BG series : Interview de Gill

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Hey, c'est Benoît aux commandes pour cet article.

Vous l'avez remarqué, depuis quelques mois, Gill écrit désormais pour BG. Son ancien blog, Sushi is not maki était déjà l'un des plus appréciés en matière de blog de la mode homme, et avait joui d'un excellent bouche à oreille. La raison ? Des décryptages toujours justes, des commentaires incisifs, des conseils très justes et pratiques, et un gros boulot (cf l'interview de Boateng qu'il avait résumé pour les non anglophones).

Pourtant, il m'arrive de recevoir quelques mails épisodique me demandant qui est Gill. Effectivement, il fait preuve de la légendaire discrétion des asiatiques (première révélation, il est asiatique !) et j'ai dû lutter pour qu'il accepte de se livrer aux lecteurs.

Pour ma part, je l'avais rencontré en 2009 au détour d'un post, et, on avait bien sympathisé autour d'un verre par la suite.

Comment en est-il arrivé à cette connaissance encyclopédique des collections ? Comment fait-il pour trouver toujours la photo juste ? Pourquoi est-ce qu'il aime autant la bonne bouffe ?

BonneGueule x Paris Match x Gill, c'est parti !

Benoit : Bonjour !

Gill : Salut Benoît !

B : Bon, maintenant la question que tout le monde se pose, comment diable es-tu arrivé à apprécier la mode homme ?

G : Pour une raison toute simple : la curiosité. Lorsqu'on parle de mode masculine pour hommes, on nous présente souvent le sujet par rapport à des mecs androgynes au gel babydop qui s'habillent comme s'ils allaient monter les marches à Cannes, dormir sur un yacht privé, avant de se réveiller à Tokyo le lendemain. Bref, comme si tout le monde faisait ça du lundi au vendredi. Le type même de cliché un peu lourd et véhiculé depuis la nuit des temps qui trompe 97 % des hommes sur le sujet, et qui détourne les vrais problèmes / besoins du quotidien d'un mec (rendez-vous professionnel, date amoureuse, mariage, sortie en boîte etc...)

Moi, j'ai fait le chemin inverse d'Obélix. Je ne suis pas tombé dedans lorsque j'étais petit, et la mode m'était totalement inconnu comme domaine.

Je n'ai pas cherché à devenir un "mec élégant" ou "branché" dans un premier temps parce que ça t'expose inévitablement à l'excès et au n'importe quoi caricatural. J'avais des amis à l'époque "passionnés" de mode, et je peux te dire que je flippais à l'idée de les ressembler à porter des bottes / vestes / imprimé gogo dancer pour aller en cours en ESC.

Je voulais juste savoir comment bien m'habiller avant tout pour des raisons professionnelles. Et ne pas paraître trop plouc lorsque je sortais en boîte. Rien de transcendant. Mais le plus étonnant, c'est que tu ne trouvais nulle part ce genre de conseils sur un sujet pourtant aussi simple. Petit à petit, je me suis donc naturellement demandé pour quelles raisons certains hommes s'habillaient très bien et d'autres beaucoup moins.

Et j'ai eu un léger déclic le jour où j'ai feuilleté un Glamour posé sur la table d'une amie. Tu y trouvais des pages de conseils à la pelle, avec des illustrations et tout (voire des bonus : les 10 raisons pour lesquelles un mec trompe une fille). Pas étonnant qu'elles savent toujours choisir LA paire de chaussure comme si c'était aussi évident que de choisir une orange au supermarché, alors que toi, lorsque tu ouvres un men's health (encore faut-il que tu l'achètes), tu as au mieux, un choix entre une chemise Celio ou une Armani qui coûte les 2/3 de ton plan d'épargne.

Ce besoin de comprendre "le pourquoi du comment" s'est par la suite affiné naturellement, par période, avec des moments où je lisais beaucoup, des bouquins parfois très chiant mais instructifs, et d'autres, où je prenais le temps de discuter avec des pros (proprio de boutiques, vendeurs, acheteurs) et de comprendre quelle était leur démarche en allant découvrir de nouvelles boutiques en plein coeur de Paris. Lorsque quelque chose me plaisait, je l'essayais. Pareil si j'étais intrigué par une pièce en particulier. Le but étant évidemment la pratique liée à la réflexion. Je faisais les choses sérieusement, mais sans non plus me prendre au sérieux. Une démarche en continue qui dure près de 4 ans désormais.

B : Quels sont tes conseils pour un débutant en mode masculine ?

G : Tout d'abord de ne pas avoir peur de faire des erreurs ! L'intérêt, évidemment, étant d'en faire le moins possible, mais aussi d'en tirer quelque chose d'utile à chaque fois qu'on se trompe sur la taille d'une chemise par exemple, ou un mauvais assortiment de couleurs qui rend une tenue très "cheap" (impression de mauvaise qualité).

