BonneGueule lève des fonds… et on vous dit tout

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Après presque 10 ans d’existence en tant que site de mode masculine, et 5 ans après le premier euro de l’entreprise, BonneGueule lève des fonds.

Alors que le secteur de la mode masculine est souvent vu comme accumulant les difficultés, nous y voyons une formidable émergence de jeunes marques avec de très belles offres. Ce sont ces acteurs que nous voulons aider et mettre en avant.

C'est aussi un secteur porteur d’espoir car il peut montrer l’exemple.

Un secteur que l’on essaye de sensibiliser au “monde d’après” en réconciliant les hommes et le vêtement, et proposant de l'information de qualité et utile pour les futurs choix des consommateurs.

Avec toujours une mission claire et simple : “aider les hommes à se sentir bien dans leurs vêtements”.

Mais alors pourquoi lever des fonds, alors que tout va bien et que tout avance ? Et d’ailleurs c’est quoi une levée de fonds ? Qu’est ce qui va changer (ou pas) chez BonneGueule ?

Toujours avec notre envie d'user de pédagogie et de clarté, on va vous donner les raisons et les détails de cette “étape”.

Même si pour nous ce n’est qu’un moyen (un peu comme souscrire à un prêt bancaire plus important que les autres), et un moyen qui n’a rien d’une fin en soi.

Et attention, c’est un peu long.

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Le pot des 9 ans du site, en juillet dernier. Les deux bretelles que je porte ne sont pas une tendance vestimentaire, mais simplement l'attelle pour mon poignet 🙂

Mais déjà, c’est quoi une levée de fonds ?

C’est la question qu’on se posait encore il y a un an, sans vraiment trop savoir de quoi il s’agissait précisément. On savait juste qu’il nous faudrait des sous pour financier tous nos projets.

Alors commençons par poser les bases.

Dans une levée de fonds, des investisseurs apportent de l’argent (=des fonds) en échange d’une partie du capital d’une entreprise.

En d’autres termes, en échange de l’argent qu’ils apportent à l’entreprise (qui se compte en centaines de milliers d’euros, voire en millions), des entrepreneurs leur accordent une partie du capital de leur société.

Plusieurs années après (entre 5 et 7 ans lorsqu’il s’agit de fonds d’investissement), quand l’entreprise a bien grandi grâce à ces ressources supplémentaires, les investisseurs revendent alors leurs parts plus chères. Soit à d’autres investisseurs, soit à une entreprise du secteur plus avancée, soit aux fondateurs qui récupèrent ainsi leurs parts (le plus rare, mais probable dans notre cas).

On dit alors des investisseurs qu’ils “font une sortie”, ou une “exit”.

Vous vous demandez peut-être comment on décide de combien de parts on cède aux investisseurs et pour quels montants ?.

Là, on entre dans des problématiques complexes de valorisation de société.

Bonne question !

Quand l’entreprise appartient à plusieurs personnes, les parts de chacun correspondent à la valeur de ce que chaque personne a apporté

  • En travail (fondateurs),
  • En nature, avec un savoir-faire particulier via de nouveaux employés clés de la société (un carnet d’adresses, un brevet, un site, etc.),
  • Ou en argent (investisseurs).

Exemple : Vous créez une boîte avec votre pote, vous apportez 8.000 € et lui 2.000 €, pour un total de 10.000 €. Etant donné que vous avez apporté plus d’argent que votre ami, on considère que vous prenez plus de risques que lui : cela doit être récompensé par plus de parts.

Vous pouvez donc décider d’avoir donc 80 % des parts et votre ami 20 %.

Ca paraît simple comme ça, mais la situation peut rapidement se complexifier : par exemple, votre ami n’apporte que 20 % du capital mais il peut détenir une compétence ou un savoir-faire décisif, introuvable ailleurs, qui rend sa présence très précieuse. Ou tout simplement s’investir énormément, soirs et week-ends, pendant une année, alors que vous n'êtes pas à plein temps sur le projet.

