Melinda Gloss 2012/2013 – Entretien avec Rémi

Temps de lecture : 9 minutes

Comme d'habitude, il était temps de décrypter la nouvelle collection Melinda Gloss, marque que nous apprécions beaucoup chez BonneGueule, et nous avons d'ailleurs été les premiers à en parler, dès 2009.

Cette fois-ci, plutôt que de commenter le lookbook en premier, j'ai pu m'entretenir avec Rémi, l'un des deux créateurs pour qu'il m'explique en détails cette nouvelle collection placée sous le signe du tweed. Je vais être honnête avec vous, c'est le genre de matière que je trouve un peu vieillotte, et j'étais d'autant plus curieux de voir comment Melinda Gloss allait réussir à se l'approprier.

Réponse : en jouant sur les couleurs et en gardant une coupe très contemporaine.

Ah, et je le précise ici parce que je ne savais pas où le mettre ailleurs, mais Rémi m'a assuré qu'il y a bien plus de petites tailles qu'avant, un bon point !

Du tweed et encore du tweed...

Le fameux blouson au col châle réédité en tweed !
Ne pas hésiter à le contraster avec des
pièces hyper casual et décontractées.

La collection tourne donc autour de cette laine traditionnelle dont l'appellation est strictement contrôlée (il y a même un organisme garant de sa qualité : The Harris Tweed Authority).

Ainsi, elle ne peut être fabriquée que dans les îles Hébrides. Rémi aime beaucoup le côté traditionnel de cette matière, qui est encore fabriquée avec des vieilles machines. Mais en plus du côté très artisanal du tissu, Rémi trouve que c'est un tissu noble qui allait bien avec les valeurs de Melinda Gloss.

Le tweed est un tissu avec une "main" (=texture, relief) très masculine, hivernale, vivante et riche en couleurs, toujours selon Rémi. Et cela a permis d'injecter des couleurs vives, car cela ressort très facilement dans le tweed.

La matière passe bien, mais je vous déconseille
quand même les vestes à trois boutons,
réservées uniquement aux grands minces.

Ils ont souhaité avoir ce côté traditionnel mais le nuancer avec des couleurs très fortes, comme ce pantalon bleu électrique. "On a vraiment voulu twister le tweed" dit Rémi. Rappel : un twist est un "petit truc en plus" sur une pièce, qui apporte une touche d'originalité.

Pour avoir essayé leurs vestes en tweed, ce sont des pièces qui intimident un peu sur cintre, mais qui passe mieux que prévu une fois enfilées, notamment la bleu électrique. Mais ce ne sont évidemment pas les pièces les plus versatiles de votre garde-robe. Par contre, si vous aimez un style un peu vintage, foncez, car ce sont peut-être les vestes les mieux coupées en tweed que vous croiserez.

Typiquement, essayez ce genre de pièces plutôt que de les juger.
Comme moi, vous aurez quelques surprises.
C'est vraiment le genre de pièce forte
qui peut venir bousculer une garde-robe.

Du Made in France

Mais même si la collection est fortement influencée par ce tissu d'outre-Manche, les pièces tailleur sont fabriquées comme d'habitude à Limoges car Rémi apprécie beaucoup cette tradition du tailoring français très présente à Limoges, en plus d'un savoir-faire français qu'il veut mettre en avant.

Et puis cela allait bien avec le côté proximité de Melinda Gloss. Et plus concrètement, c'est beaucoup plus simple de travailler avec des français !

Du côté des chemises

Les coupes des chemises restent ajustées, avec des tissus japonais pour les chemises casual et des popelines italiennes.

La chemise casual idéale :
une bonne coupe, des épaules soignées,
et surtout, une belle flanelle.

Il y a eu quelques petites modifications : le dernier bouton a été déplacé plus bas, afin de ne pas être gênant avec une ceinture, tout en évitant que la chemise s'ouvre. Et les cols sont moins étroits, afin de faciliter le passage d'une cravate. Les emmanchures ont été également remontées pour avoir plus de confort dans l'aisance de mouvements.

