Dossier : Le procédé créatif derrière une marque et une collection, avec Marchand Drapier

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Disclaimer : Chez BonneGueule on vous parle en général du milieu de gamme, car c’est là que se trouvent les marques qui vous en donnent « pour votre argent » : des vêtements de qualité qui durent longtemps.

On évoque aussi les solutions low cost, en évitant les chaînes dont les vêtements bon marché conservent un bon rendu bien peu de temps… et se révèlent être des choix onéreux. Et il existe des exceptions que l’on vous aide à dénicher : le jean japonais Uniqlo et le cashmere Monoprix par exemple.

Mais aujourd’hui on va parler de haut-de-gamme pour vous faire découvrir le processus de création derrière une marque et ses collections, grâce à l’équipe de Marchand Drapier qui a bien voulu me présenter son travail le temps d’une matinée. Nous sommes bien conscients que la marque ne s’adresse pas aux plus jeunes ou modestes d’entre nous : ce n’est pas une raison pour ne pas savoir l’apprécier. Et puis c'est Noël, alors rêvons un peu 😉

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Marchand Drapier a été fondé par Benoît Carpentier et sa femme Emilie. Issu d’une dynastie de négociants de tissus,  Benoît a fait une école de commerce et a longtemps travaillé dans la mode en reprenant le business familial de marchand de tissu. Et puis en 2006 il est passé à l’acte : il a lancé sa propre marque à Toulouse : Marchand Drapier.

Et cet été, une nouvelle boutique a ouvert au 56 bis, rue du Louvre à Paris. C’est là que vous pourrez rencontrer les créateurs.

Présentation de la marque Marchand Drapier

Le style de Marchand Drapier est difficile à définir car la marque peut habiller tout le monde. Son signe le plus distinctif est selon moi le gros travail sur la recherche des matières et la confection (on retrouve toutes les caractéristiques qualitatives des marques du très haut-de-gamme, avec des matières servant à la fois le côté esthétique et fonctionnel des vêtements).

C’est intéressant pour tout le monde de voir la marque en vrai, juste pour se faire une idée de ce que sont des vêtements de très bonne facture (car c’est encore au-dessus de la plupart des marques que nous portons habituellement).

Les coupes sont modernes : élancées, cintrées. Marchand Drapier a un style tailleur : beaucoup de business wear mais aussi des pièces plus versatiles. Pour finir j’ai repéré la présence de nombreux "twists" comme les fourches des pantalons assez basses ou la présence de pinces qui donnent des silhouettes « en carotte ».

Découverte en image avec un tour d’horizon de la collection Printemps-Eté 2012 qui puise ses inspirations dans la Côte d’Azur des années 30. J’aimerais que vous vous concentriez attentivement sur les couleurs et les coupes, ainsi que les oppositions de style entre les pièces.

Une veste de smoking dans une magnifique couleur satinée. Le côté hyper-formel de la pièce est totalement cassé par le pantalon avec motifs Prince de Galles. Remarquez que le pantalon un peu mois formel prend une tournure quasi casual face à la pièce forte qu’est la veste. C’est vraiment une combinaison qui me parle beaucoup.

Un costume un peu en marge des proportions classiques avec son pantalon qui descend assez bas au niveau de la fourche (entrejambe).

Détournement du pantalon de costume en retroussant le bas (celui-ci est assez large aux cuisses avec le présence de pinces, sorte de « plis cousus »). La pièce en devient casual. Père Noël si tu passes par là…

La gorge satinée de la chemise est aussi intéressante : on retrouve l’effet visuel d’une cravate, sans en avoir le côté formel.

Exemple le plus flagrant d’un détournement du pantalon en laine. Avec les motifs géométriques du pantalon et le côté épuré il y a quelque chose de très « art déco » dans cette tenue. Avec la force casual des sneakers, le pantalon en laine est ramené à une pièce de street wear.

Pour terminer : un blouson d’une couleur bleue très profonde. C’est le genre de couleur qu’on ne trouve que dans le haut-de-gamme, car impossible à reproduire sur des matières standard.

La marque est distribuée dans les 2 boutiques Marchand Drapier à Paris et à Toulouse, mais aussi à L’Eclaireur Monceau et dans celui des Champs-Elysées.

Comment créer une collection de mode masculine ?

Vous avez remarqué que la collection recèle de nombreuses références à un univers (l’art déco des années 30, la Côte d’Azur), avec des pièces pourtant toutes portables dans les tenues les plus casual comme les plus habillées.

