Magazine masculin : Passage en revue de la presse masculine papier

Magazine masculin : Passage en revue de la presse masculine papier

On a souvent tendance à râler par rapport à l’état de la presse masculine en France (très peu fournie, et qui souvent maîtrise mal son sujet, etc.), mais les choses ont pas mal bougé ces derniers temps avec l’arrivée de deux nouvelles parutions : The Good Life et Centre Commercial (la revue de la boutique multimarque du même nom). Et il s’avère que les petits nouveaux sont trèèès intéressants.

Alors comme les vacances sont là, on a testé les nouveaux et retesté les autres…

L’Officiel Homme : un magazine homme incontournable

La première impression que m’a donnée l’Officiel, c’est celle d’une revue élitiste oscillant entre luxe ostentatoire, mainstream et références précieuses réservées aux habitués (avec un name dropping parfois fatigant). Et pourtant, malgré ce mauvais début, j’ai été conquis au fur et à mesure de mes lectures par plusieurs éléments.

Les sélections de vêtements

Cela crèvera les yeux de n’importe qui, la plupart des pièces choisies appartiennent justement aux marques des annonceurs (à part dans ce cas précis la présence d’espadrilles Monoprix, que l’on salue). Cela ne veut pour autant pas dire qu’il faut absolument se mettre sur la défensive et tout rejeter en bloc. Même si le rapport qualité/prix du luxe mainstream n’est pas à la hauteur, les qualités esthétiques sont indéniables et restent une source d’inspiration fiable.

Selection

Les reportages

Je ne m’attendais pas, en parcourant l’Officiel, à lire un dossier aussi pointu sur les armes à feu aux Etats-Unis, avec des caricatures bien senties, dignes de la vraie presse d’information.

Reportage

L’Officiel propose aussi des reportages photos, par exemple sur le Four Seasons de New York, ou, plus alternatif, pour présenter un recueil sur les Hell’s Angels.

BIKERS

Cet exemplaire comprenait aussi un reportage sur la maison Charvet (un peu superflu, 5 lignes de textes et quelques photos, on reste sur notre faim).

CHARVET

Les shootings

Des shootings très inégaux : on joue sur la hype avec des vedettes mises en valeur à l’extrême comme Kanye West et Kim K. Si vous voulez voir un gros plan de la barbe de trois jours de Kanye, foncez.

KANYE

Les autres shootings m’ont laissé une bien meilleure impression : même si on n’y retrouve que des marques d’annonceurs, les qualités esthétiques sont belles et bien présentes et la qualité de mise en scène est exemplaire. C’est grâce à eux qu’on comprend pourquoi l’Officiel reste une référence.

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L’avis de Geoffrey : Ce n’est clairement pas ma came, pas assez masculin, trop de contenu commercial, et je n’apprends pas grand chose en le lisant. Les shootings par contre sont exemplaires.

Monocle, le mook (magazine-book) d’outre-Manche

Monocle est un mook (magazine-book) bien plus orienté lifestyle et design que mode, contrairement à l’Officiel, et qui s’attaque à des sujets bien moins convenus, tout en nous faisant parcourir le monde. Malheureusement, j’ai eu seulement le magazine en main l’espace d’un après-midi, ce qui ne m’a pas laissé le temps de faire des photos des pages.

Les reportages

On découvre un dossier sur Medellin, la deuxième ville la plus importante de Colombie après la capitale Bogota. Il retrace de manière à la fois pointue et accessible toutes les politiques publiques entamées pour transformer la ville avec des exemples concrets et facilement assimilables, parfaits pour ressortir en dîner de famille.

On y apprend par exemple que la ville est passée d’un théâtre de guerre des gangs (avec notamment Pablo Escobar) avec un taux d’homicides de 380 morts pour 10.000 habitants (en comparaison de 59 pour 10.000 aux temps forts de la guerre en Irak) à une ville aménagée, aux transports publics développés.

Design et style

Le design est abordé de manière très générale, balayant soit l’architecture, soit le mobilier et autres objets d’intérieur. Le style n’est pas laissé de côté et est abordé avec humour à travers des rubriques comme « Style Leader » avec dans cette édition une analyse sur le non-style du dictateur biélorusse Aleksandr Lukashenko. Des dossiers moins légers et plus techniques figurent aussi au programme : ici les travaux menés par les industries textiles militaires pour remplacer progressivement les tissus synthétiques, facilement inflammables, par de la laine.

Les vêtements

Le retour à la tradition et aux basiques du 20ème siècle est également un thème de prédilection avec un dossier consacré à ces marques iconiques qui font un come-back remarqué : Baracuta ou Joseph Cheaney.

