Interview de Hugo Jacomet de Parisian Gentleman

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Il y a quelques jours, nous avons accueilli Hugo Jacomet. Il a fondé l’excellent blog Parisian Gentleman, qui est assez complémentaire à BonneGueule : vous verrez dans la vidéo que nous partageons les mêmes réflexions sur la mode masculine, son marché et ses médias.

À la différence près que Hugo s’intéresse essentiellement à l’art tailleur (costume, chemise, souliers), là où nous baignons dans des styles moins formels (blazer, jeans, sneakers… voir à la fin de cet article).

Mais les parallèles restent frappants : bonne vidéo (elle dure longtemps, mais vraiment, rien n’est à jeter) !

Micro-résumé de l’interview de Hugo Jacomet, fondateur de Parisian Gentleman

Hugo, peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Hugo Jacomet, je viens d’avoir 50 ans. Étant passionné d’art tailleur, j’ai fondé Parisian Gentleman en janvier 2009. Je suis né dans ce milieu, car mon grand-père était bottier et ma mère couturière. Mon but est de travailler à l’éducation des hommes sur l’élégance et les vêtements de tradition.

Pourquoi as-tu choisi une approche éducative pour Parisian Gentleman ?

Je pense que c’est le fondement de notre succès. Quand je lisais les magazines qui parlent du sujet, je me suis aperçu très vite que j’arrivais à une limite. Ces magazines ont un business model lié à la publicité. Ils n’ont pas la liberté d’expression nécessaire pour parler du vêtement comme il se doit.

J’ai décidé d’écrire et de partager mon avis et mon savoir sur le sujet. J’ai appris très vite que les gens demandaient justement cela, de l’éducation. Un vêtement raconte une histoire, communique une personnalité, un milieu social, une posture et cela passionne toute une nouvelle génération.

Quel est selon toi l’état de la presse et des blogs sur le sujet ?

Les lecteurs viennent trouver chez nous une transparence de discours qu’ils ne peuvent trouver dans la presse écrite. Et c’est paradoxal, car lorsque l’on parle d’Internet, et surtout de blog, le mot crédibilité ne vient pas de suite. À titre d’exemple, les petites maisons viennent vers nous, mais les grandes restent frileuses parce que la blogosphère leur fait peur.

Retenez cela : Ce qui est important, ce n’est pas le support, mais le contenu.

Cela améliore-t-il le niveau des achats des hommes ?

Indéniablement. Il y a des signes qui ne trompent pas : le marché de l’accessoire masculin progresse beaucoup depuis 3 ans : la pochette, la cravate et même les bijoux de cravates reviennent en force. On en voit fleurir de plus en plus dans la rue. On n’a jamais vécu cela. Si Berluti fait du vêtement, si LVMH rachète Loro Piana pour 2 milliards d’euros, c’est bien parce qu’il y a un marché énorme.

Il y a donc bien un regain d’intérêt des hommes pour le vêtement ?

Oui et il est très net. Il faut comprendre ce que l’on dit dans “regain”, parce qu’on sort de trois décennies catastrophiques. Je pense que l’on est dans un cycle. Le style masculin était encore présent dans les années 1960. Internet a créé une vraie alternative. Grâce à lui, on a eu accès aux conseils, aux avis. Il y a une révolution en cours, les choses bougent.

Quels conseils donnerais-tu à un débutant ?

Le clivage par l’argent est un faux problème. N’importe quel homme, jeune ou âgé, intéressé par le sujet, via les blogs, les ventes privées et tout le contenu Internet, peut s’habiller de manière confortable, sophistiquée, sans avoir à beaucoup débourser.

Il ne faut plus accepter le diktat d’un mec qui a pensé pour nous ce que nous allions porter et qui l’a lourdement promu. Nous pouvons avoir la main là-dessus. Mais ça demande d’être éduqué.

Que penses-tu de l’offre du prêt-à-porter actuel ?

On monte en gamme. L’homme qui vient en boutique aujourd’hui n’est plus le même. Les vendeurs sont parfois complètements perdus face aux lecteurs de blogs, de forums. On les pousse vers de la production de qualité car les blogs sont capables de faire ou défaire une notoriété. L’offre n’a jamais été aussi intéressante pour celui qui sait faire le tri.

Quel est selon toi le budget minimum pour un costume ?

Selon moi, la base, c’est le costume semi-entoilé, qui respire ; en deçà il y a un impact sur le style. Bien sûr, en période de soldes et avec de la chance, pour 400 euros, vous pouvez avoir, par exemple, un beau costume Timothy Everest à Londres. Mais la tranche 600 à 800 euros reste celle dans laquelle on peut commencer à parler de qualité et de durabilité.

Que conseillerais-tu à quelqu’un qui a une cinquantaine d’années ?

Tout dépend de l’intérêt que l’on porte au sujet. Un homme qui est élégant doit prendre le temps de se faire une garde-robe, de forger son propre style. Il ne faut jamais faire de compromis sur la ligne. Il vaut mieux avoir un tissu moins classe et privilégier la coupe. Faites confiance à votre œil, et non au vendeur. Allez-y doucement, achetez une ou deux pièces de qualité qui vous plaisent et construisez autour.

Peut-on être trop habillé, trop parfait ?

Quand un mouvement se crée, il y a toujours des extrémistes. L’être humain est acceptable et intéressant tant qu’il ne devient pas la caricature de lui-même. Alors oui, il existe des hommes trop habillés. Encore une fois, la réponse à cela, c’est l’éducation.

Et toi, t’arrive-t-il d’être vêtu très simplement ?

Je ne suis pas pris par des contraintes vestimentaires. Je suis fan des vestes sport, et je porte, parfois même, des t-shirts. Mais c’est rare : quatre fois en deux ans !

Retranscription complète de l’interview de Hugo Jacomet, de Parisian Gentleman

Hugo Jacomet : La mesure est le graal pour moi parce qu’après tout, la mesure c’est quand même la quintessence de la vie, mon cher. Quand tu trouves ta femme, normalement, c’est sur-mesure.

Peux-tu te présenter ?

Hugo Jacomet : Je m’appelle Hugo Jacomet. Je viens d’avoir 50 ans. Nul n’est parfait. Et je suis, donc, fondateur de Parisian Gentleman que j’ai créé en janvier 2009, un soir d’insomnie, à 4 heures du matin très exactement, sans but précis puisque j’étais passionné d’art tailleur. Je suis petit fils de bottier. Ma maman était couturière. Elle est à la retraite maintenant. Donc, j’ai toujours été baigné dans tout ce qui est vêtement, dans tout ce qui est élégance. Après, j’ai fait une longue carrière dans l’audiovisuel, dans le cinéma, dans l’événementiel et dans la mise en scène. Et puis donc, depuis 2009, j’ai créé Parisian Gentleman. Et il se trouve que mon site est devenu un site important au niveau international et qu’on travaille sur l’éducation principalement des hommes sur l’élégance et sur le vêtement de tradition.