Comment arrive-t-on à développer une marque à la fois cohérente dans ses collections, portable, et fidèle à son univers d’une saison à l’autre ? C’est la question à laquelle je vais essayer de répondre…

La création artistique d’une marque est d’abord un concept

D’une collection à l’autre, une marque est d’abord un concept : il faut que les collections soient cohérentes les unes avec les autres pour ne pas perdre les gens qui la portent, sans pour autant les ennuyer (c’est là qu’interviennent les collections). Une marque et ses collections, c’est un peu comme un long roman avec plusieurs épisodes.

Le créateur a posé sur le papier toute l’histoire de sa marque lorsqu’il était coincé 4 heures à l’aéroport. Dans un éclair créatif, les fondements de la marque étaient posés :

  • Un style plutôt dans le formel mais facile à porter, avec des détails cachés. Un peu comme pour rappeler que peu importe l’âge nous restons tous de grands enfants à comparer la longueur de… nos cravates.

  • Une grosse importance accordée aux matières.

Les tissus des parkas par exemple, ne sont pas seulement imperméables mais aussi déperlants : l’eau et les saletés n’accrochent pas. C’est une caractéristique que l’on retrouve de plus en plus souvent… mais la matière utilisée ici est uniquement de la laine !

  • Des pièces que le père et le fils puissent s’échanger. Une sorte de lien entre les hommes et les générations. Cela passe par le logo, discret mais parfois repérable.

  • Et sous le costume coupé au scalpel se cachent des saynètes érotiques sur de la toile de Jouy. Comme pour rappeler que ce qui unit les hommes de toutes générations, c’est leur goût pour les femmes. C’est plutôt marrant de cacher des saynètes érotiques dans sa doublure tout en étant au travail.

Le passage à la pratique

Fort de l’univers de marque, il faut à présent dessiner les collections. Pour cela le créateur utilise des carnets qu’il remplit de croquis, textes, matériaux, photos… tout ce qui permet de générer et fixer de l’inspiration brute entre deux pages.

La prochaine collection puisera son inspiration dans la route du caviar dans les années 30 : de Paris aux rivages iraniens de la mer Noire.  On aura un mélange des habits de soirée de l’entre-deux-guerres avec les matières du Moyen-Orient : astrakans, fourrures, ainsi que des coupes plus drapées et plus amples.

Mais ce n’est qu’à travers une histoire qu’une collection reste cohérente et que tout peut aller avec tout, sans trop d’efforts. Et c’est ainsi que naissent des vêtements avec une vraie originalité, naturellement… là où tout oppose les réalités de celui qui produit le caviar et de celui qui le déguste.  Sans un fil rouge fort et inspiré : impossible de marier deux univers tout en proposant des pièces originales et portables au bout des rails.

Le cahier est donc l’aspirateur à idées de la collection : on y retrouve par exemple les photos et les motifs omniprésents d’un vieux tapis persan qui passe de génération en génération dans la famille.

Les laines des blazers, les mélanges d’alpagas, les feutres sont les plus beaux que j’aie pu voir. On sent bien l’influence de 5 générations de marchands de tissu.

Débute alors le dessin des pièces : stylisme, patronage et premiers prototypes. Une fois la marque et la collection définie, les choses sérieuses commencent à peine : choix des fournisseurs, des ateliers de fabrication, des distributeurs, chaîne logistique… C’est un travail énorme.

Marchand Drapier vu par BonneGueule

Pour terminer quelques photos pour vous montrer que les pièces les plus formelles peuvent rehausser des looks pourtant très éloignés des habits de soirée. La preuve, les pantalons smoking se mêlent sans problème avec des rangers !

Superposition de motifs avec un rendu très formel, cassé par la cravate apparente sous le col, et la rondeur du col.

Les épaules des vestes sont très bien dessinées : bien carrés.

La parka est totalement déperlante : aucune goutte ne s’accroche.

Les combat boots viennent casser le côté trop soirée.

Pantalon de smoking Marchand Drappier et combat boots Heschung (j'aime beaucoup ces combinaisons rangers / pantalon en laine).

Merci à l’équipe Marchand Drapier pour son accueil et sa disponibilité.

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  • Moursil3

    très joli la collection. J’aime bien la veste.

  • exact, merci 🙂

  • Nico77340

    Petite erreur dans le descriptif de la chemise de la 3ème photo, ce n’est pas la ganse qui est satinée mais la gorge 😉

  • Seb C.

    « Pantalon de smoking Marchand Drappier et combat boots Heschung ». Je trouve que c’est une belle combinaison aussi.

    C’est un plaisir de vous lire lorsque vous nous faites découvrir des marques.