La compagnie du Kraft : des carnets concus pour les périples

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Cher carnet, il y a six mois de ça, j'ai contacté une marque qui m'avait attiré par les produits qu'elle propose. Curieux d'en savoir plus, j'ai profité de l'occasion d'un (long) voyage à l'étranger, pour faire un test de leurs produits, dans des conditions un peu particulières.

Cette marque c'est La Compagnie du Kraft. Collaborant avec plusieurs marques (Balibaris, Léon Flam, Centre Commercial ...), vous en avez sans doute déjà entendu parler. Mais avez-vous eu l'occasion d'avoir un vrai retour sur la qualité de ces carnets ? Savoir si c'est vraiment du solide ? Ou si c'était une vaste blague dont tout le monde dit du bien, mais basé sur du marketing en béton et un plan de communication à faire pleurer dans les chaumières ? (coucou les Koopeulz !)

Mandaté par BonneGueule, je décortique pour vous deux carnets reçus avant mon voyage. Merci à la Cie du Kraft de m'avoir permis de faire ce test.

Pourquoi un carnet ?

Vous savez, parfois, je ressens le besoin d'écrire des petites notes, un détail que j’aperçois, une idée ou une adresse à visiter. Un resto conseillé par un ami, un monument pas commun ou le QG de la Confrérie de la Choucroute.

Je vais pas me la jouer façon Eminem à écrire mes punchlines dans le train, le regard dans le vide, j'écris rarement des pavés. Mais en préparant mon départ, je me suis dis que j'allais forcément avoir des souvenirs à consigner, et qu'il me fallait donc de quoi m'équiper.

J'ai checké un peu l'offre sur Internet et alentours, recherchant quelque chose rustique et costaud sans être trop laid. Si ça pouvait être classe ça m'arrangeait même mais je ne voulais pas trop en demander.

J'ai bien regardé chez Moleskine mais je n'avais franchement pas envie d'écrire sur des feuilles blanches toutes fines qui avaient davantage leur place dans un bureau ou un sac d'étudiant.

En tant qu'aventurier des temps modernes, j'avais fièrement décidé de me lancer à la conquête de l'Angleterre. Il n'était donc pas question de faire dans la papeterie de tabac/presse.

J'ai retrouvé le chemin qui mène à la Compagnie du Kraft. Leur site était à moitié en reconstruction et j'ai pris contact avec un responsable qui à carrément validé mon idée : "Ok, on vous envoie ça".

Ma motivation gonflée au maximum, j'allais pouvoir faire un bon gros crash-test à l'ancienne vu la réputation de ces produits et ce que eux-même en disent (je ne fais que citer) :

"Exclusivement fabriqués en France dans les Landes" Là ça veut dire "cocorico, du bon gros bois d'arbre de chez nous". Les Landes je connais, j'y vais tout les ans pour les vacances. C'est vrai que j'ai eu une petite larmichette nostalgique et puis, je ne serais pas seul en terre inconnue, j'aurais emporté un bout de mon pays avec moi.

"Producteur depuis 1930 de carnets dédiés aux forestiers professionnels et aux bouchers. Autrement dit, des gars avec des grosses pognes de bucherons et de tueurs." Les mecs ne rigolent clairement pas et assument à fond être des gros bourrins, certes, mais avec un savoir-faire de presque un siècle et les moyens de dépecer un arbre à mains nues (oui, eux ils dépècent les arbres).

"N’attendez donc pas de nos productions qu’elles soient faciles à utiliser, pratiques et conviviales. Au contraire, elles sont faites pour des brutes" Comme ça on est prévenus. Traduction : "Si tu veux du costaud, tu l'auras mais tu vas avoir du mal à l'ouvrir ton carnet".

Faisons une pause là. A ce stade, je suis surtout en train de me demander si le gars à qui j'ai écris n'était pas en fait un bucheron/tueur/barbare-des-Landes. D'après ce qu'on peut lire sur leur site, ça promet pas mal. Je m'inquiète pour ma boite aux lettres et j’espère que le facteur ne va pas poser trop fort le colis dedans, ça serait dommage je l'aime bien (ma boite aux lettres, pas le facteur).

Solide et pratique

Pour l'instant on parle d'un carnet basique, apparemment bien solide mais on en sait pas plus ! Qu'à cela ne tienne, la Cie du Kraft à rajouté des vis et des pinces sur ses carnets. On peut donc les retirer et changer le bloc papier du carnet avec une recharge ! On est donc plus limité par le nombre de feuillets et puis on garde la couverture qui va vieillir et se patiner avec l'âge.