Ce magazine homme parvient à trouver un juste compromis dans les thèmes abordés en restant à mi-chemin entre l’héritage, l’authenticité et l’innovation : c’est ce qui transparaît notamment à travers l’évocation de multimarques comme Uebervart et de salons de niches comme Jumble. C’est aussi visible à travers le shooting de fin de magazine, où cohabitent des marques traditionnelles et old school comme Polo Ralph Lauren, Mackintosh, des marques plus confidentielles comme Incotex ou Engineered Garment, et du mainstream avec Bottega Venetta ou Maison Kitsuné.

L’avis de Geoffrey : Je suis vraiment fan, c’est de la très bonne lecture. Rien à ajouter.

The Good Life, le magazine masculin le plus équilibré

Copie de Monocle ou non (c’est sûr que The Good Life s’en inspire, mais ce ne sera pas notre débat), Monsieur Marcel ne s’y trompait pas dans l’article presse masculine de l’année dernière : il est vraiment difficile de décrocher du voyage dans lequel nous emmène ce magazine.

voyage

On navigue entre les thématiques lifestyle et bons plans dans Good To Know, avec des sélections design qui n’oublient pas le geek qui sommeille en chaque homme, avec par exemple cette sélection design de gadgets HD.

HD

Vous pourrez faire écho au guide des meilleurs boutiques BG avec cette sous-catégorie Good Stores.

goodstores

Là où The Good Life m’a surpris, c’est par sa polyvalence, avec des rubriques comme Good World, mais aussi Good Brains qui concurrence Challenges dans sa présentation des personnalités en vue, tout en restant intéressant et accessible quel que soit le thème abordé.

goodbrains

D’autres catégories comme Good Boost ou Good Trend décrivent les faits avec la pertinence et l’exactitude d’un The Economist (qui est d’ailleurs le journal partenaire de la rubrique Good Paper). De quoi faire une pause sans culpabiliser si vous êtes en fac d’histoire, d’économie ou même en prépa HEC.

goodworld

La rubrique Good Trips nous fait par contre voyager au sens propre et géographique du terme en oscillant entre destinations hype (San Francisco, Hong Kong) et lieux plus confidentiels (comme Koweit City ou Sylt). On nous déballe aussi du gros rêve avec le test de la Première d’Air France à 11.000 euros (soit 3.793 Mc Flurry).

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La rubrique Good Comics propose des bandes dessinées, en général vintage, qui nous rappellent qu’il s’agit bien d’un magazine masculin et qu’on est entre de bonnes mains.

goodcomics

Passons maintenant à la rubrique mode The Good Look : elle est bien moins pointue que sur l’Officiel ou sur Monocle. Les marques choisies pour les sélections et les shootings sont pour la plupart plutôt mainstream et convenues et en termes de conseils en style vous n’apprendrez rien (sauf si vous ne saviez pas encore comment différencier une paire de Derby d’une paire de Richelieu).

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Malgré un thème banal (la veste) et des marques assez communes, le shooting est plutôt une agréable surprise et peut être une source d’inspiration.

shooting

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A noter que la catégorie The Good Look est la seule à opérer une distinction claire entre articles rédactionnels et articles invités.

La rubrique Good Toys s’avère assez technique pour parler aux fondus de mécano et assez pédagogue pour intéresser même les néophytes.

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La rubrique Good Vibrations est un condensé de l’actualité culturelle et, en plus d’une sélection musicale et culturelle, propose des sujets parfois insolites, comme ici un comparatif des vignobles tenus par des stars.

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L’avis de Geoffrey : C’est mon magazine de référence pour l’actualité culturelle et économique. J’aime le format bimensuel qui évite de tomber dans les news trop éphémères. J’aime aussi beaucoup les articles sur le design, et les sélections de livres et de musiques qui me permettent de faire de belles découvertes.

Je déplore toutefois une partie mode vraiment convenue, c’est souvent la seule (avec celle sur les yachts…) que je feuillette à peine. Aucun intérêt. Dommage aussi que certains personnages reviennent trop, comme Philippe Stark, qui est un peu aujourd’hui ce que le Mc Do est à la restauration (ils ont un deal avec lui ou quoi ? on le retrouve toutes les 30 pages !).

Inventory, le magazine homme du geek de la mode

Inventory est un magazine extrêmement pointu, particulièrement orienté workwear : on le voit rien qu’en le tenant entre les mains avec un papier au grammage particulièrement élevé et une texture très particulière.