Pourquoi as-tu choisi une approche éducative sur Parisian Gentleman ?

Hugo Jacomet : Alors, je pense que c’est le fondement de tout notre succès. On s’est aperçu assez rapidement… moi, je bouquinais dans des magazines « The Rake », « Monsieur ». A peu près tous les quelques magazines sur le sujet. Et je me suis aperçu très vite que j’arrivais vite à une limite. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’en termes éducatif, ces magazines-là n’avaient pas vraiment le temps de le faire parce qu’ils avaient un business model qui était lié à la publicité. Et quand vous avez une double page d’une marque quelconque, généralement mainstream, c’est le seul qui annonce en ouverture de votre magazine, il est fort peu probable que vous ayez toute la liberté d’expression nécessaire pour parler du vêtement comme il se doit.

Donc moi, j’ai décidé – dans un pur souci esthétique et dans un pur souci personnel, dans un premier temps de commencer à écrire et partager mon savoir sur le sujet. Et donc, on s’est aperçu que très, très vite, ce que les gens demandaient, c’était justement ça : de l’éducation. C’est-à-dire en gros, un vêtement raconte une histoire, communique une personnalité, communique un milieu social, communique une posture. Les gens sont extrêmement intéressés et de plus en plus justement sur la partie éducative.

Quel est selon toi l’état de la presse et des blogs sur le sujet ?

Hugo Jacomet : D’abord, on vit un phénomène aujourd’hui qui est assez étrange. C’est que un, la crédibilité est la vraie information de plus en plus. Les lecteurs, et ce n’est pas pour critiquer les gens de la presse écrite, mais il se trouve que aujourd’hui, la crédibilité se trouve bizarrement sur l’Internet, dans quelques sites comme le nôtre. C’est-à-dire que les gens viennent chercher chez nous une crédibilité et une transparence de discours qu’ils ne peuvent en aucun cas trouver dans la presse écrite. Pourquoi ? Et ce n’est pas une critique que je formule à cet égard, mais la presse écrite a un business model qui est différent du nôtre, qui est basé sur la publicité, qui est basé sur un certain nombre de choses comme ça. Et donc qui font que, aujourd’hui, ces gens-là sont en perte de vitesse pas par ce qu’ils font mais juste par rapport à ce qu’ils écrivent dans leur crédibilité.

Nous, chez Parisian Gentleman, on n’est lié avec aucune marque. On n’est lié avec aucun fabricant. Même si on a bien sûr les maisons qu’on protège, qu’on promeut et à qui on essaie de donner accès au marché directement. Mais pour autant, la crédibilité est du côté de l’Internet, ce qui est assez paradoxal parce que généralement, quand on dit Internet, le mot crédibilité ne vient pas directement.

Interviewer : Surtout avec le mot blog.

Hugo Jacomet : Absolument. Surtout avec le mot blog. D’ailleurs, c’est assez étonnant parce que je ne sais pas si vous vivez la même chose. Moi, je me rends compte aujourd’hui qu’autant, toutes les grandes maisons viennent vers nous pour savoir si on peut faire des reportages sur eux, etc. Ce qui est très bien. Mais dès qu’on commence à parler de choses un tout petit peu plus pointues comme, par exemple, un guide que je suis en train de monter petit à petit sur l’Internet avec ce que j’appelle le « Guide PG des maisons de qualité », sur lequel là, il y a un échange d’argent qui est complètement connu par mes lecteurs, c’est assez transparent, on se rend compte qu’il y a encore un blocage. C’est-à-dire que les petites maisons viennent très volontiers chez les gens comme nous pour exposer, mais les grandes maisons sont encore un tout petit peu frileuses parce que la blogosphère leur fait peur. Je ne sais pas si vous vivez la même chose chez Bonne Gueule. Moi, je suis surveillé. J’ai l’impression d’être surveillé comme le lait sur le feu. Ça ne veut pas dire qu’on est là pour critiquer tout le monde. Ça ne veut pas dire qu’on est là… Moi, je n’aime pas faire du mal aux gens généralement. Donc, les gens que je n’aime pas, je n’en parle pas. Mais il y a quand même une vraie liberté de ton, une vraie liberté de langage. Et puis surtout, je me rends compte qu’aujourd’hui, les gens qui lisent Parisian Gentleman et BonneGueule et qui, vraiment, vont dans le vrai sujet, bien souvent, ils se retrouvent en face de gens en boutique qui en savent moins qu’eux. Et donc, on est vraiment sur cette notion-là. On revient à l’éducation.

Pour nous, je pense aujourd’hui malgré tout le respect que j’ai pour la presse papier que le futur de l’élégance masculine se trouve sur l’Internet. Mais je balance ça aussi avec un travail de livre à côté puisque je suis très attaché au mot imprimé, comme vous d’ailleurs, je crois que vous faites des choses imprimées mais ce n’est pas le même type d’écriture pour moi.

Alors, je pense qu’il faut oublier les supports. Ce n’est pas un vrai débat. Moi, ce qui m’intéresse c’est la qualité de ce qui est écrit. Après, que ça soit sur écran, sur papier, taillé sur une pierre, sur une plaque de marbre, chanté, ça n’a aucune importance. L’important est le propos. Le problème, c’est que l’Internet a ouvert une fenêtre de liberté. Il faut savoir qu’aujourd’hui, la grande différence entre écrire dans un magazine, écrire un livre et écrire sur Internet c’est que quand vous écrivez un livre, vous avez été choisi parmi des milliers de personnes qui peuvent potentiellement écrire un livre. Donc, vous avez été sélectionnés pour ça. Sur l’Internet, vous pouvez vous asseoir devant votre clavier et écrire. Ça veut dire qu’évidemment, il y a 85% de choses qui ne sont pas intéressantes même surtout actuellement dans notre secteur, vous le voyez tous les jours. Il y a, surtout le mot « Gentleman » – j’ai eu du bol de le prendre le premier, je n’ai vraiment pas fait exprès – tous les jours, il y a un blog… j’exagère. Toutes les semaines, il y a un blog qui se crée, qu’il y a le mot « Gentleman » à l’intérieur.