Auquel cas, faire 50% / 50% serait tout à fait justifié.

Pas de méthode miracle ici pour décider de la bonne répartition des parts, à part de longuement discuter des désirs, des ambitions et de l’implication de chacun. C’est une recette unique à chaque entreprise.

Et comme un mariage, c’est parfois lourd de conséquences !

Je vous invite à lire cet article qui explique très bien et de manière simple les enjeux de la répartition du capital entre associés.

Cela commence par une bonne remise en question d’où on veut emmener BonneGueule, et de quelle manière.

On doit clairement définir notre stratégie à moyen et long terme, et aligner toute l’équipe autour d’un projet commun.

Dit comme ça, cela peut paraître simple mais c’est loin d’être aussi facile qu’on le pense. C’est à ce moment qu’on entre de plain-pied dans des sujets de culture d’entreprise, de valeurs et de vision (peut-être qu'un jour, nous aurons l'occasion de faire des articles sur ces sujets très importants).

On prépare alors un “deck” (un ensemble de slides qui présentent la société) et un “business plan” où l’on chiffre des prévisions de croissance.

Viennent alors les premiers “pitchs” : expliquer aux potentiels investisseurs ce qu’est BonneGueule. Et s’assurer qu’ils s’intéressent au projet pour les bonnes raisons !

La dernière chose à faire serait donc de sur-vendre le projet, car il y a forcément un moment où cela se saurait…

L’inverse est presque à recommander : rester modestes sur les prévisions pour surprendre, si possible, les investisseurs par la suite.

Puis, à la suite du pitch, ils nous posent beaucoup de questions très concrètes du type :

  • Qui contrôle la qualité de vos chemises une fois fabriquées ? Comment sont sourcés les tissus ? Combien de temps met-on pour produire un pantalon ?
  • Quels sont les ingrédients qui font que la formule fonctionne aujourd’hui ?
  • Quelles sont les personnes derrière ce projet ? Parlez moi des managers de votre équipe, comment les voyez-vous évoluer ?
  • Vous avez prévu quoi à l’international ? Comment vous comptez vous y prendre ?

On rencontre plusieurs types d’investisseurs, avec deux typologies différentes :

  • Les business angels : ce sont des personnes qui ont beaucoup d’argent, souvent parce qu’ils ont eu une vie d’entrepreneur où ils ont revendu leur boîte, fruit de plusieurs années de travail acharnés.
    Et comme ils aiment toujours autant l’entrepreneuriat, ils ont envie de conseiller et suivre des jeunes entrepreneurs, en se disant que leur argent sera bien investi et créateur de richesse pour la société.
  • Les fonds d’investissement : imaginez que vous êtes millionnaires, que vous avez envie d’investir, mais que vous n’avez aucune d’idée de la manière dont il faut s’y prendre.
    Eh bien, vous allez voir un fonds pour leur dire “Je veux investir dans des jeunes pousses mais je ne sais pas comment faire. Je ne sais pas comment on fait pour trouver des entreprises prometteuses, je ne sais pas poser les bonnes questions mais vous, c’est votre métier. Voilà mon argent.”.
    Les fonds sont donc des gens rompus à la lecture d’un business plan, à l’analyse d’un business model, et qui ont développé un “nez” certain pour repérer les petites boîtes avec un fort potentiel.
    Ils sont évidemment très regardants et exigeants, ce qui est tout à fait normal quand il peut y avoir plusieurs millions d’euros en jeu.
    Bien souvent, un fonds entre au capital d’une start-up pour en sortir 5 ans plus tard. Il y a donc des exigences de rentabilité plus importantes, et leur rôle est important car ils sont prêts à financer les entreprises les plus risquées, quitte à en perdre sur le chemin.

Nous concernant, nous avons choisi de nous tourner exclusivement vers des business angels pour bénéficier de conseils et avancer à notre rythme à nous, sans risque de foncer dans un mur.