Etant donné son prix relativement élevé, et sa disponibilité limitée à une poignée de points de vente physiques (comme FrenchTrotters à Paris) : on choisira d’étudier plutôt le blog du magazine: http://www.inventorymagazine.com/updates/

Pièce par pièce

Si Inventory recense les sorties de nouvelles pièces, on reste à distance raisonnable de la hype et on se cantonne à des pièces icôniques, avec derrière soit un véritable savoir-faire, soit une identité de marque historique.

ObjetMode

Les lookbooks de collection

C’est exactement le même format : une collection est décrite en quelques lignes, on a souvent droit à des créateurs complètement inconnus, l’occasion de faire de belles découvertes. Les illustrations sont par contre assez limitées, mais assez bien choisies pour qu’on se fasse une idée précise des particularités de chaque collection.

Lookbook

L’art

Magazine lifestyle complet, Inventory répertorie aussi les films, documentaires et expositions auxquelles s’intéresser. Là encore, l’illustration choisie est percutante et représentative des concepts et la description est synthétique.

Sorties

Le blog est un très bon moyen de se faire une idée sur le contenu du magazine : il en répertorie les dossiers avec une analyse extrêmement synthétique. Si vous voulez en apprendre plus, et en prendre plein les yeux avec des illustrations réussies et des interviews exclusives sur un papier de qualité, achetez le magazine. Sinon, explorez par vous-même les pistes données sur le blog.

L’avis de Geoffrey : À égalité avec Monocle, on tient encore ici un excellent mook. Monocle est plus orienté lifestyle, Inventory traite davantage de mode. Pour moi, les deux se complètent.

GQ, le magazine masculin le plus mainstream

On arrive au magazine masculin le plus connu de tous. La version française est un peu plus racoleuse que ses consoeurs anglophones, et fait penser assez fortement à la presse féminine. Elle se positionne d’emblée dans le milieu de gamme (pile au milieu, entre les revues pointues comme Centre Commercial et celles totalement mainstream, dans le mauvais sens du terme, comme FHM).

Avec son titre particulièrement accrocheur, j’ai testé l’édition Mars 2013, curieux de voir si elle tenait ses promesses.

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J’ai souvent été déçu par la catégorie Mode, en particulier la rubrique questions-réponses, dont les questions sont bien souvent complètement déconnectées des attentes des hommes, et dont les réponses sont soit un peu à côté de la plaque, soit sans aucune justification (à part « c’est pas bien »).

C’est encore une fois le cas à travers cette édition, avec à peine quelques informations utiles à glaner ici et là.

conseils

Le dossier

On arrive au final à un juste équilibre entre lieux communs (souriez et faites du sport) et petites perles (un manuel de manipulation de la CIA, ou encore « Comment survivre à un massacre organisé »).

Dossier

La chronique philosophique d’Olivier Pourriol est aussi une bonne surprise : plutôt accessible et facile à lire, on navigue rapidement entre des concepts poussés expliqués de manière claire et pédagogique.

S’il est possible de puiser de bonnes influences dans GQ, ce n’est pas le magazine qui vous apportera un cadre solide pour bâtir les fondations d’un vrai style.

Bois

Pour en puiser le maximum, le mieux reste d’acheter uniquement les numéros avec les mini-suppléments style, qui font quand même une centaine de pages et qui proposent déjà une théorie plus classique et concrète (bien que parfois erronée).

Manuels

Les dossier séduction

Avec environ 5 GQ au compteur, je n’ai jamais rien appris dans ces rubriques-là qui rappellent des principes de base, sans jamais réinventer la roue. Une rubrique à balayer rapidement, mais qui rappelle un peu trop les codes de la presse féminine.

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Les shootings

Je suis beaucoup moins fan des shootings GQ que de ceux des autres magazines : la connivence annonceurs/marques utilisées est ici ultra-visible (mais c’est aussi le cas ailleurs) et vous n’y découvrirez certainement pas la nouvelle marque de petits créateurs au rapport qualité/prix imbattable.

shoppings

L’esthétique est par contre vraiment réussie : si certaines tenues sont chargées, c’est relativement facile de faire la part des choses.

Dossier tendances

Les tendances identifiées sont pertinentes (color block, dandy etc) mais les descriptions sont souvent floues, et vous n’aurez pas vraiment de mode d’emploi pour vous y initier.
On aime par contre avoir plusieurs exemples en vue.

tendancesGQ

Bref, GQ est au final un magazine quand même moins pointu que les autres et pour lequel il vous faudra fouiller parmi de nombreuses pages de publicité et de lieux communs pour trouver des perles. Cela reste quand même un bon investissement (il n’est pas cher) pour un petit trajet de bus ou d’avion.