Donc, moi je vois le futur. Sincèrement, le point majeur c’est le propos. Et la question n’est pas uniquement liée à notre secteur. Enfin, je veux dire, c’est vrai pour tous les secteurs d’activité. Je pense que la presse papier, par définition, hormis des choses extrêmement pointues comme monocle, comme ce genre de choses qui ont ouvert une voix un peu particulière, je pense que le futur bien sûr est sur l’Internet. Mais je pense aussi qu’il y a aussi des ponts énormes qui sont en train de se créer. Moi, j’écris dans la presse papier. Je fais des contributions. Je parle à la radio. J’écris des bouquins. Donc, il y a vraiment une vraie fusion. Encore une fois, le juge de paix pour moi, c’est la qualité du propos et c’est la qualité de ce qu’on dit à l’intérieur. Après, que ça soit sur un écran, même si… J’ai écrit un article récemment sur le sujet où c’est vrai qu’il y a eu des études qui ont été faites qui montrent que le mot imprimé crée quelque chose de différent mentalement par rapport à un mot sur écran. C’est assez simple. En fait, quand vous êtes sur écran ou sur Internet, vous êtes par définition dans un environnement ouvert. C’est-à-dire, vous pouvez à tout moment vous échapper. Vous pouvez à tout moment cliquer. Vous pouvez vous documenter, fouiller un peu plus avant. Alors que sur un livre écrit, vous êtes en tête à tête, seul, avec quelque chose qui est écrite et qui est face à vous. Et on s’est aperçu avec des études que la base de la compréhension même, c’est ce qu’on appelle « les liens de causalité », c’est-à-dire en gros, la compréhension de la causalité entre des choses, d’accord, et le mot sur papier. C’est un fait scientifique et beaucoup plus intéressant pour vraiment identifier les contenus puisque vous êtes prisonniers d’untel. Vous êtes en tête à tête. Alors que sur l’Internet… c’est pour ça que sur Parisian Gentleman, on met assez peu de liens. On met très peu. On ne met pas de bannière. On n’a aucune publicité à l’intérieur. On est complètement immaculé. Et puis, je vais vous le dire en exclusivité pour vous, si vous le voulez, on prépare la version 3 qui sera une fusion entre le livre et l’Internet. Donc, avec un vrai travail de typo retravaillé à l’ancienne. C’est-à-dire vraiment un choix typo fabriqué pour nous où on va essayer d’aller retrouver la saveur livresque mais en étant dans un environnement d’écran. Et ça, c’est un chantier de six mois, je pense, à peu près.

Cela améliore-t-il le niveau des achats des hommes ?

Hugo Jacomet : Indéniablement. Et moi, je ne fais pas partie des esprits chagrins. Des gens qui disent : « Ouais. Regarde comment il est… ». Oui, il y a un énorme chantier devant nous. Enfin, tout de même, il y a des signes qui ne trompent pas.

Le marché de l’accessoire masculin a une progression à deux chiffres énormes depuis deux ans, trois ans. Je pense qu’on a même touché à plus de 60% sur le petit accessoire, la pochette, la cravate. Les bijoux de cravate font un retour en force énorme. Donc là, il faudrait être aveugle ou stupide ou borné pour ne pas observer. Il se passe quelque chose. Pour autant, c’est vrai qu’on est quand même dans une civilisation qui a depuis très longtemps fait l’impasse – surtout dans le monde de l’homme – sur ce qu’on appelait la mode, le style parce que tu es gentil avec moi. J’apprécie beaucoup que tu dises «style» et pas «mode». Ok. On s’est quand même fondu dans l’article. Sonia s’est fondu dans l’article très récemment en disant : « Attendez. Ce débat, on a plein le dos, quoi. Arrêtez de dire que le… ». C’est assez facile de comprendre que le style est intemporel et que la mode est passagère. C’est assez facile de comprendre que le style c’est personnel et que la mode, c’est dictée. Ou ce sont des tendances de base. Mais pour autant, pour nous, il n’y a pas d’antinomie potentielle puisqu’il y a quand même des gens…

Timothy Everest c’est un excellent exemple. Timothy Everest, c’est un tailleur londonien, élève de Tommy Nutter sur Savile Row qui a habillé les Beatles et qui, aujourd’hui, fait des collaborations avec Superdry, fait des collaborations avec des maisons qui sont beaucoup plus mainstream. Alors après, avec plus ou moins de bonheur. Ce n’est pas le sujet. Le sujet, c’est que simplement, aujourd’hui, il y a une espèce de fusion.

Pour répondre plus simplement à votre question sur l’élégance des hommes, indéniablement, je pense qu’on progresse sur le sujet. On voit fleurir des pochettes. On voit fleurir des petites épingles, etc.

Il y a aussi des gens qui aident à ça. Par exemple, il y a des lieux comme Pierre Degand à Bruxelles, comme The Armoury à Hong Kong qui sont des lieux absolument magiques où les gens ne viennent pas pour acheter des vêtements. Ils viennent pour s’immerger dans un monde de l’élégance. Ils viennent pour partager un cigare, boire un whisky, et accessoirement, faire un costume en grande mesure chez Liverano, etc. Donc, il y a une vraie poussée.

Après, est-ce que le mouvement est pérenne ? Oui, indéniablement. Je pense qu’on en a au moins pour 10-15 ans parce qu’on est vraiment sur une crête. Après, toute est question d’éducation encore une fois. Moi, mon analyse, c’est qu’on n’a jamais vécu ça. Bon moi, j’ai 50 ans, j’ai un peu plus de recul que vous les enfants. Donc, je n’ai jamais vécu ça. Il y a vraiment quelque chose qui se passe. Après, il faut faire le distinguo parce que tout le monde se revendique maintenant de faire des cravates machin, d’être… voilà. Même The Kooples, qui sont … Bref, ils ont failli m’avoir. J’ai fait demi-tour d’ailleurs avec eux puisque je suis allé les voir. Bon, peu importe. Mais encore une fois, le tri va se faire naturellement. Aujourd’hui, on est dans la mêlée. Tout le monde y va de sa pochette. The Kooples, ils vont quand même très loin. Ils font même des pochettes fixes, et même des accessoires fixes. Oui. Ils ont par exemple des chaînettes pour mettre les montres. C’est fixe. C’est juste un accessoire.

Oui, et bien, c’est la vulgarité incarnée. Moi, ce qui me donne confiance, ce qui me plaît, c’est quand je vois des investissements colossaux comme ça. Quand je vois Pinault-Printemps-Redoute qui rachète Brioni, ça pourrait être passer pour une mauvaise nouvelle. Au final, c’est une bonne nouvelle. Pourquoi ? Parce que Brioni, c’est un grand tailleur. C’est une vraie maison de couture. Et que Pinault-Printemps-Redoute promeuvent et investissent des gens comme ça, cela a vraiment du bon. Et donc, je pense que dans tout ça, on est parti pour, je pense, 15 années passionnantes sur le sujet. Et puis après tout, l’homme est une femme comme les autres. Il faut juste en être conscient.

Il y a donc bien un regain d’intérêt des hommes pour le vêtement ?

Hugo Jacomet : Je pense que, effectivement, il y a un regain d’intérêt très net des hommes sur le vêtement. Je pense qu’il faut faire attention dans ce qu’on dit, d’abord.

