Interview illustrée de Ly Adams : notre dernière bonne découverte

Temps de lecture : 6 minutes

Dans la continuité des jeunes labels que nous voulons vous faire découvrir, voici Ly Adams (une bonne surprise signée Vianney). Nous les plaçons sur un créneau similaire à Melinda Gloss, Filipa K et autres APC. Une garde-robe bien pricée, avec du basique sans fioritures… mais ici des originalités plus marquées : cravates en soie tricotée, motifs Prince de Galles, foulards colorés. C’est très probablement une de nos meilleures découvertes de l’année. Je possède moi-même un costume de la marque que vous avez pu apercevoir ici et dont je suis extrêmement satisfait.

Voici donc une interview de Séverine et Rabi qui ont créé la marque (avec Yoan, le frère de Séverine), entrecoupé d’une revue de mes pièces préférées :

L’interview de Ly Adams

Quels sont vos parcours et comment avez-vous été amené à vous lancer dans la marque ?

 

Rabi : J'ai fait une école de mode spécialisée féminine : Formamod, ensuite l’étude du tailleur homme dans différentes maisons (cette étude n’est pas terminée). Séverine et Yohan m'ont exprimé lors d’une rencontre leur désir de lancer une marque pour l’homme et m’ont donné une chance d’exercer mon métier de styliste.

 

Séverine : Ecole de journalisme, puis carrière dans l’immobilier. L’envie de créer une ligne pour homme est partie d’un simple constat : même si la mode masculine a beaucoup évolué ces dernières années, le dresscode au bureau reste très formaté, très formel, très ennuyeux. Le costume anthracite noir ou marine en super100’, sorte d’uniforme sans forme pour se fondre dans la masse !

LA belle veste, LE beau pantalon, LA belle chemise, ce sont ces pièces maîtresses du masculin que nous voulons revisiter et adapter au style de vie d’aujourd’hui.

Comment vous répartissez-vous les rôles ?

 

Rabi : j'ai une autonomie totale, je cherche de mon côté les lignes, les couleurs qui m'inspirent. Ensuite le groupe se réunit pour établir une direction afin d'aboutir à une collection.

Gauche : Des proportions intéressantes sur la silhouette avec les ourlets de pantalon qui mettent en valeur les bottines. La tenue est très sombre, presque monobloc, mais fonctionne grâce aux contrastes de matières et de motifs qui viennent redélimiter les différentes parties du corps.

Droite : J'aime beaucoup les couleurs et les matières : les séries limitées de tissu permettent souvent des costumes originaux chez Ly Adams.

Quelles sont les particularités de la marque ?

Rabi : L'exclusivité, rapport qualité-prix, tissu qualitatif...

 

Séverine : Les intemporels masculins dignement manufacturés, le goût des belles matières, des détails de maître tailleur.

Et puis une allure pour être vécue, voire pour être ressuscitée — ne reste t-il pas d’un être disparu que le souvenir de sa silhouette ? Dans l’allure il y a quelque chose de très dynamique, sorte de mélange de mouvement et de magnétisme ; le contraire de quelque chose de figé. Au niveau des proportions, elles sont étudiées pour une allure décontractée chic.

Enfin, nous créons avec des séries limitées de tissu, car nos clients aiment l’idée d’avoir quelque chose d’assez exclusif finalement.

Ce que j’aime chez vous, c’est ce mélange entre des influences anglo-saxonnes (beaucoup de Princes de Galles dans les costumes, du jean brut Levis Made&Crafted, des cravates club) et des villes du Nord de l’Italie (les coupes fittées des costumes, les foulards colorés). Est-ce que c’est ça finalement, le style français ?

 

Rabi : Les Français ont toujours eu un rapport intense avec les modes vestimentaires, comme les Anglais, les Italiens... C'est ancré dans leur code génétique.

Séverine : Je parlerai plus du Parisien que du « Français ». Selon moi, il n’y a pas un Parisien mais une multitude de Parisiens et c’est à cette diversité que nous voulons nous adresser.

