuds de lacets pour ne pas tomber en chahutant dans la cour...

Et enfin, le bout de cette semelle, dont les picots rappellent la texture d'un pneu... Ce qui me fait faire une association d'idée nostalgique, quasi subconsciente, avec les longues marches passées à fouler inlassablement le bitume des trottoirs d'une grande ville.

Les Chuck Taylor (et dans une certaine mesure, les Jack Purcell) ont un charme simple, à la fois "brut" et éternellement "jeunot".

Sauf que malgré cet éloge visuel, je ne pouvais tout de même pas éviter de tenir compte de mes mauvaises expériences avec la qualité (déplorable selon moi) de ces pompes dont j'ai fait l'expérience par le passé.

Et, alors que j'étais arrivé à cette conclusion depuis quelques mois, une opportunité en or s'est présentée à moi.

converse markkt

Trouvées grâce à David, toujours à l'affût et prêt à partager ses bons plans dans le chat de la rédac'.

Ces converses Made In Japan, aussi connues sous le nom de marque "Addict" achetées sur Marrkt pour un peu moins de 90 euros.

En 41.5, soit juste une demie-pointure de plus que ma taille... Jouable, donc.

Je l'ai tenté, et je n'ai pas regretté.

La ligne Converse "Addict " made in Japan

Lors de l'essayage, les étoiles s'alignent : j'avais enfin accès ce style de chaussures qui ravivait la flamme de mon adolescence, mais dans une qualité plus qu'honorable...

Tout d'abord, son design était un peu moins consensuel, notamment via son choix de couleurs, qui jouait sur un dégradé de vert pâle et de vert kaki.

Et les multiples textures sont justement mises en valeur par cet effet ton sur ton, en alternant la gomme lisse de la semelle, le métal des œillets, le tissu rigide du canevas de la languette, et la douceur du suédé.

Mais ce n'est pas tout !

Le point le plus différenciant vis-à-vis des modèles habituels (produits je ne sais trop où de nos jours...), c'est une bien meilleure qualité.

Le cuir suédé a un bel aspect, son canevas robuste, et les deux matières ont la particularité d'avoir reçu un traitement "water resistant".

Sa semelle Vibram est aussi une grosse surprise, et promet la durabilité qui a fait la réputation de ce fabricant.

Quant à sa fabrication Japonaise, elle est généralement signe d'une confection soignée. J'avoue y être allé en pleine confiance sans vérifier ladite fabrication...Et n'avoir rien regretté. Je remarque d'ailleurs qu'après bon nombre de ports, l'étanchéité entre la bordure de la semelle et la tige est encore assurée, là où la plupart des sneakers (même haut de gamme), finissent par montrer rapidement des interstices, voire de l'usure.

addict suede tailor low top made in japan

Bref, j'ai foncé, et je suis très content de l'avoir fait.

Porter cette paire me procure quelque chose de similaire à ce que j'avais ressenti en achetant des B-Ball, dans lesquelles je retrouvais ce que j'aimais sur les Nike Dunk.

Acheter une paire de sneakers de votre adolescence, mais dans une version plus travaillée et aboutie, c'est le genre d'achat qui vous donne le sentiment que "la boucle est bouclée".

L'emblématique "G.A.T." et ses adaptations (27 ans)

La German Army Trainer m'avait longtemps fait de l'oeil.

Déjà avant mes 20 ans, j'en avais entendu parler comme un intemporel masculin, et leur histoire qui les décrivait comme "les chaussures de sport d'époque de l'armée allemande dans les 70's" leur donnait un cachet, une certaine authenticité à mes yeux.

Designée par les fondateurs d'Adidas et de Puma, avant même que ces marques acquièrent leur légende.

gat margiela graffiti

Autre morceau d'Histoire : les G.A.T. par Margiela, dont chaque paire était couverte de graffitis par le staff de la marque, et donc, unique...

Quelque part, c'était un peu la "proto-sneaker", en fait. L'Anneau Unique de Tolkien, version shoes. L'idée de me dire qu'un design aussi efficace et simple était aussi précurseur, ça me parlait...

Eh oui, que voulez-vous, le storytelling, ça a son petit charme !

Mais si je n'en ai pas possédé à l'époque, ce n'était pas vraiment par manque d'intérêt : vie d'étudiant oblige, mes moyens étaient si limités que les fameuses sneakers Lanvin (de l'épisode précédent) avaient impacté mon budget nourriture sur les trois mois à venir.