C'est clairement à mon sens le principal problème que j'avais : trembler à l'idée de regarder des vestes à 1000 euros, des jeans à 300 euros, et se dire qu'on va peut-être les acheter. Voire même de rentrer dans des boutiques parfois luxueuses que je n'irais pratiquement jamais avec l'idée qu'on fait tâche dans le décor.

Je pense que la démarche doit être inverse : il faut être curieux et se demander POURQUOI on met de tels prix en tâtant la matière, la coupe, et ne pas hésiter à demander conseils. On rencontre aussi parfois des vendeurs passionnés qui font à la fois très bien leur boulot, mais aussi qui ne sont pas là pour vous pousser à acheter en vendant père et mère. La première des choses, c'est de reconnaître ce qui fait la valeur d'un article ou non.

Pour prendre un exemple assez extrême (qui m'avait été d'ailleurs démontré par un vendeur de l'éclaireur très sympa), une chemise à 5 euros, une ceinture à 15 euros, et des paires de chaussures à 1000 euros peuvent donner un vrai style authentique lorsqu'on sait choisir. "L'étiquette ne fait pas le moine", mais plutôt la cohérence de l'ensemble. Un peu comme un tableau de peinture vieilli de tes grand-parents qui est parfois plus parlant qu'un livre de 1000 pages sur le sujet.

Ensuite, dans un second temps, c'est de bien maîtriser les bases vestimentaires. De choisir des vêtements où tu n'as aucune chance de te tromper et de tâter petit à petit le terrain, jusqu'à ce qu'il te devienne familier, comme :

  • Avoir des fondamentaux solides et une garde-robe remplies de basics de qualité (matière et coupe).
  • Se tenir aux couleurs noir / blanche / bleu et grise (pour le début).
  • Suivre au début UN seul créateur qu'on aime bien et dont on peut s'inspirer pour démarrer (le mien était Costume National, défilé été en 2007, pour son côté classique, 0 prise de risque niveau couleur).
  • Ne pas hésiter à copier des tenues que tu juges bien pour voir l'effet que ça fait, une fois devant le miroir.
  • Se faire un petit dossier sans prétention où tu classes tes images favorites de personnes bien habillés, pour avoir une idée des couleurs et des proportions.
  • Faire l'abstraction du nom des marques. La mode et les goûts changent en fonction des âges et de l'époque. Ce qui veut dire que qui est parfois "cool" ou "hype" est une affaire d'opinion aussi éphémère qu'un single de Katy Perry, qui disparaît des charts au bout de quelques mois. Il est inutile d'essayer de rester obsédé par les vêtements. Une bonne lecture, un voyage en terre inconnue apporte parfois même beaucoup plus dans l'évolution d'un style. C'est un tout qui se rattache à une question de bien-être et d'identité, où les vêtements et la manière de s'habiller n'en sont qu'un reflet.

Il y aurait-il un créateur que tu souhaiterais nous faire partager ?

OUI ! Et plus particulièrement Stephan Schneider. Un vrai travail épuré qui se concentre sur l'essentiel : à savoir, des matières confortables et faites pour durer, des couleurs douces et agréables, des coupes revisités et modernisés, le tout à un prix correct sans prendre ses clients pour des pigeons. Le pragmatisme sans le côté flashy / trendy façon chantilly. Bref, des vêtements qui se portent dans la vraie vie par opposition aux vestes d'Hermès ou Vuitton à 10 000 euros qui auront leur place dans un musée. Il est vendu en quantité microscopique au Bon Marché, mais on peut commander directement les pièces d'Anvers en contactant son équipe commerciale sur son site internet.

Pour le reste (vêtement casual), je citerais sans aucun doute B.Scott, l'ancien designer de la défunte marque B.Son, qui fait des vêtements très faciles à porter et surtout TRÈS confortables. Le type même de vêtements que j'adore ! Vêtements disponibles sur son site.

Quel est pour toi la plus grosse faute de goût qu'on peut commettre sans s'en rendre compte ?

Haha, au risque de te surprendre, je trouve que l'expression "faute de goût" n'est pas une mauvaise chose en soi. On s'imagine qu'être bien habillé, c'est porter des fringues au millimètre comme il suffirait de lire un livre sur du tennis pour savoir en jouer. C'est avant tout une question de rendu et non quelque chose de trop intellectuel ou cérébral au fond. Après, oui, tu as parfois des horreurs avec des gars qui sont habillés comme s'ils tournaient dans un clip de lady Gaga, dans le but vaniteux d'être photographié, pour se retrouver à faire la une des blogs de mode. Cependant, ça reste plus de l'ordre de la provocation calculée, qui se rapproche de l'attention-whore qui cherche à être vu.

