Test : L’Essentiel Monsieur, création française et univers ouvriers atypiques

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J’ai rencontré Simon l’été dernier. Depuis son chez-lui à Nantes, il préparait une collection de vêtements : un vestiaire masculin complet. Entre-temps les prototypes sont arrivés, l’occasion parfaite pour vous présenter un travail inhabituel mais très intéressant. Voici L’Essentiel Monsieur.

Présentation de L’Essentiel Monsieur par son créateur : Simon

Simon : « La collection L’essentiel Monsieur puise son inspiration dans les cinquante dernières années du vingtième siècle. Je me suis intéressé au rapport entre mode ancienne et mode contemporaine.

 

La première vision qui m’est venue quand j’ai commencé à travailler sur cette collection, c’était l’image de mon grand-père qui était maçon. La semaine il était en bleu de travail et le dimanche il enfilait son costume, sa chemise blanche, nouait sa cravate : « il s’endimanchait ».

 

Il y a encore 50 ans la population avait un rapport beaucoup plus respectueux envers le vêtement, qui devait être durable et non pas du consommable jetable. Les vêtements portés la semaine se distinguaient complètement de ceux portés le dimanche ; la semaine le vêtement répondait avant tout à l'objectif de protéger le corps, tandis que le dimanche il permettait de s'affirmer et de soigner son image en société.

 

Actuellement le vêtement s'uniformise. Notre rapport aux vêtements a énormément évolué depuis ces 5 dernières décennies. Auparavant le vêtement répondait à trois règles : il devait être fonctionnel, robuste et durable.

 

Aujourd’hui encore le bleu de chauffe à cette même exigence dans sa fabrication. J’ai voulu redonner une seconde vie à des bleus en transformant les coupes et leur aspect pour essayer de me rapprocher au plus proche de la tenue que portait mon grand-père. »

 

Pour créer ses collections, Simon s’inspire  notamment de l’univers de la mine. J’ai moi-même une histoire similaire, l’histoire de ma famille étant très liée à la vie et au déclin des mines de potasse d’Alsace (mon grand-père y était électricien).

Il fait plus de 40 degrés au chaud des mines alsaciennes (1980 - 1990).
Nos considérations stylistiques paraissent d’un coup bien futiles…

C’est un univers qui était très présent dans les photos de mon enfance, les histoires de coups de grisou. Mais aussi le mélange de solidarité et de courtoisie qui demeure entre anciens mineurs de fond.

Pour interpréter cet univers de la mine, Simon utilise par exemple des cuirs noirs avec de légers reflets multicolores qui rappellent les scintillements de la houille au soleil. Les vêtements subissent eux-aussi des traitements artisanaux très particuliers :

Les tshirts sont trempés dans différents bains de thé et subissent différents types de séchages au soleil pour arriver à des teintes un peu crasseuses proches de la réalité. Les pigments sont ensuite fixés au gros sel et avec un bain dans du vinaigre blanc.

La grosse gabardine qui constitue les bleus de travail est quant à elle traitée à la graisse à brodequins, limée et lavée dans des bains de sel.

Par ces procédés le vêtement témoigne du temps qui passe.

Test de produits des vêtements du créateur

Vêtu des vêtements que Simon m’a prêté, et avec mes fidèles chaussures Heschung aux pieds, je suis allé faire quelques photos à deux pas de chez moi. Le mur de fond est une ancienne gare de la « Petite Ceinture », une voie ferrée qui encercle Paris et qui a été désaffectée entre 1934 et 1985, suite à l’expansion du métro.

Voici à quoi cela ressemble à présent :

 

Au bout des rails : la gare désaffectée « Avenue de Saint-Ouen » à deux pas de chez moi.

La même gare avant la guerre. Les photos suivantes ont été prises juste contre le mur de droite.

C’est interdit (mais possible) d’y aller.
D’autant que certains endroits désaffectés sont magnifiques.

Refermons la petite parenthèse historique : place aux photos de L’Essentiel Monsieur.

Le pantalon à bretelles accumule beaucoup de volume au niveau du bassin. Ce n’est ni un item très élégant, ni quelque chose d’adapté à ma morphologie : mais rappelons que nous sommes ici dans de la création : c’est normal que les avis divergent.

On a tout de même une silhouette intéressante, qui rompt avec les canons habituels.
Ici c’est la fonctionnalité et l’aisance qui prime.

Simon : « Ma démarche ne se limite pas à un aspect purement esthétique, je recherche des matières qui assurent longévité aux vêtements que je conçois. J’ai revisité dans cette collection des silhouettes d’antan ou j’ai allié élégance et fonctionnalité. J’ai travaillé sur l’aisance que l’on doit avoir dans un vêtement afin de laisser le corps libre de tous mouvements. »

La collection est disponible sur demande en s’adressant directement à Simon sur son site. Les prix s’annoncent tout à fait abordables pour des vêtements faits de manière artisanale (250€ pour une veste, 60€ pour un tshirt teinté).

Bien entendu il ne s’agit pas de s’habiller en total look comme moi sur la photo mais plutôt d’utiliser un ou deux items comme pièces fortes pour apporter de l’originalité à une silhouette ou encore une dimension plus nonchalante à son style.

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  • gatsu

    j’allais dire la même chose 😉 , sauf que je ne suis pas soudeur , mais polyvalent dans la grande famille sidérurgique de mon coté , mais je trouve la démarche intéréssante , en fait , ça me fait penser a certain petits vieux qui portent du lundi au vendredi la toile bleu , même pour sortir au village , allez au bistrot … etc (sauf le dimanche !)

    ps:j’approuve la patine , j’ai éxaxtement la même a l’usine :p

  • je te rassure, je ne m’habille pas comme ça dansl a vie de tous les jours 🙂 C’était juste pour montrer des démarches et des techniques de patine qui sortent de l’ordinaire.

  • Erwann

    Je travaille en bleu toute la journée, je suis soudeur, je trouve donc cette démarche particulière. Le week end je préfère « m’endimancher » et fuir la crasse du quotidien…

  • Diidjy

    Enorme les méthodes de fabrication artisanales 

  • Anonyme

    Super article, et belle démarche de créateur. Une marque à suivre probablement, avec du caractère et des prix effectivement très abordables pour de la création et une qualité qui semble intéressante.

    J’aurais aimé un petit peu plus de photos d’articles (sur toi si possible, pour avoir des photos en conditions réelles). Notamment les cols qu’il mettent en avant sur leur site, dont j’ai du mal à me représenter vraiment à quoi ça ressemble et comment ça se porte.

    Mais je dois dire qu’un t-shirt doit pouvoir donner un bon caractère à une tenue, comme tu le suggères à la fin. Bon côté pantalons je serai manifestement pas très potes avec cette marque par contre.

    Sinon rien à voir, mais j’adore tes chaussures, c’est parfait dans le style en plus !

  • serge

    suis séduit par la démarche …
    moins par le fond de culotte…