Regain d’intérêt, il faut vraiment comprendre ce qu’on dit dans regain parce qu’on sort de, on va dire, vraiment deux décennies, trois décennies qui sont catastrophiques pour le style masculin. 80, c’est une catastrophe. 90, c’est catastrophique. 2000, a commencé à relever la tête. Donc, on sort vraiment de trois décennies. Mais en revanche, juste avant ça, 70, malgré tout ce qu’on peut en dire, était un terrain d’expérimentation absolument gigantesque. Il est quand même sorti des gens comme Tommy Nutter sur Savile Row, comme Edward Sexton, qui sont des gens qui étaient complètement dans ce milieu-là. Donc, je trouve qu’on dit beaucoup de mal des années 70, mais c’était très intéressant. Les années 60, c’était la fin de la vraie période du style masculin 40-50. Donc, on restait encore avec des vrais apports, notamment au niveau du style parisien. C’était très intéressant. Donc, je pense qu’on est dans un cycle, d’abord et avant tout. Ok. Mais pour autant, l’Internet a créé une vraie alternative. Je vous explique ça en deux mots.

On a été depuis 30 ans dans le easywear, sportswear, streetwear, et avec cette notion surtout que l’homme n’était pas très concerné par l’élégance, etc. Donc ça, on va dire que ça a été 30 ans. A peu près comme ça. Et d’un seul coup, il y a eu une espèce de déclic qui s’est créé. Pourquoi ? Et bien, tout simplement parce que grâce à l’Internet, on a eu accès subitement.

Il ne faut pas oublier un facteur majeur. C’est que, avant, en 1988, tu voulais t’intéresser à l’élégance masculine, où est-ce que tu allais pouvoir lire sur le sujet ? Quasiment nulle part. Aujourd’hui, donc, à mon avis, on redémarre un cycle. Et ce qui est intéressant, c’est qu’on a redémarré un cycle avec des images dans la tête qui sont des images des années 30 et 40. Ok. Aster, Cooper, Grant n’ont jamais été autant mis à l’honneur ces 30 dernières années qu’actuellement. Il y a des bouquins qui sortent sur Gary Cooper. Très bon livre d’ailleurs de Bruce Boyer sur Gary Cooper où il a eu accès à toutes les archives familiales de Gary Cooper qui est un magnifique ouvrage qui est sorti aux États-Unis. Je pense qu’il est sorti en France également. Donc, on redécouvre cette période-là.

Donc, je pense que ce regain d’intérêt vient de l’Internet principalement, avec cet accès à l’information. Et puis, je pense également qu’il y a une révolution en cours qui est une révolution du genre, une révolution sexuelle, une révolution dans tout. Vraiment, les choses bougent énormément. Et aujourd’hui, on peut commencer à s’habiller avec style sans être, comment dire… moi, je me suis charrié toute ma vie parce que je m’habillais un peu différemment. Je me suis charrié. Ce qui, plutôt, me plaisait. Mais après, c’est une forme de personnalité. Je pense qu’effectivement, on est parti pour 30 années. Mais, ça n’a rien… je veux dire la grotte de Lascaux, sur les murs, il y a des peintures rupestres qui sont des peintures d’ornementation où on voit des silhouettes de gens qui sont habillés. On voyait que l’ornementation est très importante pour l’humanité. C’est ce qui fait la différence entre l’homme et l’animal.

Quels conseils donnerais-tu à un débutant ?

Hugo Jacomet : Moi, ce que je pense d’abord, c’est que le clivage par l’argent est un faux problème. Aujourd’hui, toute personne éduquée, c’est pour ça que l’éducation est fondamentale. Toute personne éduquée – évidemment, quelqu’un qui a les moyens – bon, si vous avez les moyens d’aller à la grande mesure directement, allez-y parce que vous ne serez plus jamais le même. Après, c’est… Non, mais je pense que cela a un impact terrible sur la personnalité. C’est presque une démarche heuristique. C’est un travail philosophique quasiment pour moi. Mais évidemment, le panier moyen – vous vous en rendez bien compte – est je crois, trois fois et demie le SMIC aujourd’hui pour un costume. Donc, je pense que c’est vraiment le haut du panier. Mais c’est un métier qui est extrêmement important à protéger et à promouvoir.

Mais aujourd’hui, n’importe quel gentleman, n’importe quel homme qu’il soit jeune ou plus âgé qui est vraiment intéressé par le sujet via les blogs, les ventes privées, eBay, et toutes les possibilités qu’il y a aujourd’hui, peut s’habiller de manière extrêmement sophistiqué et extrêmement confortable, et extrêmement de manière raisonnable en termes de tarif. Si tant est que vous évitiez toutes les grandes marques qui vendent de la merde très chère.

Evidemment, toute personne qui a la capacité d’aller vers la mesure, que ce soit de la grande mesure, de la demi-mesure, la petite mesure, de la mesure industrielle, si vous voulez savoir le différentiel sur Parisian Gentleman, ce sera un peu long à expliquer tout de suite. Aujourd’hui, on peut commencer prétendre à avoir de la mesure aux alentours de 1000 euros sur de la mesure industrielle. Evidemment si vous avez la possibilité d’aller vers ça, c’est bien sûr mieux tout de suite parce que vous avez accès à quelque chose qui se rapproche plus de l’expression de vous-même que simplement l’achat d’un vêtement. Pour autant, aujourd’hui – et c’est l’effet positif de tout ce qui se passe aujourd’hui – l’offre est absolument pléthorique. Je veux dire, il ne se passe pas une semaine sans qu’il y ait un nouveau fabricant de cravate, de chemise, de costume, etc. Donc, je pense qu’aujourd’hui, il est beaucoup plus facile d’être élégant. L’offre est là. Il y a toutes les gammes de prix. Moi, je découvre des pépites. C’est ce que je dis par exemple pour les chemises. Tout le monde demande : « Mais comment commencer pour la chemise par chère ? », etc. J’ai dit : « Ecoutez. Si vous avez envie de faire à la main, allez chez Levine. TMLevine. » Ok, c’est fabriqué en Inde. Il y a marqué « established 1800, quelque chose sur Jamin Street ». On sait que c’est fabriqué en Inde. Mais enfin, quand en période de solde, vous pouvez avoir accès à quatre types de col, trois types de poignées, différentes matières, différents motifs pour 29 livres sterling les trois chemises en période de solde. Ça vous permet de faire des essais. Les cravates, pareil. Vous pouvez voir, c’est de la bonne qualité. Bon, évidemment, c’est pareil chez Tyrwhitt. Vous savez, ce sont tous les chemisiers anglais qui ont des offres extrêmement compétitives. Un jeune homme qui a envie d’essayer. Moi, je le dis d’ailleurs beaucoup : Allez chez Levine. Commandez-vous. Vous ne prenez pas de risque, vous pouvez commander 100 balles de chemises. Peut-être que vous allez avoir six chemises. Vous faites vos essais. Vous voyez ce qui vous va mieux. Quelle couleur vous va au teint, etc. Donc, il y a réellement fouiller, fouiller les offres en ligne, aller dans les magasins et aller sur EBay également.