C’est très simple à comprendre : c’est la somme qu’une personne est prête à débourser pour acquérir l’entreprise, à un moment donné.

Par exemple, une entreprise valorisée à 3 millions d’euros signifie qu’il faudrait dépenser 3 millions d’euros à une personne extérieure pour l’acheter.

Quand quelqu’un achète une entreprise, dans les faits, il achète suffisamment de parts pour être majoritaire : c’est lui qui détient le plus de parts, c’est donc lui qui décide. Du coup, l’entreprise lui appartient en pratique mais il n’est pas pour autant obligé de détenir / avoir acheté 100 % des parts : 51% peut suffire !

Quant aux méthodes de valorisation, c’est un vaste sujet : parfois, c’est un coefficient multiplicateur de la rentabilité (le fameux EBE), parfois c’est un multiplicateur du chiffre d’affaires, parfois c’est la valeur d’un brevet ou de biens immobiliers, parfois c’est en se comparant à d’autres entreprises valorisées dans le même secteur… Et souvent, c’est un mix de tout ça. Il n’y a pas de méthode unique.

C’est un peu comme l’estimation d’un bien immobilier : un expert peut dire que l’appart est sympa, bien situé, bien exposé et qu’il vaut 150.000 €. Mais un autre expert ne serait pas forcément d’accord.

Et à la fin, s’il n’y a pas d’acheteurs en face qui se bousculent, ou si le vendeur est pressé, alors l’appartement vaudra moins cher.

L’appartement ne vaut que ce qu’une personne est prête à payer à un instant t pour l’acquérir.

C’est un sujet complexe, et les plus techniques iront lire cet article.

Bien entendu, nous n’avons pas en tête de revendre BonneGueule. Notre objectif est de développer l’entreprise de la manière la plus solide et la plus belle possible, à la manière d’un Patagonia. On construit pour le futur.

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La fameuse pub Patagonia qui incite à réfléchir avant un nouvel achat : en a-t-on vraiment besoin ?

 

Levée de fonds = l’investisseur apporte des fonds à l’entreprise et, en échange, reçoit des parts du capital (c’est un actionnaire).

Prêt bancaire = la banque apporte des fonds à l’entreprise et, en échange, reçoit des intérêts chaque mois jusqu’à ce que la somme soit totalement remboursée. Mais elle ne reçoit aucune part du capital (c’est un partenaire).

Si je crois en la bonté de l’humain, en sa générosité et en sa bienveillance, je sais aussi que dès qu’il y a des millions d’euros en jeu, on vit dans un monde où les idéologies guerrières apparaissent rapidement quand plusieurs entreprises partagent un marché : “On doit écraser nos concurrents”, “Il faut qu’on les torpille”, “On va les manger tous crus”, etc.

Un monde où certains dirigeants d’entreprises veulent être premiers pour être premiers, peu importe ce qu’il en coûte à leur mission et à leurs valeurs.

Et pour se protéger d’eux, il est nécessaire de garder ces informations confidentielles. Et mon culte du secret et moi, ça nous arrange 🙂

Nous ne dévoilerons donc pas le pourcentage des parts prises par les investisseurs car cela dévoile une partie de la stratégie, et comment se structure BonneGueule. J’espère que vous ne m’en voudrez pas 🙂

Non, surtout pas, ô grand non !

Nous n’avons aucune contrainte de dépense des fonds dans un laps de temps donné.

On préfère faire grandir la communauté petit à petit, vous servir encore plus, continuer de faire des vêtements que les gens veulent acheter (certains plus accessibles aussi), et la croissance sera la conséquence logique d’un travail bien fait (et non un objectif en soi !).

Aucun risque donc que l’on finisse dans le feu et les flammes comme certaines start-ups cet été.

On a tenté d’avoir le raisonnement le plus rationnel possible, malgré les sommes importantes que l’on peut voir passer ou que l’on peut vous pousser à lever car il y a une sorte de hype autour de ça.

