Guide de l’Homme Stylé – Interview de Brandon Svarc (Naked & Famous)

Guide de l'Homme Stylé... Même Mal Rasé - Interview de Brandon Svarc (Naked & Famous)

Retranscription Interview Brandon Svarc (Naked & Famous)

Peux-tu te présenter ?

Brandon SVARC : Bonjour. Je suis Brandon SVARC et je suis le fondateur et créateur de NAKED and FAMOUS Denim.

Interviewer : Pourquoi est-ce qu’on te surnomme parfois le « Crazy Denim maker » ?

Brandon SVARC : Parce que je suis en fait crazy. Je suis un peu fou et on fait des produits qui sont fous comme le jean brillant dans le noir ; le jean grattez-sentez à la framboise ; le jean le plus lourd jamais créé au monde ; le jean thermochromique qui change de couleur avec la chaleur et des choses comme ça.

Ma famille était dans cette industrie depuis plus de 65 ans. Alors, j’ai l’indigo dans mon sang.

Quel est le jean le plus fou que tu as réalisé ?

Brandon SVARC : Le jean numéro un, le plus fou que nous avons jamais fait, c’est le jean le plus lourd jamais créé au monde. Un jean de 32oz par mètre carré. C’est comme porter trois jeans en même temps. On dit « garantie de ne pas être confortable ou remboursement ».

Peux-tu présenter la personne à coté de toi ?

Brandon SVARC : Oui. Ça, c’est Bahzad. Je l'appelle mon right hand man en anglais. Je l’ai embauché, il y a trois ans et demi déjà. Nous sommes une petite compagnie. On n’a pas de centaine d’employés, alors on n’a pas de titres. Des fois, il est mon ministre de la défense. Si je dois lui donner un titre, je pense qu’il est mon gérant de vente. Mais il aide aussi dans le design, le marketing, la communication et tout.

En plus, il aime les video games, les mangas japonais et les vieux cartoons japonais et tout ça. Alors, moi, ma sœur et mon père et tous nos employés sont des nerds fiers.

Et c’est avec lui que tu as toutes les idées folles pour faire tes jeans ?

Brandon SVARC : J’ai commencé pendant deux ans sans Bahzad et on a fait des denims qui étaient fous aussi. On a fait des denims super lourds, ou rugueux. On a fait des denims avec de la soie dedans et différentes choses. Mais peut-être qu’après que Bahzad soit arrivé, on a monté en gamme de folie. Comme par exemple, on a fait les jeans avec du kevlar dedans, avec de l’acier dedans, qui change de couleur avec la chaleur comme j’ai déjà dit, le scratch and sniff (grattez-sentez) senteur framboise ; le jean le plus lourd jamais créé au monde et des trucs comme ça.

Quelles sont vos sources d’inspiration ?

Brandon SVARC : Beaucoup de personnes nous posent cette question. Et j’aime beaucoup ça parce que généralement, quand les médias demandent à un designer : « C’est quoi votre inspiration pour cette saison ? » Il dit : « Oh, je suis inspiré de la mer de Saint-Tropez, de Bohemian chic, des années 1960 » et tout ça. Mais tout ça, ce sont des poubelles pour nous. On n’a pas d'inspirations magiques. Nous sommes juste inspirés à faire des bons jeans. Mais nous avons un truc  pour faire tous nos designs.

Quand vous étiez un petit enfant de huit ou dix ans, c’est là, à ce moment que votre imagination est la meilleure dans toute votre vie. Tu sais, tu es un petit garçon et tu vois que les adultes, ils doivent payer des taxes et ils ont des problèmes et tout ça. Alors quand on veut faire de nouveaux styles, de nouveaux designs, on essaie de taper dans cette enfance. Par exemple, quand j’étais petit enfant, j’avais des étiquettes qui glow in the dark (brillaient dans le noir) sur mon ceilling (plafond). Alors, OK, on fait des jeans « Glow in the dark ». J’avais des livres, you know, « Scratch and Sniff » (grattez-sentez). OK, on fait des jeans « Scratch and Sniff ». Ou, des Tee-shirts qui changent de couleur. Ok, on fait des jeans comme ça. Alors, oui. Ça, c’est notre secret. Dans nos têtes, nous sommes des enfants de huit ou dix ans.