C’est dommage de dire ça parce que je ne protège pas, mais je veux dire que pour un gamin qui a vraiment envie de goûter un costume de chez Rubinacci ou chez Attolini, il ne pourra pas se le payer aujourd’hui. S’il y va sur EBay, il pourra éventuellement avec de la chance de le trouver. En gros, aujourd’hui, l’univers est ouvert. Et surtout, je pense qu’il est la mesure est le graal pour moi parce qu’après tout, la mesure c’est quand même la quintessence de la vie, mon cher. Quand tu trouves ta femme, normalement, c’est sur mesure. Tu vois, tu la choisis. Oui, la mesure c’est vraiment cette notion de, comment dire, ne plus accepter le diktat d’un mec qui a pensé pour toi ce que t’allais porter et qu’il a lourdement promu, et te remettre toi-même dans cette idée-là qu’après tout, tu peux avoir la main là-dessus. Et qu’après tout, c’est vachement bien d’avoir la main là-dessus mais ça demande d’être éduqué. Voilà.

Et que penses-tu de l’offre de prêt-à-porter actuelle ?

Hugo Jacomet : Le regainest très bon parce qu’il y a un effet excellent des gens comme vous et comme nous. C’est qu’on casse le bras à beaucoup de maisons c’est-à-dire que moi, je me suis aperçu par exemple depuis quelques années qu’on voit beaucoup de choses dont j’ai parlé : la petite boutonnière à l’horizontale sur les chemises. On commence à avoir des milanaises un tout petit peu plus intéressantes. En l’occurrence des milanaises, non puisque ça, c’est une vraie milanaise, mais on commence à avoir du travail sur les boutonnières. Donc, il y a…

Interviewer : Des boutonnières ouvertes ?

Hugo Jacomet : Voilà. C’est grâce à nous et vous, et nous et plein d’autres. On est en train de casser les bras à ces gens-là et indéniablement – moi, je l’observe, je suis capable de le dire et vraiment sans aucune réserve – on monte en gamme. C’est-à-dire qu’aujourd’hui, je trouve que l’offre est de bien meilleure qualité parce que les hommes sont éduqués. Chez Francesco Smalto, ils le savent très bien. Quand on va Rue François 1er, vous allez quand même acheter un costume de 2 500 euros, 3 000 euros, 3 500 euros. Donc, c’est un investissement. Au-delà de 3 500 euros, il faut aller faire de la grande mesure. C’est ridicule d’acheter plus chère. Mais ces gens-là, aujourd’hui, sont montés en gamme.

Pourquoi ? Parce que le mec qui vient en boutique, l’homme qui vient en boutique aujourd’hui, ce n’est plus le même que dans les années 2000 et encore moins dans les années 90. Et il y a combien de vendeurs qui se retrouvent en face d’un lecteur de « Bonne Gueule » ou « Parisian Gentleman » ou d’autres et qui est complètement paumé parce que lui, il va demander : « Mais votre épaule, elle est entre Romaine et Napolitaine ? » Et évidemment, la grande majorité des vendeurs en boutique. Donc, il y a un vrai effet positif. C’est-à-dire que par l’impulsion de gens comme nous qui existons par passion d’abord et avant toutes choses, on a – j’aime bien la leçon de casser le bras – quand on les pousse vers la qualité parce qu’aujourd’hui, une maison qui vend un costume à 2 000 euros par exemple, elle vend de la merde à 2 000 euros. Ça se sait en trois jours sur l’Internet. Et par une dizaine de blogs ou de forums, etc., on peut faire ou défaire une notoriété. Alors, après, ça ouvre un autre sujet. Restons à notre place aussi à un certain moment. C’est un autre sujet que je ne veux pas traiter ici.

Donc, pour répondre à ta question de manière globale, je pense réellement qu’on n’a jamais eu autant de choix et qu’on n’a jamais eu autant d’offres de qualité parce que justement, il y a de l’éducation. Les clients sont de plus en plus éduqués. Et ce n’est pas parce qu’ils achètent un objet à 300 euros qu’ils veulent acheter de la merde. Et donc de plus en plus, je pense qu’au contraire, l’offre n’a jamais été aussi intéressante pour celui qui sait faire le tri.

Quel est selon toi le budget minimum pour un costume ?

Hugo Jacomet : Mon grand-père m’a toujours expliqué – ce n’est pas mon grand-père d’ailleurs, c’était mon ami Roger qui était viticulteur. Vous vous souvenez, j’avais écrit ça dans un article ? Il m’a dit : « Hugo, ce n’est pas possible pour faire un Bordeaux ». Il était producteur de vin en Anjou, petit vin rouge.

Interviewer : Cabernet ?

Hugo Jacomet : Voilà. Très bon. C’était à côté de Saumur exactement. Et je me souviens, je foulais le raisin au pied avec lui puisque ça se faisait comme ça à l’époque. Il me disait : « Hugo, à moins de 35 francs qui faisait à l’époque 5 euros quoi, tu ne peux pas trouver un Bordeaux décent. C’est mécanique. » C’est-à-dire qu’à un moment, mécaniquement, tu ne peux pas trouver la quête. Alors, après, tout dépend de ce qu’on cherche. Dans le costume, c’est pareil. Aujourd’hui, je considère moins qu’un costume. Alors, on ne va pas rentrer dans le débat du thermocollage, Ok. Simplement ce qu’on sait, c’est qu’en termes de confort, de tombé, de durabilité, au moins en semi-entoilé c’est-à-dire une toile libre à l’intérieur des costumes qui respire, pas quelque chose qui est fusée, c’est vraiment le mot. Je fais le bruit parce que c’est vraiment ça. Ça, pour moi, c’est la base. En deçà de ça, on est vraiment dans la mauvaise matière, etc. et surtout, ça impacte le style et le tombé du vêtement.

Donc, je pense que… allez, je vais me lancer mais je pense que si vous êtes capables d’acheter en bonne période de solde chez Timothy Everest à Londres, vous avez du semi-entoilé fabriqué en Portugal, de manière très ouverte. Ça veut dire que Timothy Everest fait partie de ces gens qui ne se cachent pas parce qu’après tout, il est lié à une très, très bonne maison en Portugal et c’est vrai en l’occurrence. On parle de solde, vous pourrez avoir un beau costume 350-400 euros, quelque chose comme ça de Timothy Everest à Londres. Aujourd’hui voilà, c’est vrai qu’en standard, pour moi, je pense qu’à partir de 400 euros, on peut commencer à avoir quelque chose de correct. 600 ou 800 euros est pour moi plutôt quand même la tranche dans laquelle on trouve vraiment quelque chose mais qui va durer.