Pourquoi est-ce que des gens investissent dans des start-ups ?

Quand on a beaucoup d’argent, il y a un tas de moyens de le faire fructifier : immobilier, art, placements, etc. Et l’investissement dans une entreprise est loin d’être le moyen le plus sûr pour récupérer sa mise (la boîte peut royalement se planter).

Alors qu’est-ce qui peut bien pousser des investisseurs à investir chez nous à part être sympas ?

Evidemment, ils espèrent faire une plus value, mais il n’y a pas que ça.

Ils sont aussi dans des logiques d’apprendre des choses à notre contact car, d’une certaine façon, on défriche de nouvelles manières d’être un “média de mode”, une “marque”, et on promeut des manières alternatives de consommer qui tendent à se répandre (“acheter moins mais acheter mieux”, transparence, éthique, rationalité, etc.).

Mais ils veulent aussi transmettre leur expérience à des “plus jeunes”. Ils ont été des entrepreneurs et des dirigeants de haute volée. Ils ont réussi mais ils ont aussi été aidés et accompagnés à certains moments de leur vie. Alors ils poursuivent d’une certaine manière un cycle d’entraide.

La création d’une entreprise, sa vie souvent mouvementée, l’aventure humaine, son évolution, tout cela les fascine, et ils veulent prendre part à ces projets car ils aiment ça, tout simplement.

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Florian dans nos anciens bureaux, à l'époque où on faisait encore les cartons des commandes. Les choses ont bien changé depuis.

Pour quelqu’un qui n’est pas du tout dans l’entrepreneuriat, c’est quelque chose de difficile à concevoir, car on a souvent tendance à ne voir que les galères : gros horaires de travail, peu de vacances, moral mis à rude épreuve, rémunérations pouvant être inférieures à celles de la voie classique.

Mais entreprendre, c’est avant tout une passion. Il faut le vivre pour comprendre, et on aime tellement ça que quand ça s’arrête, certains veulent absolument garder un pied dans l’entrepreneuriat : ils deviennent investisseurs.

Notre exigence absolue, c’était d’avoir des gens alignés sur nos valeurs, qui nous font confiance et partagent notre vision :

François Barbier

Il nous rassure, nous soutient et nous remonte parfois le moral dans les moments durs, depuis bientôt 3 ans de manière totalement bénévole. C’est un très grand dirigeant d’entreprise à la retraite depuis peu, qui coache des entrepreneurs sociaux, et nous ! On devait déjà beaucoup de choses au “Barber”, mais là il s’embarque vraiment à nos côtés.

Nicolas Santi-Weil

Nicolas est le CEO de la marque AMI (aux côtés de Alexandre Mattiussi). Il aime beaucoup notre projet, au point de s’habiller aussi parfois avec quelques vêtements BonneGueule ! Je précise qu’il est avec nous car il croit en l’aventure, sans jamais nous demander le moindre article sur sa marque. De notre côté, c’est quelqu’un qu’on trouve brillant et extrêmement sympathique, et avec qui on aime passer du temps.

Cyril Vermeulen

Cyril est un des co-fondateurs de aufeminin, que vous connaissez tous même si vous n’êtes pas forcément dans la cible. Après la revente de aufeminin, Cyril est devenu… prof de physique-chimie et de latin en Chine. Avant de revenir en France pour soutenir des projets entrepreneuriaux comme business angel.

Thierry Petit

Thierry est le co-fondateur et actuel CEO de Showroom Privé, et un des business angels français les plus actifs. Ses connaissances alliant mode, startup et technologie nous seront très utiles.

Vincent Robert

C’est l’ancien Président d’Orangina-Schweppes, donc quelqu’un qui connaît bien les marques, mais aussi les logiques terre-à-terre de la distribution, où chaque centime économisé compte.