Interviewer : Et, ils arrivent bientôt les jeans pour Street Fighter ?

Brandon SVARC : Peut-être. OK, c’est secret. Pour la prochaine saison ! Non, je ne sais pas mais, Bahzad est un grand fanatique de Street Fighter. Moi, j’aime le Street Fighter mais, je ne vais pas jouer contre Bahzad parce qu’il me bat à chaque fois.

Je pense que si on appelle Capcom, ils nous dirons de sauter dans un lac, alors je ne sais pas.

As-tu déjà essayé de créer le jean parfait ?

Brandon SVARC : Je ne sais pas si ça existe un jean parfait. On veut juste faire des jeans qui sont badass, qui sont bien avec un bon prix. Je ne sais pas si le jean parfait existe.

Est-ce que au Canada, on s’intéresse beaucoup à la mode ?

Brandon SVARC : Nous sommes de Montréal. Et Montréal, c’est la vraie ville en Canada qui est le cœur de la mode et le cœur de la production. Comme j’ai dit, ma famille était dans cette industrie depuis plus de 65 ans. Et Montréal, c’est vraiment comme j’ai dit, le centre de la manufacture au Canada. Alors, je pense que la mode est très importante pas juste pour les personnes mais aussi pour l’industrie canadienne et montréalaise.

Comment reconnaître une toile de jean de qualité ?

Brandon SVARC : Vraiment, c’est avec l’expérience. Mais, tu dois toucher. Quelque chose que je pense est très importante et que pas beaucoup de personnes ont fait est de regarder dedans, regarder les labels, l’étiquette dans le jean. Donc, quand les femmes et aussi les hommes achètent quelque chose, « OK, c’est ça, regarde bien, je le porte bien. Mon cul, regarde bien, il est dedans. » C’est bien mais, tu dois regarder où est-ce que c’est fait. Est-ce que c’est fait au Canada ? Est-ce que c’est fait aux Etats-Unis ? Est-ce que c’est fait en France ? Ou est-ce que c’est la Chine ou l’Inde ou Pakistan ou quoi ? Et c’est fait de quelle matière. Regarde ! Est-ce que c’est du polyester ? Est-ce que c’est du coton ? Est-ce que c’est du cachemire ? Tu dois regarder à chaque fois l’étiquette dans le produit.

Interviewer : Est-ce que c’est grave s’il y a un peu d’élasthanne dans un jean ?

Brandon SVARC : Non, c’est toujours votre choix. Il y a beaucoup de personnes qui, par exemple, prennent le vélo chaque jour et peut-être l’élasthanne est très important pour eux. Mais pour des personnes qui font juste une promenade chaque jour, peut-être que  ce n’est pas pour eux. Ou les personnes qui aiment être plus manly, « non, je porte seulement du 100% coton. » C’est OK aussi. Nous faisons des jeans avec du cachemire dedans et du lin. Alors, il n’y a pas de règles. Tu dois faire ce qui est bon pour toi.

Quels sont les détails de confections auxquels tu portes attention ?

Brandon SVARC : Il y a quelques différentes choses que tu peux regarder. Et pour donner une réponse plus courte, pour nous et pour les autres fanatiques du Denim, il y a quelques bons détails que nous regardons. Par exemple, nous avons investi dans les machines anciennes pour coudre nos jeans. Ma machine favori, c’est le « Union Special 43200G bulldog chain-stitching machine ». C’est une machine que j’ai acheté au Japon pour 8 000 dollars. Et c’est une machine très rare. Et ce machine-là fait seulement une opération, c’est le point de chaînette sur l’ourlet du jean. Et alors, quand tu regardes tes jeans, tu retrousses le jean et tu vois qu’il y a un point de chaînette, ça veut dire : OK, ce jean-là, c’est fait sur des anciennes machines. Et nous essayons d’utiliser des machines très anciennes, des machines faites de métal et non pas avec des parties en plastique. Et ça, c’est une chose que nous aimons.

Interviewer : Et le résultat, il est vraiment différent entre les vieilles machines et les machines récentes ?