Savez-vous par exemple que Cifonelli faisait avant 600 costumes avec 40 clients ? Cette année, ils ont fait 980 costumes avec 250 clients. Donc, ça veut tout dire. Ça veut dire qu’aujourd’hui chez Cifonelli – chez Camps de Luca, c’est pareil – ils ont des trentenaires qui viennent et qui font un prêt bancaire pour s’acheter deux costumes bespoke. Et ils ont raison. Non pas parce que tout le monde pense que c’est ridicule de mettre 10 000 euros dans deux costumes, etc. Non. Rockefeller disait, vous vous souvenez de cette phrase-là ? On a posé la question un jour à Rockefeller, on a dit : « Monsieur Rockefeller, s’il vous restait 10 000 dollars, qu’est-ce que vous feriez ? » Il a dit : « Je m’achèterais un beau costume. »

Que conseillerais-tu à quelqu’un qui a une cinquantaine d’années ?

Hugo Jacomet : Tout dépend de l’intérêt qu’on porte aussi au sujet parce que moi, je ne fais pas partie de ceux qui veulent absolument convaincre tout le monde qu’il faut être élégant tout le temps. Après, comme disait les Américains : « Every man for himself. » On s’en fout mais effectivement, j’ai d’ailleurs écrit tout récemment un petit précis d’élégance pour la maison Smalto qui va sortir dans les boutiques parce que les gens… Oui, un très bon exemple. Smalto fait une nouvelle collection et nous demande d’écrire un guide d’élégance sur comment porter la nouvelle collection ? Vous voyez ça, c’est un petit aparté mais ça, c’est l’éducation. Même les grandes maisons maintenant font appel à des gens comme nous pour faire l’éducation.

Un homme qui veut être élégant, qui a un petit peu de moyen, je le conseille de prendre le temps de se faire une garde-robe. Je ne fais partie de ceux qui disent : « il faut trois costumes, machin… deux costumes… non. » Commencez par un ou deux vêtements, tranquillement. Forgez votre propre style. C’est une démarche si vous voulez vraiment le faire de manière… ça ne prend pas 15 heures par jour. Si, pour des gens comme nous. Mais nous, c’est notre métier. On est immergé à l’intérieur. Mais moi, je connais plein d’hommes qui s’y intéressent vraiment. Le seul problème, c’est que l’homme… il faut garder cette phrase-là : « Quand l’homme est passionné, il est 10 000 fois plus déraisonnable que la femme. » L’homme est incontrôlable quand il a un jouet. Ok. Mais c’est réel. Même les grandes maisons de couture le savent. Cifonelli sait. Il y a des gens qui pètent les plombs chez lui, qui achètent 15 costumes, qui pètent une durite. Je ne rigole pas parce que l’homme est complètement déraisonnable, il faut le savoir, beaucoup plus que la femme. Donc ça, c’est un sujet qui m’intéresse beaucoup mais un peu psychologiquement parce que c’est assez vrai.

Ce que je conseillerais c’est de, premier conseil : ne jamais compromettre la ligne. Faites des « compromissions » – des compromis, on dit en français – sur le tissu. Faites des compromis sur les finitions mais jamais sur la ligne. Je préfère un tissu un tout petit peu moins classieux mais avec une vraie coupe.

Deuxièmement, faites confiance à votre œil. Les vendeurs en boutique sont là pour vendre des vêtements. Vous êtes là pour acheter quelque chose qui va vous aller. Donc, ne croyez jamais un vendeur qui vous dit : « il vous va bien » etc.

Troisième chose, allez-y doucement. Achetez une ou deux belles pièces. Vivez avec, voyez ce qui va. Et surtout, une petite chose que personne ne fait – alors ça, ça m’a toujours étonné – vous voyez que quand une femme va dans un magasin, quel est le premier geste qu’elle fait quand elle prend une robe ? Elle prend la robe et elle se met sous le teint. Elle se regarde comme ça dans la glace. Vous avez déjà vu un homme faire comme ça avec un costume. Jamais. C’est le premier geste à faire. Je peux vous dire tout de suite ce qui vous va ou ce qui ne vous va pas à vos teints, c’est fondamental. Voilà.

Aujourd’hui, on est en train de donner tout un tas de petits conseils. Donc, ce que je conseillerais à un homme c’est de prendre son temps : faire une pièce, deux pièces, déterminer ce qui lui va. Faire des essais petit à petit, aller un petit peu vers le croisé, donner la chance aux trois pièces. Et petit à petit, voilà. Je pense qu’un homme qui raisonnablement a six ou sept costumes – allez, on va dire cinq costumes avec une belle veste sport et puis deux jolis pantalons en flanelle – a déjà une garde-robe sérieuse. Ok. Après évidemment, c’est sans fin.

Moi je connais des gens qui me disent qui ont 250 costumes. Il y a un malade mental sur Paris qui a 350 costumes, qui passent sa vie à faire ça toute la journée. Il y a des gens qui sont extrémistes. Je connais des gens mais je ne peux même pas vous le dire. C’est incroyable. Il y a des gens qui sont complètement…

Donc, voilà. Ce que je conseillerais, oui c’est ça, c’est une garde-robe simple, progressive. Et surtout, prenez le temps quoi. C’est génial. L’œuvre d’art, c’est vous-même. Enfin, c’est quand même génial de prendre le temps d’aller s’habiller, de faire des essais. Et donc, lisez Bonne Gueule, Parisian Gentleman et d’autres pour justement aller choisir les maisons sur qui vous allez pouvoir prendre le temps de faire ça. Donc, prenez votre temps. Et pour l’amour du ciel, évitez ces espèces de maisons surmarketées qui vous vendent des choses qui ne sont même pas décentes.

Peut-on être trop habillé, trop parfait ?

Hugo Jacomet : Oui. Je ne suis peut-être pas le seul mais un des rares à exprimer que l’élégance n’a pas qu’à voir avec des vêtements, et je pense même que ça a assez peu à voir avec les vêtements. L’être humain est acceptable et intéressant tant qu’il ne devient pas la caricature de lui-même. Et le problème de ces gens-là c’est qu’ils deviennent souvent la caricature d’eux-mêmes. Donc moi, je vois des gens qui sont survêtus, qui sont sursophistiqués. Et c’est pour ça que l’éducation est encore une fois importante. C’est que pour moi, le sujet du vêtement masculin, de l’élégance masculine a un peu à voir avec les vêtements. Bien sûr, parce que c’est quand même plus facile d’être élégant dans un Cifonelli sur mesure que dans un bleu de travail. Quoique, mais enfin, normalement, c’est le cas.