Suite à quoi, j'ai jeté mon dévolu sur les National Standard hautes.

Et puis, les sneakers minimalistes sont arrivées... Et j'ai simplement un peu oublié ce design.

C'était aussi parce que l'avènement des sneakers dans la veine de Common Projects avait peu à peu habitué mon oeil aux semelles plus épaisses, que je n'y étais encore jamais revenu.

Et plus récemment, je m'étais remis à apprécier les semelles plus fines.

J'ai remarqué qu'elles avaient le mérite d'alléger certaine tenues où la silhouette est déjà bien chargée en bas, notamment lorsque je porte un jogpant avec un revers sur le bas de pantalon.

Bref, c'était le bon moment pour m'y mettre !

La G.A.T. coréenne par Reproduction Of Found

Premier coup de cœur : pendant assez longtemps, je bavais sur les Reproduction Of Found, des sneakers coréennes reproduisant fidèlement la GAT avec des matériaux premium, et en proposant des palettes de couleur très bien senties.

reproduction+of+found+7

Le taupe, c'est top, je vous dis.

Malheureusement, après les avoir essayées chez Elevation Store , je me suis rendu compte que mon pied n'était pas assez fin pour cette forme. Et d'ailleurs, j'ai compris par la même occasion que ça s'appliquerait sans doute aux authentiques German Army Trainers, à partir desquelles cette repro était réalisée.

Pas de bol pour moi.

La G.A.T. revue par Archibald London

MAIS... Tout n'était pas perdu !

En novembre de l'année dernière, je suis tombé sur les GAT revisitées par Archibald London, sur lesquelles j'avais rédigé une "Pépite de La Rédaction".

J'y ai longuement vanté leurs mérites sur le plan de la qualité. Je ne vous referais donc qu'un bref topo : cuir très souple avec un très beau grain pour du cuir blanc de sneaker, semelle en caoutchouc "lactae hevea" très premium, et fabrication italienne aux petits oignons.

Là où elles apportent un compromis intéressant en termes de design, c'est qu'elles ne sont pas tout à fait des G.A.T...

Un ami m'avait justement fait remarquer qu'elles étaient à mi-chemin entre une B-Ball de Common Projects, et une vraie paire de trainers allemandes.

archibald gat blanches

En blanc, les plus classiques. Mais les autres coloris sont loin d'être ratés...

L'utilisation des bandes contrastantes en suédé est bien celle des G.A.T., mais l'espace laissé par le bout de la forme rappelle plus une Common Project BBall ou une AirForce (bien que dépourvu ici de perforations).

Le haut de la tige, où le pied vient se glisser, est souligné par ce léger renflement qui lui est plus typé G.A.T..

La forme, souligne plus la voûte plantaire qu'une B-Ball, mais n'est pas aussi étroite qu'une G.A.T.

Et la semelle est légèrement plus épaisse qu'une G.A.T., mais reprend cette idée de coloris "caoutchouc naturel" ainsi que cette forme qui s'affine progressivement en allant vers le bout.

C'était un parfait équilibre pour mon pied, et je porte cette paire presque aussi souvent que mes BBall, particulièrement quand il me faut une sneaker plus "sport" que ces dernières, mais plus raffinées que les Converse "Addict".

Et pour l'avenir ?

Après plus de sept ans de passion pour le style masculin, et, plus simplement une vie entière à avoir porté des sneakers depuis l'enfance, j'ai l'impression d'avoir "fait le tour".

...

Bon, non, j'exagère un petit peu. Formulons-le autrement : je connais la plupart des "types" de sneakers qui existent.

Je dis bien "type", n'allez pas me prendre pour une encyclopédie de la "kick" . Je suis même assez mauvais pour me souvenir des noms précis de tel ou tel modèle emblématique.

Cependant, je peux désormais dire "Ah oui, c'est un truc qui ressemble un peu à..." au moment où je vois une sneaker. Et ce faisant, j'ai une idée assez précise d'où commencent mes goûts, et où ils s'arrêtent.

Alors à l'heure actuelle, je ne vois que deux pistes à explorer pour de futurs achats qui me parleraient vraiment...

Une paire de Air Force One. Oui, mais laquelle ?

Tout d'abord, une paire de Air Force One.

J'y vois l'aboutissement logique du phénomène que je vous décrivais au début de l'article : la Air Force One étant l'inspiration de départ des B-Ball, plus minimalistes, il est logique pour moi d'y revenir lorsque ma recherche m'amène à retrouver le côté "street" de la sneaker.

air force one reflective

Des Air Force One similaires à celles que portait mon père quand j'étais petit.