Quant aux cols officiers, ils sont réduits à deux couleurs (malheureusement ?) : en bleu ou en blanc.

Globalement, s'il y a toujours un gros travail sur les matières (les chemises en laine), je trouve que ça manque un peu de chemises plus formelles et plus habillées. Mais en terme de chemises casuals, MG continue à viser juste, comme d'habitude. Même leurs chemises sombres me font envie.

Ma préférée ! Un très beau coton japonais.

Une maille très riche

Leur très beaux pulls à col châle.
Même s'ils sont quand même d'un bon budget,
j'aime beaucoup le travail au niveau du col qui enveloppe le col.

Quant à la maille, il y a maintenant des pièces entrée de gamme toutes simples, aux alentours des 150 € en boutique (hélas les prix augmentent petit à petit même s'ils restent en rapport avec la qualité qu'il y a derrière), avec des cols V et des cols ronds, avec une matière et une fabrication italienne, à Venise.

Cette année, il y a aussi des pièces comportant du super kid mohair, qui est une laine qui vient de la gorge du petit de la chèvre angora, que vous imaginez très douce... Il y a beaucoup de mélanges dans cette collection, entre de la laine et du mohair. Il y a même un fil qui mélange laine et cachemire, de la maison italienne Bagioli. Je ne connais pas du tout, mais Rémi a insisté sur le prestige de cette maison et en était très fier.

Ma pièce préférée. J'ai rarement vu un cardigan aussi bien coupé (les épaules mes amis ! Les épaules !), qui reste bien viril, avec un contraste de matière entre la boutonnière et le reste de la pièce qui passe très bien. Alors certes, on est sur une pièce à 430 €, mais considérez que c'est une pièce qui se rapproche plus d'une veste que d'un simple pull en coton. Il y a un savoir-faire indéniable en matière de grosse maille chez MG.

Et puis plus surprenant, il y a des matières en laine de yak ! Rémi apprécie beaucoup le côté montagnard et hivernal de cette étonnante matière.

Du changement chez les vestes

Ma veste préférée. La couleur de la matière est riche
et change d'une banale couleur unie.
Made in France, à acheter l'esprit tranquille.

Concernant les vestes, elles ont un peu évolué également.

Il y a eu du travail au niveau de l'emmanchure, qui rend la veste plus confortable qu'avant (essayez de prendre un livre sur une étagère en hauteur et vous verrez).

La très belle veste 1 bouton avec un col-écharpe intégré,
malheureusement sold out au moment de l'article.
Je n'ai pas pu l'essayer, mais c'est le genre de pièce qui m'intrigue.

La position du col a été également revue pour qu'il plaque mieux au niveau du cou. Rémi était aussi fier du tailleur avec qui ils ont travaillé : un mystérieux "M. Smith", tailleur anglais travaillant à Paris. Il est responsable d'une multitude de petites améliorations.

Par exemple, sur les côtés, il a décalé la coupe du tissu afin que celui-ci soit coupé et cousu en biais. L'intérêt ? Le tissu en biais gagne en élasticité et donc, plus confortable. Il a également arrondi l'emmanchure et adouci les épaules, que Rémi trouvait un peu trop effilées vers l'extérieur chez les anciens modèles.

Oui, ça intimide, c'est dur à placer, mais ça reste possible
pour peu que vous ayez des chemises qui suivent derrière.
Avec ce genre de pièce, vous ne pouvez pas vous permettre
d'avoir du cheap à côté, même pour du casual.

L'intérieur des vestes a aussi été changé, avec des fournitures plus souples. La cigarette, qui est une bande de tissu qui entoure l'emmanchure (plus de détails chez le très pédagogue Julien Scavini) est beaucoup plus souple, de même que les épaulettes, afin d'éviter d'avoir des vestes sur-épaulées (je rappelle que le tweed est à la base un tissu quand même bien épais et relativement rigide).

À réserver uniquement à ceux qui ont un style vintage assumé.

Des jeans chez Melinda Gloss !