Sans aller dans la formule, il me semble que l’élégance, par définition, elle est discrète. L’élégance est raffinée. Et vous savez qu’une des phrases qui me tient particulièrement à cœur dans Parisian Gentleman, c’est : « D’abord, on apprend les règles pour ensuite les briser ».

Moi, je rencontre toute la journée des gens qui font l’erreur de trop s’apprêter, de trop s’habiller. C’est absolument ridicule quand quelqu’un est cravate, bijou, cravate, pochette, etc. et qu’on voit tout de suite qu’il a fait des efforts pour faire ça. Et bien, qu’est-ce qui se passe sur les gens ? On voit que cette personne expose ses efforts au lieu d’exposer sa personne. Donc, elle est en train vraiment de montrer à autrui qu’elle a fait des efforts. Ça peut être charmant de le faire quand vous le faites pour quelqu’un pour une occasion. Mais dans la vie quotidienne – alors, encore une fois, tout ceci est très personnel – peut-être qu’il y a des gens qui sont très bien à l’intérieur, pour moi, l’élégance est discrète et il n’y a pas de meilleurs mots que « understated », en anglais. C’est vraiment, on est en dessous. Ça, c’est la base de tout.

« La Sprezzatura », c’est un article un peu célèbre de PG qui a été écrit sur la base d’un article de Bruce Boyer, qui est aux Etats-Unis. C’est cette tradition italienne justement de cette nonchalance travaillée. C’est de donner l’impression qu’on ne s’est pas préparé et qu’on a pris le foulard ou la cravate qui était au-dessus de la pile. Evidemment, un certain niveau d’élégance, ce n’est pas tout à fait le cas. Mais je pense que l’élégance, oui, il y a un risque. Il y a un risque. Mais, c’est normal. Je veux dire donc, à chaque moment qu’il y a eu une poussée sur un sujet, il y a eu les extrémistes de ce sujet. La seule chose sur laquelle je m’inscris totalement et que je ne suis pas d’accord, c’est qu’on galvaude un concept comme le concept de dandysme. Parce que le concept de dandysme est un concept extrêmement précis, qui décrit quelque chose de très précis. Aujourd’hui, c’est devenu une espèce de mot fourre-tout dans lequel on met tout et n’importe quoi. Voilà. Donc oui, je pense qu’il y a le risque d’être trop habillé. Mais la solution et encore une fois la réponse de tout ça, c’est l’éducation.

Et il t’arrive d’être vêtu très simplement ?

Hugo Jacomet : Je porte du jean assez facilement. Je porte des bottes rigolotes assez facilement. Je peux même être assez vite assez rock’n’roll. Ça n’a pas d’importance. Il se trouve que moi j’ai, un rapport au vêtement qui est un rapport… comment dire, ce n’est pas un rapport de contrainte. J’ai la chance de faire ce que je veux dans la vie. J’ai la chance de me lever à l’heure que je veux. Plus exactement, de me coucher à l’heure que je veux. Donc, en gros, je ne suis pas pris dans des contraintes vestimentaires, comme un mec qui travaille à la Défense qui doit mettre son costume et sa cravate parce que c’est la règle. Ok. Donc, grosso modo, je fais ce que je veux.

Il se trouve qu’en plus, c’est un peu mon domaine d’activité, même carrément mon domaine d’activité. Donc, oui, je suis très amateur des belles vestes sport le week-end, une belle veste en tweed l’hiver. Ou même une veste seersucker l’été. Mais je peux porter du blouson cuir. Je peux porter des tee-shirts.

Interviewer : Des tee-shirts ?

Hugo Jacomet : Je peux porter des tee-shirts. Oui, bien entendu. Mais, c’est rare. How many times did I wear tee-shirt in the last two years ? Quatre fois en deux ans. Bon, ce n’est pas beaucoup. Non, mais je peux aller… je ne suis surtout pas obtus par rapport à ça, mais vraiment pas. C’est-à-dire que je considère moi qu’un très beau jean bien coordonné avec… Aujourd’hui, j’ai un jean avec des bottes vintage vernies de 1980. Je dis vintage là puisque c’était à l’époque. C’est un peu particulier. Voilà. Elles sont même un peu pourries au bout. J’aime bien. C’est mon style, un tout petit peu lâché. Donc, moi, je suis vraiment dans le domaine de la… comment dire, c’est un média qui est devenu important. Mais je suis vraiment dans le domaine de la passion. Je suis vraiment dans le domaine de l’éducation. Mon vrai projet derrière, c’est de… Bon, je peux vous le dire. Allez, c’est une exclusivité pour Bonne Gueule. Le projet de Parisian Gentleman dans les deux-trois ans à venir, c’est de faire le premier travail de répertoire de tous les tailleurs et bottiers dans le monde entier, y compris jusque dans les pays les plus reculés de la planète parce que je trouve que c’est un sujet qui a été galvaudé. J’ai, par exemple, eu contact avec des gens en Côte-d’Ivoire qui font des vestes pour 10 euros pour les nécessiteux, des vrais tailleurs. J’ai des gens en Birmanie qui font des trucs hallucinants. Et je veux ressourcer tous ces gens-là. Et l’idée, c’est que je veux emmener Timothy Everest, Lorenzo Cifonelli et Mariano Rubinacci et les Carracci au fin fond de l’Afrique pour faire un masterclass. Parce que je considère que le vêtement est vecteur de la beauté et de la façon dont on se présente à autrui. Et ça peut changer la vie. Et redonner la dignité aux gens par la beauté, c’est aussi une route qui a été complètement ignorée jusqu’à présent.

J’ai, par exemple, un lectorat monstrueux en Afrique. Bien sûr, il y a les sapeurs camerounais et tous les gens, etc. Mais même au-delà de ça, j’ai un lectorat et qui n’est pas de l’image qu’on a de l’Afrique parce que l’image de l’Afrique, attention, c’est en train de changer diablement. Il va se passer des trucs extrêmement importants même dans notre secteur en Afrique. Donc voilà, mon projet à long terme, c’est de faire le premier – enfin – répertoire mondial de l’art tailleur et bottier. Et d’aller ressourcer et d’aller re-identifier tous les gens. Donc, double effet pour ça. Premièrement, réatttirer l’attention sur ce métier. Deuxièmement, recréer des vocations parce qu’on a un vrai problème en France sur le sujet. On va mourir de ça. On n’a plus de tailleur. Et alors que l’art tailleur est comme ça, ça n’intéresse pas les gamins. Les gamins, ils veulent être sociologues ou rock star, en gros. Ou éventuellement dentiste, mais c’est de moins en moins intéressant. C’est leurs parents le problème. Ce n’est pas les enfants. Pour moi, c’est les parents.