Le Parisien est libre de son attitude, le vêtement semble s’oublier sur lui. Il a ce je-ne-sais-quoi tout à la fois bohème, élégant et doucement désinvolte, ainsi que cette façon unique de déjouer les codes avec un naturel qui en fait son identité.

Il a du chic et du chien, quelque chose d’indéfinissable que l’on remarque et que l’on envie : une affaire d’esprit et d’allure, une sorte de légèreté sans jamais perdre sa profondeur.

Gauche : Encore un costume bien fitté : les costumes Ly Adams conviennent très bien aux petites tailles et aux gens assez fins (j'y emmène parfois les clients des relooking homme). Remarquez aussi la chemise avec un col châle inhabituel.

Droite : Bel assemblage de couleurs avec les espadrilles rouges qui viennent raviver le chino bleu-gris.

 

 

Justement, qu’est-ce qui caractérise le rapport entre les Français et la mode ?

 

Séverine : Ils s’en inspirent mais ne se laissent jamais totalement dicter par elle.

 

Est-ce que tu observes l’arrivée (ou le retour) de certaines tendances de mode masculine à travers les demandes de tes clients ?

Rabi : Les clients ont des désirs qu’ils nous confient, mais il ne faut pas oublier que la mode naît de la rue.

Et pour rester dans ce qu’on voit dans la rue, Hedi Slimane chez Dior Homme (et ses silhouettes longilignes) : c’est vraiment fini ?

Rabi : Hedi Slimane ainsi que Armani, Ford ont touché une sensibilité chez l’homme et ils ont marqué de leur empreinte l’histoire du costume (dans le domaine de l’homme).

 

Séverine : Non au contraire. Hedi Slimane a permis aux hommes de découvrir leur silhouette : ils commencent à peine à comprendre qu’ils ont des épaules, une taille, et que tout ça n’est pas un bloc !!!

Rabi le styliste joue aussi parfois aux mannequins.

Gauche : Autre coup de cœur chez Ly Adams : les manteaux et les blazers en laine (oui oui, en laine, très facile à porter contre toute attente).

Droite : Vous trouverez aussi de jolies écharpes, des foulards, et des cravates en soie tricotées à la boutique.

Une dernière question pour la route : quels sont les créateurs qui vous inspirent ? ou les marques auxquelles vous vous compareriez volontiers ?

 

Rabi : Haider Ackermann, monsieur Yves Saint Laurent...

Séverine : Hermès pour l’attention portée aux détails, Thom Brown, Dries Van Notten pour son univers, Margiela pour l’identité qu’il a su créer autour de sa marque, et Bottega Veneta pour les coupes et la palette de coloris.

Mais ma plus grande inspiration vient de la boutique Arnys : c’est une institution ! Il y a ce côté tailleur d’antan. J’habite au dessus et tous les soirs je m’arrête longuement sur les vitrines : ils ont une façon unique de présenter les vêtements, les étoffes, des objets improbables, des cannes dans des essences de bois très rares, des canifs ornés d’ivoire, des chaussettes en cashmere... Tout est toujours coordonné dans des couleurs improbables (violet et vert, ocre...). C’est très particulier. Pour nous qui retravaillons des basiques, c’est une mine d’or d’inspiration.

Vous avez votre boutique au croisement des rues Vieille du Temple et du Roi de Sicile à Paris (métro Hôtel de Ville). Mais pas encore de vente on-line pour l’instant…

La vente en ligne c’est pour la saison prochaine !

Vous trouverez la boutique au 11 rue Vieille du Temple, dans le Marais à Paris.

Edit : Anecdote sympa, Séverine m’a entre temps envoyé cette vidéo où Pete Doherty fait un concert improvisé en dernière minute dans la boutique car il habitait à deux pas. La créatrice lui a demandé lors d'une visite, en plaisantant, quand est-ce qu'il viendrait faire un concert. La rockstar l'a prise au mot en lui répondant : « Demain ! »

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