Interview vidéo : Lino Ieluzzi, l’ambassadeur de la sprezzatura italienne

Lino Ieluzzi et Luca Mariapragassam
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Je ne vous cache pas que j'étais un peu stressé quand j'ai rencontré Lino dans le hall de son hôtel à Florence, durant le Pitti Uomo 88. J'étais littéralement comme un gosse qui allait rencontrer un de ses super héros.

À ma plus grande surprise, j'ai serré la main d'un homme d'une simplicité déconcertante. Malgré son apparence extravagante, avec ses turquoises qui ornent ses doigts et sa montre Nautilus au poignet, Lino a pris le temps de me recevoir.

J'ai vraiment senti qu'il voulait me transmettre quelque chose. Si vous avez l'occasion de le croiser dans sa boutique, je peux vous assurer que c'est lui qui vous tiendra la jambe en vous racontant des anecdotes !

Avant de passer à la vidéo de son interview, je vais vous raconter un peu l'histoire de Lino...

Pour les plus pressés, voici l'interview :

Qui est Lino Ieluzzi ?

Luca mariapragassam et Lino Ieluzzi

Le teint doré par le soleil, des monk double boucles (même pour aller courir), le regard malicieux, et le sourire en toutes circonstances. Quand on a la vie de Lino Ieluzzi, il y a de quoi l’avoir grand et le garder, ce sourire. Dans son pays, en Italie, Lino est une légende vivante, pour avoir contribué à faire rayonner le style vestimentaire italien au monde entier.

Tous les passionnés de mode savent qui est Lino, et ils sont tous unanimes à son sujet. C’est un homme chaleureux, bon vivant, souriant, toujours prêt à lever le pouce lorsque vous voulez poser avec lui en photo.

Il ne refusera pas les invitations et il adore ça. Son charisme, son pouvoir relationnel et ses valeurs ont influencé toute une génération de styliste. Et tout cela sans parler anglais ! C’est une certitude, Lino est un homme à l’ancienne comme on n'en fait plus.

Lino Ieluzzi en compagnie de l'exubérant Renato Plutino.

Lino Ieluzzi en compagnie de l'exubérant Renato Plutino.

Sa passion pour les vêtements, il tient cela de son père. Un homme de goût qui ne s’habillait qu’avec des vêtements sur-mesure. Des propres mots de Lino, son père était quelqu’un de bien, un être généreux qui avait un grand cœur et qui dépensait le moindre centime qu’il avait pour célébrer la vie.

Si on tente de définir le style de Lino, disons qu’il prône la sprezzatura (la "nonchalance maîtrisée" en français). Pour lui, l’imperfection n’est jamais une erreur, plutôt le signe d’une humanité qu’on cultive tous. D’ailleurs, il déteste lorsque des hommes essaient de tendre vers la perfection au niveau de leur look.

Selon lui, si nous ne sommes pas capables d’être parfaits de l’intérieur, alors pourquoi en serait-il autrement à l’extérieur ? N’en déplaise aux Anglais qui accordent, parfois, bien trop d’importance dans leur quête de perfection vestimentaire.

lino ieluzzi pitti uomo 88

Lino, en plein échange avec l'un de ses (nombreux) admirateurs... avec les deux premiers boutons de chemises ouverts, sprezzatura oblige !

En Italie, l’imprévu vestimentaire ne constitue pas une faute de goût monumentale, au contraire, il est accueilli par nature. Et ça, Lino l’a plusieurs fois démontré avec un certain succès.

Lorsqu’il ne ferme pas la boucle haute de ses double boucles, cela devient une tendance au Japon. Lorsqu’il décide de raccourcir ses pantalons pour mieux montrer ses belles chaussures, c’est un porté dit « à l’italienne » et reconnu dans le monde entier. Et quand il raccourcit ses manches de veste, c’est juste parce qu’il trouve ça mieux d’exhiber ses montres et ses accessoires.

Pourtant, Lino ne vit pas dans l’intention de suivre la mode, de la commenter ou même de faire l'unanimité, il s’en moque éperdument d’ailleurs : il ne fait que vivre et il a bien raison.

La naissance d'Al Bazar Milano

Lorsqu’il se fait interviewer, beaucoup lui demandent d’où vient son secret, cette sprezzatura, celle qui fait tant fantasmer les débutants. Le secret est qu’il n’y en a aucun, à partir du moment où vous vous sentez confortables dans vos propres vêtements : cela constitue déjà un gage d’élégance. Il ne faut pas chercher à être parfait.