La grande nouveauté de la collection, ce sont les jeans, en toile selvedge. La toile m'a paru relativement souple, mais je connais pas le nombre d'oz... On n'est pas sur un brut cartonné à la Unbranded Brand par exemple.

Au vu des plis de l'entrejambe,
le jean paraît un peu grand sur le mannequin,
mais les cuisses paraissent hyper soignées.

Il y a eu un gros détail sur les boutons, qui sont en cuivre, avec un aspect rétro plutôt rigolo. Le seul signe distinctif de la marque est un passant en selvedge à la ceinture. Bon point, les poches arrières sont plutôt étroites, et sont munies de points d'arrêt.

Il y a une coupe semi slim et une coupe droite (18 cm et 19 cm respectivement en ouverture de jean). Si le brut est classique et ne change pas spécialement de ce qu'on peut voir ailleurs, les modèles délavés sont plus intéressants, avec un rince wash (un brut lavé une seule fois), un antic wash (plus patiné), un stone wash (le délavage classique), un gris légèrement délavé et un noir (couleur qui selon moi, n'a pas sa place chez Melinda Gloss).

Honnêtement, pour 175 €, on est sur une gamme de prix correcte, à mi-chemin entre un APC et un Acne. Objectivement, ils sont quand même très bien coupés.

Pour ceux qui en ont un peu marre des bruts tout propres et tout lisses,
le rinse wash peut être une bonne alternative.

La maroquinerie, enfin !

Et puis Melinda Gloss a lancé sa première collection de maroquinerie.

Le tweed est prépondérant dans cette collection, toujours en raison de sa robustesse. Le cuir utilisé est un cuir italien ayant eu un tannage végétal. En gros, c'est un procédé de tannage traditionnel très doux, sans éléments chimiques et synthétiques, qui permet à un cuir de se patiner très joliment et rapidement (les pièces en cuir des sacs Filson utilisent aussi un tel cuir, pour vous donner une idée).

"Le cuir végétal a de la vie, et le sac devient très rapidement vintage" me dira Rémi.

Les sacs sont bien sympas, de même que la petite maroquinerie type housse d'iPad ou portefeuille. Rien à redire sur le design simple et efficace. Les ceintures avec du Harris Tweed m'ont particulièrement plu.

Pour mettre votre pique-nique au moment de votre rallye de voitures de collection.

La housse d'iPad en tweed, stylée mais pas donnée. À demander au père Noël.

Les gants sont super stylés, ils feront effet lors du même rallye de voiture de collection.

Pour une fois qu'on a une ceinture bi-matière stylée...

Une nouvelle boutique

Grosse actu pour la marque : elle ouvre une deuxième boutique, plus grande que la première, au 9 rue madame, à Paris (et à présent dispo un peu partout en France et sur le net). C'est dans une ancienne banque, avec une salle des coffres encore fonctionnelle. Je ne sais pas encore ce que Mathieu et Rémi vont faire de cette salle, mais connaissant leur créativité, attendez-vous à une idée... surprenante (non, ils ne vont pas en faire un club libertin).

À ce propos, ils frappent fort là où on ne les attendait pas avec une décoration qui mélange murs à découvert et blancheur immaculée. La boutique est toujours en cours de travaux, je ne sais donc pas comment sera le design définitif, mais je salue leur créativité, moi qui m'attendait à une énième variation d'une boutique se voulant intimiste (le discours classique de n'importe quelle marque qui ouvre son point de vente).

Bon, ça s'annonce bien sympa.

Et le mot de la fin...

Nous venons de nous mettre d'accord sur un prototype et nous lancerons une collab BG - MG sur une grosse pièce, dispo normalement pour les fêtes ! Vous en saurez bientôt plus, et on vous emmènera même à Limoges 😉

Benoît Wojtenka Benoît Wojtenka

J'ai fondé BonneGueule.fr en 2007. Depuis, j'aide les hommes à construire leur style en leur prodiguant des conseils clairs et pratiques, mais aussi des réflexions plus avancées.
Et j'ai quelques lubies : le sport en salle, le techwear… Et j'adore le thé sous toutes ses formes, que je bois à raison de plus de trois litres par jour.

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