L’avis de Geoffrey : Un peu comme avec L’Officiel, je n’apprends rien dans la chronique mode, mais j’admire les qualités esthétiques des shootings. Par contre, l’omniprésence des annonceurs m’agace, et le ton parfois hautain des conseils mode également : ce n’est pas une vision dans laquelle je me retrouve. 

Cela dit, j’apprécie énormément les chroniques en entrée du magazine, et notamment celle de David Abiker ou de Maïa Mazaurette, souvent c’est tout ce que je lis, mais comme il y en a 6 ou 7, je suis satisfait du rapport contenu / prix du magazine. C’est au final un bon complémentaire de revues plus pointues, ça se lit bien en voyage ou en terrasse.

À noter que leurs hors séries sont plus intéressants et plus riches, en dépit de l’omniprésence d’annonceurs au sein même du contenu.

Le petit dernier : Centre Commercial

Le concept store parisien Centre Commercial a récemment sorti son premier magazine semestriel (Automne-Hiver 2013). C’est un très bel ouvrage, un « mook » également, qu’on a volontiers envie de conserver pour le consulter à nouveau. Tirée à quelques milliers d’exemplaires, cette revue se fixe pour objectif de vous faire découvrir des thèmes « invisibles des yeux ».

Les plus curieux d’entre vous découvriront donc un savant mélange de reportages les emmenant aux quatre coins du monde (Finlande, USA, Grande-Bretagne, etc.), de récits narrant les histoires de familles atypiques (la famille Lykov qui a vécu en autarcie pendant près de 40 ans !) et d’entretiens avec des personnages qui font le monde d’aujourd’hui (blogueurs, sociologues, créateurs de marques, etc.). Le tout sans aucune publicité venant interrompre votre lecture et perturber votre « voyage ». HIGH FIVE !

La ville de Pantin verra-t-elle émerger son Jay Z ?

On apprécie la diversité des thèmes abordés et la qualité du contenu proposé. Une mention spéciale pour le reportage sur la ville de Pantin (futur « Brooklyn français » ?), le récit d’une famille d’artisans qui fabrique des sacs en cuir de génération en génération et l’entretien d’Alexandre Guarneri (fondateur de la marque Homecore) qui nous apporte une vision juste et équilibrée de l’évolution du mouvement hip-hop et de sa relation au streetwear.

Alexandre Guarneri se livre avec une rare sincérité dans son interview.

L’avis de Geoffrey : Un sans-faute. Presque trop « livre » pour être lu en voyage : ce n’est pas du tout le genre de magazine qui vous permet de picorer à droite à gauche en étant interrompus toutes les 5 minutes. Mais c’est là tout l’intérêt de l’ouvrage. Allez-y les yeux fermés.

La conclusion ?

Ma préférence va à GQ et The Good Life, mais surtout à leur cousin anglophone : Monocle. Seul Monocle parvient vraiment à traiter de sujets pointus en profondeur, sans jamais apparaître pédants et avec un ton pédagogue qui est le bienvenu.

Sur l’édition que j’ai eue entre les mains, Monocle m’a semblé plus complet pour la partie style, qui m’a fait découvrir des eshops et des marques.

Inventory traite de sujets de niches, souvent proches des tendances japonaises, de l’Americana et du workwear. En soit, c’est un magazine accessible et agréable si vous lisez l’anglais, mais il vous faudra vraiment être passionné par le sujet pour investir les 20 euros de la version papier, qui n’est d’ailleurs pas distribuée partout.

J’estime qu’il faut avoir suivi la mode masculine pendant au moins un à deux ans avant de vraiment pouvoir en profiter.

L’Officiel et GQ semblent, par rapport aux autres magazines de cette revue de presse, forcément moins pointus. Cela ne veut pas dire qu’ils sont dénués d’intérêt mais, de manière objective et quantitative, vous n’y retrouverez pas une aussi grande variété de contenus. C’est plus du divertissement que du contenu de fond.

Reste Centre Commercial qui s’avère être une excellente parution. À voir si elle trouvera son public, ce qui lui permettra de perdurer. C’est ce que je lui souhaite.

Bonne lecture de vacances !

 
Qui est Valéry ?

Valéry est un des rédacteurs réguliers de BonneGueule. Passionné de mode asiatique et auteur des articles sur le layering.

En parallèle, il s'occupe de JamaisVulgaire, magazine en ligne sur la mode masculine.


 
  • http://www.bonnegueule.fr/ Geoffrey – BonneGueule.fr

    j’avoue ! :)

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