Brandon SVARC : Je pense que oui. Les nouvelles machines peuvent faire des choses très vite, mais les vieilles machines font une qualité supérieure. Et quand tu regardes dans le jean, tu peux voir la couture qui est plus droite et la couture qui est plus épaisse. Le jean, ça dépend de beaucoup de choses mais, il y a quelques différentes choses comme par exemple, quand tu vois le point de la chaînette, tu sais, « Oh, ça, c’est une manufacture qui utilisent des vraies vieilles machines. »

Qu’est-ce que le denim « selvedge » ?

Brandon SVARC : Le denim « selvedge », c’est un denim qui est fait sur des anciennes machines qui s’appellent en anglais le « shuttle loom », ou en français des « machines à navette ». Et premièrement, tu dois savoir que chaque denim ou chaque tissu qui est tissé a deux différentes directions de fil. Alors, il y a une warp et une weft. En français, c’est « chaîne » et « trame ». Et alors, la chaîne sur un jean, c’est généralement indigo. C’est ça la raison que vos jeans sont bleus. Et la trame est blanche. C’est la raison que quand tu regardes dans ton jean, c’est blanc. Et la machine à navette, elle s’appelle « machine à navette » parce qu’il y a une navette dedans. Et cette navette prend le fil de trame, le fil blanc, et il y a une grande machine avec 300 Kg de fil indigo à mettre dans la machine. La navette, elle va comme ça, et sur chaque passe, elle ferme la lisière du tissu. Alors, en anglais, on appelle ça une « selvedge », alors, « selvedge denim ». Ici, c’est juste quand tu regardes sur la lisière que c’est une lisière fermée, une « selvedge ». Et c’est ça le « selvedge denim ».

Interviewer : D’accord. Et donc, c’est de meilleure qualité ?

Brandon SVARC : Beaucoup de personnes disent : « Ok. Alors, c’est selvedge, pourquoi est-ce que c’est important ? Pourquoi je I care (m'en préoccupe). Dess fois, des personnes disent : « Oh ! Quand tu fais lin ourlet, regarde, c’est très cool ». Ok. Je suis en accord avec ça. Mais ce n’est pas la première raison pourquoi le denim « selvedge » est spécial et admiré par des fanatiques comme moi et comme vous. Je pense que la raison pour laquelle le denim « selvedge » est important et spécial est parce que c’est quelque chose qui est rare. C’est quelque chose qui est difficile à faire. C’est quelque chose que…

Quand tu vas au Japon, une fois, tu vas à Okayama dans la vieille usine, tu vois tous les japonais qui courent, et il y a beaucoup de bruit. Mais quand tu vas dans une usine moderne qui fait le denim moderne, en grande série, c’est fait dix fois plus vite. Alors, le vieux denim, c’est plus difficile à faire mais c’est une qualité qui était abandonnée pour la nouvelle technologie. Et nous voulons go back (retourner) à la vieille technologie. Et ça, c’est la raison que le denim « selvedge » est spécial. Il y a aussi une très belle chose qui s’appelle le Wabi-sabi. C’est un principe bouddhiste japonais qui s’appelle Wabi-sabi et ça dit que « Il n’y a pas une chose dans le monde qui est parfaite. Il n’y a pas une chose dans le monde qui est belle pour tout le monde. Mais c’est ça qui dit que des choses qui sont faites à la main ou qui sont faites sur de vieilles machines, qui sont faites dans des vieilles usines qui sont spéciales, parce que c’est quelque chose qui n’est pas parfaite. C’est quelque chose que chaque jean, chaque mètre de tissu est quelque chose qui est unique. Et c’est une des raisons pour laquelle nous préférons le denim « selvedge ».

On a vu apparaitre des jeans qui ressemblent à des selvedges mais qui n’en sont pas. Sont-ils quand même de qualité ?

Brandon SVARC : Il y a beaucoup d'erreurs maintenant dans le marché parce que le denim « selvedge », c’est plus populaire, plus populaire, plus populaire. Alors, des usines en Chine, en Pakistan, en Inde et en Thaïlande ne focus (se concentre) pas sur la haute qualité mais juste sur la mass production (production de masse). Ils disent maintenant : « Ok, on va faire le selvedge ». C’est la même chose que dans tous produits dans le monde. Il y a des selvedges qui sont de haute qualité. Il y a des selvedges qui sont de basse qualité. C’est ça la raison que pour notre marque, pour Naked & Famous, on utilise seulement la toile japonaise. Pas juste pour nos jeans, mais pour les chemises et tout. Ça, c’est une règle pour nous. Alors, comme chaque chose, il y a des automobiles qui sont de haute qualité, il y a des automobiles de basse qualité. Alors, c’est la même chose comme le denim et même chose avec le denim « selvedge ».

