[Hors-sujet] – Sur les chemins de Saint-Jacques de Compostelle à vélo (1/3)

Temps de lecture : 4 minutes

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Il est 8:15. Et ce dimanche matin 5 mai, je ne suis pas dans mon lit.

Je remonte la Seine. Paris est calme et belle, enveloppée par le soleil de printemps qui succède à la grêle de la veille.

En passant devant la passerelle des Arts, je pense à Marion, ma copine, que je viens de serrer dans mes bras, encore à moitié endormie.

Je me sens moi aussi assoupi quand j’aperçois les toits bâchés de Notre-Dame.

Et je contrôle machinalement ma montre. J’ai encore un peu d’avance pour me rendre à la Gare de Lyon, y démonter mon vélo et ses deux sacoches, puis les embarquer à bord du train qui nous emmènera au Puy-en-Velay.

Parce que ce matin, je pars à Saint-Jacques-de-Compostelle.

L’appel des grands espaces

Cela faisait longtemps que je rêvais de reprendre la route, après avoir relié Paris-Istanbul il y a quatre ans. Ça m’avait fait un bien fou et j’en garde des souvenirs toujours vivants, partagés avec Romain Piquet des Franglaises, mon compagnon de voyage.

Et l’an dernier, voir les photos de Benoît parcourant la Mongolie en moto en autonomie totale n’avait fait qu’alimenter ce besoin de reprendre la route.

Je ne suis pourtant pas malheureux à Paris. Je suis conscient de ma chance d’être entouré de gens que j’aime et qui me veulent du bien. Et j’ai la chance énorme depuis 10 ans de co-diriger BonneGueule, une aventure humaine qui dépasse de très loin ce que je pourrais appeler « mon métier ».

Et au final, c’est peut-être ça qui me pousse à reprendre la route un matin de mai.

Au début j’hésitais à faire le GR20, le célèbre sentier qui traverse la Corse du nord au sud. Et finalement j’ai opté pour une aventure plus longue, en quête d’une déconnexion profonde de mon quotidien qui va vite, très vite, parfois trop.

D’autres diront que c’est le chemin de Compostelle qui appelle les marcheurs par sa magie.

Peut-être que c’est vrai aussi, a entendre les récits de ceux qui l’ont arpenté avant moi...

Une rencontre mystique ?

Si les sujets de spiritualité m’intéressent, la religion ne fait en tout cas pas partie de mes motivations, n’étant d’aucune confession religieuse. Mais si en chemin, des croyants évoquent leur foi, je serai content d’écouter et d’apprendre des choses.

Ce qui est certain, c’est que tous ceux qui reviennent de Compostelle, croyants ou non, parlent d’un chemin qui change ceux qui l’arpentent. Ce serait une expérience inoubliable dans une vie.

J’espère que ce pèlerinage agnostique en vélo m’autorisera à vivre ces moments de la même manière.

Un pèlerinage, un engagement avec soi-même

Même si je ne fais pas ce pèlerinage de manière religieuse, j’y vois quand même une dimension spirituelle importante : bien penser, bien faire.

C’est l’occasion de prendre du recul.

Quand on voyage à vélo, le temps redevient long, et on repasse dans l’instant. On se ré-approprie son sens des distances habituellement flouté par les transports modernes.

Au moment où j’écris ses lignes dans le TGV pour Le Puy-en-Velay, je me sens déjà un étranger au milieu des voyageurs pris dans leur quotidien, certains que j’imagine travailler en animant leurs doigts sur un clavier.

On ré-approprie le moment : pas de sollicitations subies, pas d’engagements pris. Votre monde ne s’écroule pas quand vous l’abandonnez 15 jours, même si vous avez des responsabilités professionnelles importantes et une copine qui vous manque déjà.

Enfin, on se ré-approprie sa pleine attention. Et avec elle son imagination. Tout une part de sa vie intérieure habituellement happée par les mille petites choses à garder dans sa mémoire vive : relancer la compagnie d’assurance, rester vigilant au fait que mon collègue Martin ne semble pas aller très bien en ce moment, acheter de la colle forte pour réparer la plinthe qui bouge dans la salle de bain, ne pas rentrer trop tard.

Il y a aussi une sorte d’effet « reset ». Rien de tel que de passer 15 jours dans un mode de vie aux antipodes du T2 parisien pour mettre un terme à de mauvaises habitudes et en recréer des neuves en rentrant :

  • Moins regarder ses messageries 
  • Faire plus de sport 
  • Prendre du recul en vivant au présent, de manière plus sereine, sans se laisser embarquer par l’urgent, qui trop souvent fait oublier l’important
  • Faire une seule chose à la fois
  • Passer suffisamment de temps avec les gens qui comptent dans la vie, en ayant une vraie écoute
  • M’accorder suffisamment de temps pour mon bien-être, me résoudre à ne pas faire autant de choses que je le souhaiterais.

Cela passe aussi par manger des choses saines, quitte à repousser parfois quelques repas.

Quand j’avais traversé l’Europe en vélo, j’avais pu faire un tour d’Europe des gastronomies locales. Et franchement attendre parfois le détour d’un chemin pour tomber sur un beergarten autrichien qui fait des truites grillées là où le bourg qu’on venait de traverser se limitait au kebab local, ça fait plaisir !

Voilà donc pourquoi j’entreprend ce pèlerinage. Même si ce n’est pas évident d’expliquer en quelques mots pourquoi je pars me terrer dans la campagne profonde en solo avec un vélo et une tente...

Enfin, je suis évidemment parti avec de l’équipement que je rêvais de tester, car cela a une dimension plaisir pour moi.

Au fil de ces articles, je vous ferai donc un feed-back de la marque Rapha (veste 3-couches, cuissard, boxer et chaussettes en mérinos, gants, explore shoes...) et de vêtements BonneGueule (les tee-shirts en mérinos et le bomber travel tech, pièce souvent incomprise).

Mais aussi de ma tente ultra-légère Msr, de la selle ergonomique SMP, du duvet ultra-léger Spark1 de Sea-to-Summit (et de leur équipement de rando écologique), et encore d’autres surprises.

Tout en vous partageant mon ressenti pour vous donner envie à vous aussi d’arpenter ce chemin mythique. Et je ne doute pas qu’on parlera aussi de bonnes grosses galères, sachant que je vois de la neige depuis le train en traversant le Velay... d’ailleurs au moment où je vous parle, j’ai déjà endommagé un de mes freins à disque dans le transport...

 

À très vite de l’autre côté,

Geoffrey

Geoffrey Bruyère Geoffrey Bruyère

Je suis un des deux fondateurs de BonneGueule. Je crois aux contenus de qualité, au digital qui n'oublie pas l'humain, et aux marques positives ✊ Et c'est moi qui trouve les surnoms dans l'équipe !

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