Bernard Gervais

Bernard est le financier de la bande, mais aussi quelqu’un qui connaît bien l’activité textile et la distribution, notamment à travers la marque de costumes Mario Dessuti dont il s’est à un moment occupé.

Le Club Al Dente

C’est un business club, c’est à dire un groupement de business angels, anciens hauts dirigeants de grandes entreprises, qui s’entraident pour évaluer des dossiers intéressants et parfois coacher les entrepreneurs. Et leur restaurant préféré s’appelle… le Al Dente.

François Badoual

François dirige Total Energy Ventures, qui est l’incubateur de projets innovants du groupe Total, entièrement dédié aux énergies renouvelables et au management des déchets.

Bpifrance (Delphine Le Mintier-Jonglez / Isabelle Ginestet-Naudin)

Enfin, nous avons également un acteur du secteur public : Bpifrance, et plus précisément le fonds Mode et Finance. C’est un fonds qui a pour but d’investir dans les entreprises innovantes françaises de la mode et du design, avec pour objectif de faire émerger de futurs champions européens.  

Donc vous avez plus ou moins été rachetés ?

Pas du tout !

Quand de nouveaux investisseurs entrent au capital, ce n’est pas forcément synonyme de rachat.

BonneGueule est très loin de leur appartenir, Geoffrey et moi sommes toujours les actionnaires très majoritaires, et donc les décideurs finaux. C’est possible car nous n’avions jamais levé d’argent, et nous le faisons aujourd’hui à un stade de développement avancé, soit une position qui nous avantage.

Vous avez d’ailleurs plus que jamais votre mot à dire et, en interne, on partage d’ailleurs tous vos retours.

Chaque retour fait réfléchir la totalité de l’équipe.

Et ça, les investisseurs l’ont bien compris : ils sont dans un rôle où ils donnent leur avis, font partager leurs expériences, nous font rencontrer d’autres experts, mais ils ne nous imposeront jamais rien en ce qui concerne la stratégie ou la mission. D’ailleurs ils n’en ont pas le pouvoir, étant actionnaires minoritaires.

Ils ont investi sur une équipe avant tout, une vision, et leur intérêt est précisément de préserver ce fragile mélange, si unique, qui a fait ses preuves.

Finalement, leur mission, c’est de nous permettre de rester bien concentrés sur notre mission et de nous préserver des aléas, des craintes, et de certains doutes. Ça s’appelle de la bienveillance.

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Souvenir de Florence, où Long et Luca étaient venus pour couvrir le Pitti.

Je sais, la presse généraliste aime parfois relater l’histoire de fonds d’investissements qui désossent des entreprises, les font rentrer dans des logiques court-termistes, mais ce n’est pas le cas avec nos business angels.

La seule obligation qu’on a envers eux est de les informer chaque mois de nos évolutions (ça s’appelle un “reporting”), mais c’est une démarche très saine, qui nous pousse à être vigilants et disciplinés dans notre gestion.

Non, car nous ne sommes pas cotés en Bourse :p

On adore la philosophie du crowdfunding, car cela aurait été génial d’appartenir - littéralement - à nos lecteurs, mais ce n’était pas la meilleure solution pour plusieurs raisons :

  • Cela concerne en général des projets balbutiants, et cherchant donc de petits montants (200.000 €, ça a l’air beaucoup, mais en réalité ça permet tout juste d’embaucher 2 personnes pendant 2 ans),
  • Plus de 50 % des investisseurs crowdfunding sont en fait… des investisseurs (et non de vrais particuliers),
  • Pour le cas des particuliers, ça nous gênait d’imaginer que des gens puissent s’endetter ou faire ce genre de choses pour investir dans un projet d’entreprise (sur lequel on n’est jamais 100 % sûr de récupérer ses sous).

Dans le jargon, on appelle ça une “term sheet”.

La nôtre est évidemment confidentielle, mais The Galion Project, un think tank d’entrepreneurs, a mis à disposition une term sheet gratuite et open source. Une très belle initiative !