Comme un bon denim ou un perfecto en cuir en fait. C'est parfait, ça collait à ce que je voulais. Au début, je cherchais un carnet pourvu d'une couverture en cuir pour l'aspect un peu rustique et l'envie de le faire vieillir mais je suis tout aussi satisfait avec ce concept.

La gamme est conçue pour que chacun y trouve son compte. Les gammes Campagne et Superleggera sont un bon exemple de l'adaptation dont fait preuve la Cie du Kraft. Le carnet Campagne est le produit le plus solide de la marque, ultra-résistant, etc, etc. Mais, soyons francs, pas forcément destiné à quelqu'un d'autre que des bricoleurs ou des bouchers. Ou ceux qui cherchent vraiment du solide.

Alors la gamme Superleggera propose la même chose en allégeant le poids du carnet, et en l'urbanisant pour toucher davantage de monde. Et c'est plutôt une bonne idée. Le papier moins rustique, les vis plus distinguées que les pinces changent l’utilisation faite de ce carnet et on l’amènerais presque au bureau. D'ailleurs pourquoi pas.

Une troisième gamme décline les carnets en calepins : Rescue. La même chose mais en plus petit et qui s'emmène partout. Bon concept mais je ne l'ai pas testé.

On a également droit à une palette de couleur digne d'une collection Printemps-Ete de créateur.

Ça ne vous rappelle rien ? Allez, je vous aide.

En haut à gauche : Junya Watanabe, Carlos Campos, Belstaff.
En bas à gauche : Bottega Venetta, Bill Tornade, Hermès
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Les feuillets intérieurs du carnet sont en kraft milleraies (avec des striures très denses) : ils sont recouverts d'un traitement sur la face recto pour donner un confort d'écriture (si vous avez déjà essayé d'écrire sur du kraft brut vous savez de quoi je parle).

Sa petite taille et ses moyens limités ne permettent pas à la Compagnie du Kraft de vendre en grandes quantités. Et ce n'est pas ce qu'elle souhaite. Voilà pourquoi elle propose 100 fois moins de produits à la vente que Moleskine, le leader du marché (et made in China). Et le soin apporté à la fabrication n'y est pas pour rien.

La fabrication du Kraft date du 19e Siècle

Sans rentrer dans les détails techniques, le procédé de fabrication est très "propre" et à un impact minimum sur l'environnement. Il extrait les fibres cellulosiques du bois (pour faire le papier), recueille les constituants non-utilisés du bois dans la fabrication du papier pour l'utiliser comme source d'énergie et recycle les produits utilisés pour la fabrication de la pâte à papier.

On est donc sur un papier beaucoup plus résistant que la normale. Comparez une enveloppe en papier blanc et une enveloppe Kraft et vous aurez une idée de la différence. Cet écart de résistance s'exprime par le grammage papier. Il s'agit de l'épaisseur du papier exprimée en mètre carré de papier. A titre d'exemple, le papier utilisé dans les bureaux fait 80gr/m² et du papier journal fait 35-40g/m². La couverture d'un carnet Compagnie du Kraft fait 400gr/m² mais le papier à l’intérieur n'a pas besoin d'être aussi épais, il se rapproche de l'épaisseur d'un papier de bureau avec ses 90gr/m².

Crédits : Landmade

Crédits : Landmade.fr

Le Test

Dès le début, j'ai fourré mes carnets dans mon sac de voyage et je les ai baladés partout où je suis allé. Pas facile à user quand même. La prochaine fois je les prendrais pour aller en Inde, ça sera un peu plus rude à vivre.

J'ai testé les 2 gammes principales qui sont le carnet Campagne et le Superlegerra. La version brute et la version "light" pour ceux soucieux de leur ligne. Après cette blague trainante on passe de suite au test.

Taille et couleur

Le "Campagne"

J'ai choisi ce carnet au format medium de couleur orange italien. Pas parce que j'aime les couleurs pastels mais parce que les effets du vieillissement seraient plus visibles sur une couleur forte. Et puis aussi parce que je ne voulais pas une couleur trop neutre sinon c'est pas marrant.

Le "Superleggera"

Format small, couleur vert jaguar. Un carnet plus petit que j'avais prévu de transporter plus souvent car passe-partout. La couleur verte pour me rappeler le camouflage utilisé dans l'armée.

J'aurais tendance à utiliser le small lorsqu'il faut faire une économie de place dans ses bagages et qu'on a pas des phrases entières à écrire. Il est utile pour noter les adresses, quelques traductions de mots, etc ... Le medium, je m'en suis servi comme un carnet de souvenir dans lequel j'ai commencé à recueillir des mots de gens qui m'ont beaucoup aidés pendant mon voyage et à qui j'avais envie de montrer que cela comptait pour moi (je trouve ça plus symbolique qu'une demande d'ami sur Facebook).