Mais dans l'absolu, non. Même un mec mal habillé a parfois son petit charme. Un style propre que tu trouveras nulle part, où la faute de goût montre au contraire que une facette de la personnalité de cette personne. Au final, tout n'est qu'une question de style, d'identité, une histoire d'appropriation des vêtements de celui qui les porte et non le contraire. Un mec très mal habillé c'est plutôt un gars qui n'a pas encore trouvé une façon propre de se mettre en valeur, et qui n'a pas spécialement envie de faire des efforts et s'intéresser au sujet. Ou tout simplement, quelqu'un qui porte des vêtements qui ne sont pas faits pour lui. Ce n'est pas une maladie hein !

Je ne suis pas par exemple fan des style sartorialist guindé et régit par les règles, mais il y a parfois des photos sur le net qui me donne l'impression de dire "waouh, ça ne peut qu'être lui et pas un autre".

Et le plus drôle, c'est que si ça t'interpelles, ça te fait parfois poser de bonnes questions, en te donnant des idées par la suite, donc why not ?

B : Ton type de style préféré ?

G : Certainement le streetwear géométrique de Rick Owens. C'est fun, facile à porter (certaines pièces) et c'est incroyablement confortable. Je déteste tout ce qui est trop guindé ou formel. C'est un style étonnamment sobre (couleur se limitant au blanc, noir ou gris), mais terriblement élégant/subtil. Et comme il le dit lui-même : "Working out is modern couture. No outfit is going to make you look or feel as good as having a fit body. Buy less clothing and go to the gym instead."

Je trouve d'ailleurs assez hypocrite de ne pas le dire car j'avais pas mal d'apriori dessus, mais bien s'habiller passe également par le fait d'avoir un physique correct et en bonne santé et de faire du sport (je suis d'ailleurs en ce moment le programme d'un coach sportif plus que compétent), ce qui paradoxalement, te permet de faire encore moins d'effort dans le choix de tes habits. Un peu comme des frites, avec juste ce qu'il faut de sel, pour te paraphraser 🙂

Après, dans la vie de tous les jours, mon esprit se rapprocherait beaucoup plus d'un Saturdays Surf, très cool et léger dans le style. Avec de jolies chemises ou tee-shirt qui ont un peu vécu, une pièce forte, et quelques accessoires sympas (lunettes + montre). Parfum "raisin de Californie".

B : Tes petits bons plans ou autres pépites pour passer un bon moment ?

G : Le bubble-tea ! Ayant été à Taïwan, d'où il est originaire à la base, je peux te dire (avec un plaisir non dissimulé), que l'alliance du thé légèrement sucré et du tapioca, est tout simplement une merveille... Surtout pour l'été !

  • Zenzoo prunier, 41 rue coquillière, 75001 Paris, 01 40 26 34 82
  • ZenZoo, 13 rue chabanais, 75002 Paris, 01 42 96 27 28
  • Bubble Tea (Bubble House) -15 rue de Belleville, 75019 Paris, 01 42 03 24 68‎

Pour manger, je recommande 2 adresses :

Délice de Shandong - 88, boulevard de l'Hôpital 75013 Paris, 01 45 87 23 37 : du petit prix et de la cuisine authentique chinoise, proche de celle de shanghaï... Loin des cantines parfois un peu trop "commerciales" des environs.

Bastide d'Odéon - 7 rue Corneille 75006 Paris, 01 43 26 03 65 : pour y emmener sa moitié, l'endroit est tout simplement parfait et suffisamment intime à l'étage, prix honnête pour le menu du soir, ambiance et service impeccable. Et sans parler de la nourriture qui est à tomber...

  • Pour le reste, venez discuter sur facebook et posez nous vos questions !

A propos Benoît Wojtenka

J'ai fondé BonneGueule.fr en 2007. Depuis, j'aide les hommes à construire leur style en leur prodiguant des conseils clairs et pratiques, mais aussi des réflexions plus avancées.

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  • akoben

    Merci Gill pour les précisions, les articles chez B.Scott ont l’air vraiment honnêtes.

  • Gill

    Salut, désolé pour le réveil tardif… Alors :

    – pour Stephan Schneider, c’était une écharpe (ils sont tout simplement les meilleurs et leur qualité se rapprochent de Faliero Sarti, la référence pour un prix plus correct + une veste que j’ai revendu depuis, mais 100 % laine noire/grise incroyablement géniale = en clair, SC est réputé pour ces 2 types d’articles).

    – Concernant B.Scott, c’est celui de la photo que je me suis prise. Le style ne fait pas trop joueur de NBA en phase finale et la matière est vraiment géniale. Très sympa donc, tu mets des superpositions de tees en dessous, une paire de sneakers très jolie, et le tour est joué !

  • akoben

    Super interview ! Merci de nous faire découvrir de nouvelles maques, quelles pièces avez vous déjà commander chez Stephan Schneider ou B.Scott ?

  • interview sympa, c’est vrai que ca faisait lgtps que je me demandais ou était passé Gill (l’auteur de maski…)