Attention, prévoyez une bonne heure et de la concentration à revendre avant de vous plonger dedans, ça reste un document légal, avec tout le plaisir de lecture qui va avec 😀

Si vous êtes encore plus curieux et que vous vous demandez ce qui se passe concrètement quand un entrepreneur fondateur “vend sa boîte”, ou comment se passe la détention d’actions, ils ont écrit un article très complet à ce sujet.

Non surtout pas !

N’oubliez pas qu’ils sont là pour préserver cet équilibre si particulier qui fait que BonneGueule est BonneGueule !

Au contraire, ce sont plus des partisans de diminuer davantage les marges pour faire plus de volume, grâce à la solidité financière qu’ils procurent 😉

On a d’ailleurs quelques projets qui vont dans ce sens.

Mais si vous étiez rentables, avec de belles perspectives de croissance, pourquoi lever au lieu d’avancer tranquillement tout seul année après année ?

C’est THE BIG QUESTION qu’on a retourné 1 000 fois dans nos têtes !

On est rentable et en croissance, pourquoi ne pas continuer tout seul ?

Il y a en fait de nombreuses raisons.

Les raisons financières

Comme vous le savez, BonneGueule a été autofinancé pendant près de 10 ans. Cela ne s’est pas fait sans certaines frayeurs quand il fallait par exemple payer le même mois les taxes du trimestre et les stocks de vêtements d’hiver, et toutes les charges fixes (salaires, loyers, prestataires), le tout dans un contexte de croissance.

On n’a jamais vraiment été en risque, mais on a déjà eu très peur.

Ce stress du cap de trésorerie à franchir, c’est quelque chose que je ne souhaite à personne.

Nous avons créé des emplois et maintenant, nous avons la responsabilité de la protection de ces emplois (ceux de BonneGueule, mais aussi ceux que nous créons indirectement via nos fournisseurs ou nos prestataires).

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Luca et Long, toujours au Pitti. Trois ans d'ancienneté déjà pour Luca, et de nombreux voyages à venir pour notre duo de choc...

Ce n’est pas non plus la peur au ventre que nous sommes le plus productif, pour lancer de nouveaux services et écrire les meilleurs articles possibles.

En levant, on sort de ce stress, on est capable de mieux servir nos lecteurs et nos clients, et c’est un choix responsable par rapport à l’équipe.

Enfin, petit point sur l’utilisation de l’argent de la levée : si c’est la question qui vous taraude, Geoffrey et moi n’avons pas souhaité faire de cash out (BonneGueule est notre seul “investissement”). Nous n’avons donc pas touché d’argent dans cette levée.

Le cash out n’est pas le nom d’un coup spécial dans Street Fighter, il s’agit simplement de revendre une petite partie de ses actions pour toucher du cash personnellement.

L’investisseur donne alors une petite partie de l’argent à l’entrepreneur, au lieu de la donner à l’entreprise.

Cela permet à l’entrepreneur de “diversifier son risque”. Par exemple, si l’entreprise se plante, il aura pu se constituer un petit matelas financier personnel.

C’est une sorte de lot de consolation en cas d’échec. Et contrairement à une augmentation salariale du dirigeant, cela n’alourdit pas la masse salariale de l’entreprise.

Cela permet à l’entrepreneur de se montrer plus audacieux, car il a cette sécurité. On est toujours dans l’idée de permettre aux dirigeants de garder leur focus sur leur mission, en diminuant les sources d'inquiétudes et de stress à côté.

Je schématise très grossièrement car comme je l’ai dit, cela ne nous concerne pas. Nous n’en avons pas fait avec Geoffrey.

Nous n’avons pas encore 30 ans, pas d’enfants, et on croit à 100 % à l’aventure BonneGueule.

Alors on a décidé de dédier l’intégralité de l’argent levé aux futurs projets secrets.