Côté couverture

La couverture est rigide (eh oui, 400gr/m²) et permet au carnet de ne pas être écrasé quand il est compressé dans les bagages. Malgré tous mes déplacements, je n'ai trouvé aucune page froissée par exemple. Et si ça arrivait, le papier n'est pas inutilisable et reprend sa forme facilement.Les élastiques sont assortis à la couleur de la couverture pour ne pas jurer et n'ont d'ailleurs pas montré de signes de fatigue pour le moment. Les élastiques de mes trieurs tiennent moins longtemps que ça et je ne m'en sers qu'en cours...

Feuillets intérieurs

Les feuillets détachables ont un aspect glacé, dû au traitement pour le confort d'écriture. Il est possible de choisir entre différents papiers pour écrire.

Pour le Campagne, j'ai choisi le papier Partitions blond pour pouvoir écrire proprement sur les lignes comme à l'école 😀

Pour le Superleggera, le Velin blond me suffit pour griffonner mes notes. Ça fait encore plus "aventurier" avec le carnet aux pages un peu jaunies, toussa toussa.

Et si on froissait tout ça ?

J'ai donc détaché un feuillet utilisé (au verso) de mon plus petit carnet et je l'ai froissé puis défroissé. Le papier marque très peu le pli comparé à un papier blanc et si je l'avais laissé dans le cahier il aurait quasiment repris sa forme initiale avec la pression du carnet.

Et en cas de fuite d'eau dans mon sac ? Pas de souci, j'y ai pensé aussi. Le petit morceau est le recto du papier. Là où l'on écrit. Le plus gros morceau est le verso, non traité et plus "brut".

La première photo a été prise directement après avoir mis de l'eau sur le papier. La seconde, une heure après. Une seule des deux faces du papier à vraiment absorbé l'eau. Et l'eau n'a même pas traversé le papier, sur aucun des deux morceaux. J'aurais pu le laisser plus longtemps mais je ne voulais pas laisser ça sur mon parquet toute la nuit non plus. En bref, papier résistant à l'humidité et n'en altérant pas la qualité. Si j'avais laissé sécher le papier, il serait de nouveau utilisable.

En résumé, cette marque s'appuie sur un savoir-faire rodé, une production limitée au profit d'un soin des finitions et une solidité testée par des mecs qui passent leur temps à éclater des ours à mains nues ou à découper des carcasses.

Cette expérience m'a prouvé qu'il était possible d'avoir un produit de papeterie d'une qualité réellement exemplaire pour un prix finalement pas volé et sans utiliser des solvants chimiques à tour de bras. Je rajouterais le bonus "production Française" et "conscience écologique" mais vous croiriez que je suis payé pour faire de la pub. J’espère vous avoir donner une bonne idée de cadeau pour des proches ou vous-mêmes. Pour ma part, je compte garder ces carnets très longtemps.

A l'heure du tout-numérique, on en oublie presque le plaisir d'écrire autre chose qu'une note de bureau, un cours d'amphi ou une liste de courses.

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  • Génial ce test ! Je vais me laisser tenter par un ou deux carnets à l’avenir. Un peu cher à l’achat mais ca donne un coté vintage assez agréable et ca changera du bloc note du smartphone.

  • Francois

    Ça, ça me parle. Des carnet pour les croquis de voyage, je pars essayer tout de suite.

  • Rémi

    Oui c’est du costaud ! Tu peux y aller

  • Albert Zebra

    Je crois que le modèle est en rupture de stock, c’est pour ça ! Mais apparemment il va bientôt revenir sur leur site 🙂

  • Bwey

    J’aime beaucoup le carnet de la photo sur laquelle est écrit « Havana
    Cuba Libre » mais je ne le trouve pas sur le site. C’est quel modèle ?

  • Shruikan

    Je noircis tout le temps des carnets (du Moleskine au Super U), peu d’entre eux résistent au traitement infligé. Tu confirmes que c’est du solide même sur leur gamme urbaine avec la couverture en papier Kraft ?

    Autrement bel article. C’est bien de sortir de temps en temps de la thématique du vêtement pur comme c’est déjà arrivé, on a tous une rééducation esthétique à refaire !

  • Pierre

    Le carnet: un accessoire indispensable. Et puis on adore le made in France. J’aime beaucoup cet article. Continuez comme ça 😉

  • Roman

    Ah ah très sympa comme test !
    Je suis étudiant et je me contente d’un mini-moleskine.
    Mais, je tarderais surement pas à investir dans quelque chose de plus solide