Et es-tu intéressé par les denims qui ne sont pas selvedge ?

Brandon SVARC : Oui. On n’utilise pas seulement le denim « selvedge ». Peut-être 80% ou 85% de notre collection est selvedge. Mais on n’utilise des denims avec du stretch dedans. Et quand on fait un mélange de denim, quand on fait un denim avec du cachemire dedans ou quelque chose comme ça, ce n’est pas peut-être nécessaire d’avoir du selvedge dedans. Quand on fait un jean avec du cachemire, c’est un jean de fashion. C’est un jean de mode. Ce n’est pas un jean de brut que tu vas casser et personnaliser. Alors, parfois, c’est Ok. On peut faire des denims très intéressants sans selvedge. Mais même chose, quand on fait les denims sans selvedge, les denims à large trame, c’est toujours des denims japonais aussi.

Comment laver son jean ?

Brandon SVARC : Comme j’ai déjà dit avec les jeans bruts, il n’y a pas de règle. Si des personnes disent : « Ok. Tu portes un jean brut, alors ne le lave pas. Jamais tu ne vas laver. C’est une règle. ». Non. Ou ils disent : « Lave après six semaines ». Non, c’est bullshit (des conneries) aussi. Tu peux faire tout ce que tu veux. Alors, nous avons une recommandation. On dit : quand vous êtes prêts de laver vos jeans, lave inside out dans l’eau froide et suspendez pour sécher. Mais ça, c’est nos recommandations. Si vous voulez, vous pouvez le faire tremper dans un bac, vous pouvez sauter dans la mer si vous voulez. Tous les fans de denim brut savent que vous avez le « power ».

Qu’est-ce que tu penses des jeans délavés ?

Brandon SVARC : Je n’aime pas les jeans délavés.J’essaie de faire en français, ce sera la première fois que je dis en français. Alors, un jour, vous serez un homme de 60 ans et tu dis : Ok. Maintenant c’est mon mid-life crisis (crise de la cinquantaine). Je veux acheter l’automobile qui est la plus rapide dans le monde. Je veux une Ferrari, par exemple. N’importe laquelle. Ça ne fait pas de différence. Alors, tu vas chez Ferrari à Paris. Tu frappes sur la porte et tu dis : « Bonjour, monsieur le vendeur. J’ai beaucoup d’argent dans ma poche. Je suis prêt à acheter la nouvelle Ferrari rouge cerise. ». Il dit : « Ok, viens monsieur. J’ai une nouvelle Ferrari qui vient juste d’être finie. Un 316 spider. C’est juste prêt. » Il vous donne un cappuccino. « Viens dans le showroom » et il dit : « Viens plus proche, je vais vous montrer les détails. » Et il dit : « Regardez les égratignures sur les jantes. Oh ! Comme c’est beau. C’est comme le vintage. Et tous les rayures sur les portières, c’est comme si vous avez conduit du 300 Km à l’heure. » Il ouvre les portes et tout le cuir est tout déchiré. « Oh ! Regarde, c’est comme Marlon Brando était là. » Et tu vas dire : « Go fuck yourself ! » Et tu ne vas pas acheter une automobile qui a des rayures et le cuir déchiré. Alors, pourquoi est-ce qu’on achète des jeans qui sont déchirés avec des produits chimiques dessus et tout ça. Je ne vais jamais vendre des jeans qui sont endommagés avant que tu portes. Pour moi, c’est exactement la même sorte de folie. Quand tu vas pour acheter une pomme dans le marché, et qu’il y a une pomme abimée « je paie double pour ça, monsieur. ». Non, mais c’est fou. C’est comme une blague. Mais je pense qu’acheter des jeans qui ont des trous, c’est la même blague.

Merci à Brandon et Bahzad

Brandon SVARC : Je m’excuse. Je m’excuse pour mon horrible grammaire et mon horrible accent français. Je suis anglophone, je promets.

À très bientôt !

 

 

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