Les raisons opérationnelles

Comme on devait avoir une gestion de notre trésorerie extrêmement (trop ?) prudente, il y a aussi plein de choses qu’on ne pouvait pas faire :

  • Commander suffisamment de stock lors de certains lancements, et après les lancements,
  • Lancer certains produits a priori risqués, ou à marges trop faibles pour soutenir BonneGueule, si on atteint pas certains volumes.
  • Sortir plus de vidéos YouTube, et innover sur les formats,
  • Lancer des projets technologiques d’envergure pour faire évoluer le blog en une vraie plateforme communautaire, avec de la personnalisation, des annuaires des marques et des eshops, une structure SEO performante, etc.
  • Être présents à l’international, ou du moins avoir un service e-commerce 100 % opérationnel dans ces pays.
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Luca et Flo, lors du shooting de la collaboration Howard's. On veut désormais développer des shootings plus marquants.

Les raisons stratégiques

Vous l’avez remarqué, le marché de la mode masculine bouge beaucoup en ce moment. Et celui des médias encore plus.

De plus en plus d’acteurs commencent à comprendre que VOS attentes ont changé, et la concurrence est encore plus rude qu’avant : il faut à présent vous donner de très bons contenus pour vous garder comme lecteurs, et de très bons produits pour vous garder comme clients.

Il faut aussi avoir le meilleur service client, l’offre la plus transparente, les produits les plus éthiques possibles, continuer à répondre avec beaucoup de soin à chaque mail que vous nous envoyez, et tant qu’on y est être une marque que même Kévin, votre petit cousin chelou mais attachant, trouvera cool.

Bref, être “dans la moyenne” ne suffit plus.

Il faut être excellent.

Partout.

Hélas, il faut une certaine taille critique pour être “le meilleur partout”.

Et mine de rien, même pour les grands acteurs historiquement puissants qu'on ne peut arrêter, c’est un sacré casse-tête à résoudre.

Mais ces évolutions nous fascinent. Et nous ne sommes plus forcément en train de subir ce que les grandes marques de vêtements nous imposent. On estime qu’on a notre mot à dire et on veut avoir des positions fortes et pionnières sur ces nouveaux sujets.

Cette ambition, elle demande à se matérialiser sous formes de projets en tous genres (boutiques, contenus, ambassadeurs, etc).

Et derrière ces projets, il y a des personnes qui s’assurent que tout est bien fait dans les temps (dans le jargon, on parle “d'exécution”). Il faut des personnes avec de l’expérience, qui ont déjà traversé de nombreux projets, afin de ne pas perdre de temps et d’éviter toutes les erreurs possibles.

La levée de fonds va donc nous servir à recruter ces profils experts, qui doivent bien sûr aussi partager nos valeurs.

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Voici le sommaire de notre réunion plénière qui a eu lieu début septembre, où nous avons pu expliquer concrètement la stratégie à l'équipe et répondre à toutes leurs questions.

Les raisons liées à la vision personnelle

Notre rêve d’entrepreneurs, ce n’est pas d’être petit à petit écartés par des acteurs plus gros, qui se mettront eux aussi à faire de beaux contenus et de beaux produits, simplement par manque de ressources. D’avoir été une “tentative louable”. Un truc sympa dont on parlera avec nostalgie.

Notre rêve d’entrepreneurs, ce n’est pas non plus d’être racheté par Lagardère, Webedia ou LVMH. D’intégrer un “portefeuille de titres”.

Notre rêve d’entrepreneurs à nous, c’est de vivre une grande aventure de 40 ans “à la Patagonia”, de devenir un “small giant”, une entreprise suffisamment grande pour ne pas être en risque, et suffisamment indépendante pour continuer à innover, pour amener de l’éthique sur le marché, pour repousser encore les standards de qualité.

Ça fait 10 ans qu’on est avec vous. Qu’on occupe une petite place dans vos vies. Certains nous lisent hebdomadairement depuis des années ! Certains nous ont découvert en fin d’adolescence, on fait leur initiation vestimentaire, et se font leurs premiers kiffs avec leurs premiers revenus !