Et bien-sûr, vous saurez si vous avez lu le premier article que, pour moi ce modèle porte aussi une valeur affective forte, quand bien-même je ne l'ai jamais porté.

Reste que je ne me suis pas encore penché sur la question. Ma réserve se portera surtout sur la qualité et les lieux de fabrication : difficile d'avoir "la vraie" de chez Nike, mais dans des matériaux vraiment premium, de préférence réalisée hors d'un pays à la main d'oeuvre sous payée.

Avec un peu de chance, je trouverais un jour une édition spéciale / limitée qui réponde à cette recherche.

Des Hender Scheme pour la postérité

Contrairement aux apparences, je ne suis pas collectionneur à proprement parler.

Je possède pas mal de fringues, certes. Mais leur but est de me procurer un grand nombre d'options vestimentaires, et pas d'être préservées comme un trésor, une collection que l'on "complète".

Et je le suis encore moins en matière de sneakers : l'idée de posséder quelque chose de rare, qui a marqué une époque... Ça ne me laisse pas indifférent, mais je n'irais pas vraiment sacrifier de l'argent dans cette démarche là.

Hender scheme NMD

Adidas NDM par Hender Scheme. Un coup d'oeil suffit à comprendre le concept. Remarquez comment différents cuirs remplacent le silicone ou le caoutchouc...

Mais par contre, posséder une paire qui mêle cette dimension de rareté ET une conception du produit qui est proche de mes valeurs en matière de fringues...

Là je commence à envisager ça comme un achat... Hum... Envisageable ? Un jour ? Si j'ai vraiment bien plus d'argent, et/ou, trop de fringues ? À voir, en temps voulu.

Mais en tout cas, je vois une paire de Hender Scheme un peu comme on verrait une statue de cire d'un acteur des années 80 : une façon de cristalliser un modèle et son rôle dans l'histoire de la mode.

Tout en l'anoblissant via une performance technique. Pour les statues, il s'agit de recréer la chair avec la cire. Pour la sneakers, la performance réside dans une fabrication et des matériaux nobles que l'on offre à cet objet pourtant banal. Je dirais même, si banal que c'est justement son abondance qui lui donne droit à cette grâce.

hender scheme vans

Et ça vieillit comment ? Comme ça.

"Ceci a existé. Cet objet du quotidien a marqué notre culture. Voyez donc ce produit industriel, élevé désormais, sous vos yeux, au rang d'objet d'artisanat, et ne l'oubliez jamais."

C'est presque comme une ascension au Panthéon dans la mythologie antique. Non, plus fou encore (tant qu'à faire) : la réincarnation du Christ.

Une de mythe de la sneaker... Qui revient sous la forme d'une autre sneaker. La même, mais pas la même.

On la reconnaît, la transforme, puis la consacre.

C'est très humain, cette envie de préserver et de glorifier le passé, et sans pouvoir vous dire pourquoi exactement, sous cette forme-ci...

Eh bien ça me touche.

Évidemment, je vois bien la dimension déraisonnable de ce genre d'achat. Mais ce serait vous mentir que de dire que leur concept ne trouve pas écho chez moi.

hender scheme air force 1

Ou alors je fais une pierre deux coups, et j'arrive à acheter la Air Force One ET une Hender Scheme... En une seule paire.

Vous voici à la fin de mon épopée "Sneakerique" .

La clôture de cet article représente aussi quelque chose pour moi : en vous livrant l'intégralité de mon rapport à une pièce, de ma plus tendre enfance jusqu'à aujourd'hui, je clos, quelque part, le sujet.

Oui, je n'aurais plus rien à vous raconter en matière de sneakers pour un bon bout de temps, je crois bien. Et ce n'est pas désagréable, figurez-vous, que de mettre des mots sur tout ça.

Rassurez-vous, ça ne fait que me laisser plus de place pour le reste 😉

Nicolò Minchillo

Moi, c'est Nicolò. Concepteur-Rédacteur, je suis chez BonneGueule depuis 2015. J'écris évidemment des articles, et je crée des vidéos sur notre chaîne YouTube, telles que "Sapristi" ou encore "Sape m'en Cinq". Le tout avec un certain amour pour le débat, dont je ne me déferais jamais.
À côté de ça, je prête main forte au pôle produit pour qu'on développe des vêtements inspirés, dans de super matières.

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