Lino Ieluzzi Veste bleue

Avant d’être l’homme respecté qu’il est aujourd’hui, Lino a commencé à travailler durant les années 60 à Al Bazar, une boutique à Milan qui, à l'origine, vendait des jeans. Il y fait ses premières armes en qualité de vendeur auprès du gérant de la boutique, un homme plus vieux et plus expérimenté. En 1969, le propriétaire prend sa retraite et il propose à Lino de lui vendre la boutique.

L’intéressé accepte et sait exactement ce qu’il veut en faire : faire revivre la veste croisée et en explorer toutes ses possibilités. Une pièce qu’il adore. Malheureusement, à l’époque, son usage était restreint par des vieux conservateurs qui considéraient cette veste comme une partie d’un costume, plutôt qu’une pièce à part entière.

Il faut savoir qu’à la fin des années 60, nous étions dans une période où les gens s’habillaient de plus en plus casual voire un peu négligé, la faute au prêt-à-porter qui supplantait progressivement l’expertise du tailleur. L’opportunité est alors toute trouvée.

Al Bazar milano

Giampaolo Alliato et Lino Ieluzzi à la boutique Al Bazar Milano. (Crédits : GentlemanChemistry)

Lino voue un amour profond pour les tailleurs, et ça aussi, il le tient de son père.

Il n’hésite pas à décrire précisément aux artisans ce qu’il ressent et ce qu’il veut ressentir à l’intérieur d’une veste, par exemple. Il conçoit ses propres cravates et décide d’y apposer le chiffre « 7 » parce qu’il symbolise sa date de naissance et qu’il est supposé porter bonheur.

cravate lino ieluzzi sept tie tailoring lifestyle

Voici les fameuses cravates de Lino, avec le "7" emblématique. (Crédits : Watch Collecting Lifestyle).

De cette manière, Lino insuffle sa vision du style, d’un vestiaire masculin de qualité avec une véritable passion. Il valorise les couleurs claires et vibrantes, comme le bleu azur ou le rose. C’était dans le style de son père, encore et toujours. La définition de ce nouveau style a beaucoup plu aux artisans, qui étaient plus qu’emballés à l’idée de produire ses vêtements.

Une fois les pièces conçues, il fallait donc les vendre. Pas de problème, Lino était très bon dans ce domaine. Il reconnaît lui-même avoir passé des nuits blanches dans des soirées ou des discothèques, juste pour montrer aux gens ses propres vêtements.

Ces derniers, intrigués par la couleur et la qualité, se demandaient où il avait bien pu dégoter une pièce pareille... Il suffisait juste de lui demander !

Lino Ieluzzi Pitti Uomo 88

Lino Ieluzzi durant le Pitti Uomo 88.

Le cinéma des années 30 à 50, Fred Astaire, les revues masculines de l’époque, tous constituent pour Lino des sources d’inspirations classiques, une certaine légèreté imparfaite qu’il cultive avec soin. La réinterprétation du style gentleman avec l’introduction de couleurs vives, des coupes proprement ajustées sans oublier les tissus de qualité ; tout cela participe à la marque de fabrique de la boutique Al Bazar.

Ce sont ces éléments qui ont permis à la boutique de s’ériger comme une marque de renom dans le style élégant et décontracté à Milan. Si vous y allez un jour, vous y croiserez Giampaolo Alliato, son fidèle ami et manager de sa boutique.

Grâce à Lino, le blazer croisé est parvenu à devenir comme une pièce mixte, pouvant être portée à toutes les occasions (version habillée ou casual). Vous n'avez qu'à regarder quelques photos du Pitti, beaucoup d'hommes ont adopté ce style !

D’une certaine manière, l’univers d’Al Bazar a été conçu comme une manière de prolonger le style de son père aux yeux du monde. Rendre l’héritage de son père immortel, voilà ce qu’a fait Lino ; et il n’y a pas plus bel hommage qu’un fils puisse rendre.

Interview de Lino Ieluzzi

Lors de cette interview, vous allez apprendre :

    • D'où lui viennent ses inspirations,
    • Comment il construit son style,
    • Pourquoi il porte ses doubles boucles ouvertes,
    • Ce qu'il pense du style en France,
    • Pourquoi il ne porte jamais de noir et aime tant la couleur,
    • Ce qu'il vient faire au Pitti Uomo, et ce qu'il en pense.