Eh bien, on veut être avec vous pour les 50 années qui viennent (on se fera une petite camomille au coin du feu, et des tests sur les meilleurs prothèses auditives).

Geoffrey et Benoit, vous allez donc être moins disponibles pour la communauté après la levée ? :’(

Pas du tout !

Geoffrey et moi, on intervient toujours sur le forum, nous continuons de répondre à tous les emails qui nous sont personnellement destinés, et aux commentaires de temps à autres.

Par contre, une équipe de numéros 10 nous permet de nous spécialiser davantage sur nos points forts.

J'aurai ainsi plus de temps pour écrire de longs formats comme “S’habiller après 40 ans” ou l’article sur Maharishi.

Mais aussi développer des contenus plus “spontanés” et personnels tels que :

  • Un podcast audio (rapide et facile à faire, avec beaucoup de valeur ajoutée dans les conseils qu’on peut délivrer),
  • Les contenus “live” comme Facebook Live ou les webinaires (oui je sais, on n’en fait pas assez),
  • Et un vlog face caméra où je parle chaque mois de mes découvertes et réflexions sur le vêtement, avec Long qui se débrouille pour rendre le résultat hyper dynamique grâce au montage et à des inserts.
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Souvenir d'un tournage épuisant chez Long. Oui, Long adore les selfies.

Et Geoffrey pourra de son côté davantage réfléchir aux évolutions du site, à ses fonctionnalités, à de la personnalisation automatique, et à la stratégie pour faire découvrir nos articles à plus de monde.

Même s’il aime toujours de temps en temps se fendre d’un petit article de 4000 mots.

Et vous ne le voyez pas forcément quand un rédacteur signe, mais il fait une passe derrière chaque article, pour que ce soit toujours de la “qualité BonneGueule” qui sorte dans nos colonnes.

Maintenant, posez-nous toutes vos questions sur la levée !

Voilà, tout est dit.

Et je sais que c’est une nouvelle qui peut interpeller, faire réagir, voire faire peur à certaines personnes.

À chaque étape de la vie de BonneGueule, on a eu les mêmes interrogations : quand on a lancé les collaborations de vêtements, au lancement de la marque, de la boutique…

Pourtant à chaque étape, on a fait exactement l’inverse : toujours plus de contenu gratuit, toujours plus fouillé, toujours plus de services gratuits pour les lecteurs, toujours plus de transparence pour les vêtements, toujours les mêmes fondamentaux.

Et c’est ce qu’on va encore accentuer. Parce que c’est c’est qui nous fait kiffer depuis presque 10 ans.

À présent vous savez tout ! Alors n’hésitez pas à utiliser les commentaires. On répondra, comme d’habitude, à chacun. Parce que c’est ça qu’on fait.

Mais ne soyez pas trop rustres, nos pères et nos mères lisent le blog (no joke) 😉

Benoît, Geoffrey, Elie et toute l’équipe,
Plus que jamais présents pour vous servir !

PS. Et un grand merci à François Barbier, à Gary Roth, Benoît Courtet (SB Avocats), au Réseau Entreprendre, à Jeremy Uzan (Alven), à Romain Dehaussy (Chausson Finance), à Pauline Laigneau (Gemmyo), à Céline Orjubin (My Little Paris), ainsi qu'à Benjamin et Fulbert (Atelier Particulier) pour leur aide très précieuse pendant cette période intense.

Benoît Wojtenka Benoît Wojtenka

J'ai fondé BonneGueule.fr en 2007. Depuis, j'aide les hommes à construire leur style en leur prodiguant des conseils clairs et pratiques, mais aussi des réflexions plus avancées.
Et j'ai quelques lubies : le sport en salle, le techwear… Et j'adore le thé sous toutes ses formes, que je bois à raison de plus de trois litres par jour.

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