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  • Nicolò – BonneGueule

    Hello Gouhouf !

    Merci pour ton retour 🙂
    Oui c’est vraiment un chouette personnage, on est contents de l’avoir interviewés !

  • Gouhouf

    Il est très amusant ce bonhomme. Ca fait toujours plaisir les gens qui semblent s’amuser dans leur travail. Et je suis d’accord avec lui, à part éventuellement (très éventuellement) pour une paire de chaussure, le noir, c’est pas terrible. Il m’a l’air bien en phase avec Luca sur les goûts vestimentaires.

    Sa veste bleu claire, sur la photo où il téléphone, a l’air bien chouette. Sur son site, il a quelques vestes avec des tonalités un peu plus chaudes qui ont l’air bien sympathiques. Il est marrant d’ailleurs, sur son site, c’est toujours lui-même qui joue le mannequin. Il est partout.

    Gouhouf

  • Luca – BonneGueule.fr

    Grazie Julien !

  • Nicolò – BonneGueule

    Hello Guillaume, merci pour ton retour 😉

  • Julien de Zampa di Gallina

    Belle Luca!

  • Nicolò – BonneGueule

    Hello Florian !

    Merci beaucoup pour ton commentaire !
    Comme tu peux peut-être le voir à mon prénom, BonneGueule est effectivement petit à petit infiltré par les transalpins, qui croissent doucement mais sûrement parmi les rangs… 😉

    Blague à part, je pense que Lino voit probablement la France en grande partie à travers ses connaissances françaises à lui. Et je ne serais pas étonné de savoir que ses amis sont des maîtres Jedi de la mode comme lui, qui n’auraient aucun problème avec la couleur pour le coup…

  • Nicolò – BonneGueule

    Hello Erwann !

    Merci pour ton commentaire 🙂

  • Erwann Le Hir

    Ah ces italiens, qu’ils aient du style ou non, ils sont toujours haut en couleurs. Je retrouve dans Lino ce qui fait que j’aime beaucoup me retrouver avec mes amis Sicilien.
    J’aime beaucoup sa vision du style masculin, loin d’être étriquée, et pleine de bienveillance je trouve.
    Merci pour ce moment.
    Valérie.. Euhnon, Erwann. 😉

  • Nicolò – BonneGueule

    Hello Victor !

    Oui, on était nous aussi ravis de constater qu’il avait une vision intemporelle du style plutôt qu’axée sur la tendance 🙂

  • Nicolò – BonneGueule

    Hello Nicolas !

    Merci pour ton commentaire ! 🙂

  • Nicolò – BonneGueule

    Hello Abdelhamid !

    Merci pour ton retour, agréable à lire, comme toujours 😉

    Luca peut en témoigner, c’est effectivement un sacré personnage !

  • Nicolò – BonneGueule

    Hello David !

    Ne t’en fais pas, on vous prépare de bonnes choses pour Youtube !

    Pour le reportage, on a rien de ce genre de prévu pour l’instant, mais un jour, qui sait… 😉

  • Luca – BonneGueule.fr

    Merci Nicolas, en effet, il n’a pas le même âge mais on peut s’inspirer facilement des couleurs rayonnantes qu’il porte.

  • Luca – BonneGueule.fr

    Merci David, comme tu le dis, il explique cela avec beaucoup de simplicité.

    De belle surprises arrivent pour la rentrée en ce qui concerne la vidéo !

  • Luca – BonneGueule.fr

    Merci pour ton retour Abdelhamid, c’est toujours un plaisir de te lire 🙂

    En effet, Lino est un homme vraiment généreux et passionné, c’était un vrai plaisir d’échanger avec lui. En ce qui concerne le Coca Zéro, j’ai toujours une perfusion donc ma double-breasted jacket !

  • Pierre Alanski

    De bonnes interviews, c’est fondamental ! ^_^
    Suivre et davantage apprécier le travail de BonneGueule et de ceux (et celles) qui le font, c’est FONDAMENTAL !

    Ceci même si je ne comprendrai jamais la passion de Luca pour le Coca Zéro ; le sucre vaincra, c’est fondamental ! 😉

    Merci pour cette superbe interview, Luca 😉