J’adore les artisans. C’est génial. Moi-même, je suis consommateur des artisans, les bobos… J’adore les artisans. Mais enfin, pour mon fils, je préfère qu’il fasse HEC ou Maths Sup’. Il ne faut pas déconner. On a un vrai snobisme en France sur ce sujet-là. Et moi, mon projet, c’est au niveau international. Mais ça, c’est pour deux ans. Je ne sais pas si c’est intéressant pour vous. Ce n’est peut-être pas intéressant.

Je me suis donné pour mission – comme personne ne me l’a donné, je me la suis donné tout seul – de travailler sur cet art-là, tailleur et bottier. Mais d’aller vraiment faire le job. Et je pense, ça va me prendre trois ou quatre ans. On a regardé, on a déjà identifié les gens dans 87 pays. Tout ça pour vous dire que selon moi, le style, l’élégance et la qualité n’est pas qu’une affaire d’argent. J’ai beaucoup de lecteurs qui sont d’une élégance inouïe et qui n’ont pas la moitié du début du moyen d’aller faire de la grande mesure. Et c’est ça qui m’intéresse. La beauté m’intéresse. Je sais, j’ai une démarche quasi philosophique, c’est la beauté qui m’intéresse. Et c’est le vecteur du beau, qu’est-ce que ça crée chez l’homme, en général ? Bon, chez la femme, bien sûr, mais chez l’homme aussi en général. Et je m’aperçois qu’il y a un sujet énorme qui nous ouvre les bras. Et bien, on va se laisser en prendre.

Interviewer : On se donne rendez-vous dans 3 ans.

Hugo Jacomet : Allez !

Merci à Hugo, de l’excellent blog Parisian Gentleman.

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A propos Geoffrey Bruyere

Je pilote BonneGueule avec Benoît, on fonctionne en binôme. Mais c’est moi qui trouve les surnoms bêtes à l’équipe. J’aime la mode masculine, la boxe, l’art déco, et les filles avec de l’humour. C’est moins vrai pour le lundi matin et le curling.

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  • BenoitBG

    Eh bien je n’aurai pas mieux dit ! C’est ce que j’explique à droite et à gauche : nos lecteurs sont les premiers à dire que tout travail mérite salaire. C’est vraiment ce qui nous a encouragé à nous lancer.

  • Dr.Bro

    Je ne connaissais pas ton site, il est vraiment « léché » ! Je vais le parcourir avec intérêt.
    Quant au débat qui vous anime. Je ne vois pas pourquoi BG ne monétiserait pas son travail, car même si c’est une passion, cela prend beaucoup de temps et il faudra être fou (ou déjà rentier) pour offrir son temps gratuitement comme ça. J’imagine qu’ils ont peut être une famille à nourrir (ou bientôt) et le choix qui s’offre à eux c’est : soit arrêter le site à ce niveau de développement (voir le fermer) pour travailler à plein temps ailleurs, soit gagner leur vie en faisant tourner ce site. Franchement j’hésiterais pas si ils prennent du plaisir à faire ce qu’ils font, c’est rare de nos jours.
    Alors certes cela créé des jalousies, « quoi ils gagnent bien leur vie sans être dans la finance ou le médical ET EN PLUS ils se tapent des barres toute la journée ! ». Le monde chrétien dans lequel on vit déteste ça, pas de souffrance, voir même du plaisir…Arrrgh.

  • oui, Hugo est top et connaît extrêmement bien son sujet !

    pour les savoir-faire qui se perdent, je pense qu’ils reviennent petit à petit : les habitudes d’achat changent chez les gens, et les pays à bas coûts sont de plus en plus chers alors les productions ont tendance à revenir en Europe

  • DrBro

    Woua, j’ai dévoré cette interview. Je ne connaissais pas cet homme et son blog mais je vais devenir un adepte je sens. Il redonne vraiment une énergie, un sens au style masculin. Ce qui en ressort c’est que l’on va connaitre enfin un renouveau du style masculin, que cela va se redemocratisé. Malheureusement, ce sera peut etre trop tard pour les savoirs faire qui vont se perdre en France et en Europe en général.

  • 😉

  • BenoitBG

    Laurent, honnêtement, vu la difficulté à bien passer en vidéo, je trouve ta remarque exagérée. C’est très facile de critiquer quelqu’un qui parle devant une caméra, mais je t’assure que c’est très difficile d’être satisfaisant en vidéo. Je t’encourage d’ailleurs à te filmer devant ta webcam en train de parler de quelque chose dont tu es passionné, tu risques d’avoir de sacrées surprises, et pas des bonnes. Hugo est quelqu’un de très chaleureux et je trouve que ça transparaît totalement dans la vidéo.

    Et cela n’enlève rien à la qualité du contenu !

    A bientôt,

    Benoit

  • LM

    Ce qu’il dit est assez intéressant mais je pense que sa gestuelle d’épicier et ses grimaces autant que son langage confirment bien que l’élégance ne se réduit pas une question vestimentaire.

  • Salut Benoit,

    Merci de ta réponse.

    Les avis divergent encore ! Je vais rebondir sur un premier truc : la qualité du contenu.

    Comme je t’en parlais dans mon mail, la qualité du contenu est relatif. Un blog qu’on considère nous comme étant poubelle peut être considéré comme étant de qualité… C’est aussi faisable dans l’autre sens, un blog qu’on considère comme étant de bonne facture est considéré par d’autres comme étant médiocres.

    Concernant le blogging pourri par le fric, je ne te rejoins pas là dessus. La quantité d’informations a évoluée avec tous les inconvénients qui s’en suivent… Puis aujourd’hui, on ne peut plus vraiment considérer cela comme du blogging, on devrait plutôt parler de business parce que les blogs sont gérés comme des business. On a souvent une approche qui est beaucoup moins authentique, on ne monte plus un blog par passion ou autre, on monte un blog pour faire rentrer de l’argent et tous les moyens sont bons pour y arriver.

    Concernant les tests, je parlais des autres blogs qui attendaient que BG le fasse pour re-tester le même produit à leurs tours.

    Je ne parlais pas spécialement de Roland. Pour être honnête avec toi, j’ai très peu utilisé son contenu car je l’ai découvert assez tard et il ne réinvente pas la roue par ailleurs… Mais on connait le système derrière, ça reste du système pyramidal et on sait très bien par qui Roland a été formé.

    Puis c’est toujours la même came qu’on entend à longueur de temps, alors que le domaine est très large et ce serait très simple d’amener une « patte ». En plus de cela, la majorité du temps, ils avouent qu’ils ont chopé tout ça sur des blogs ou formations US.

    Mais dans leurs cas, ont est plus dans un problème de marketing ultra agressif plus qu’autre chose. C’est comme si tu sortais aux acheteurs du BG Book, qu’ils vont choper 40 nanas grâce à leurs sapes, en lisant seulement ce guide ! Mais ça c’est autre sujet, je te rejoins pas du tout là dessus par contre…

    Je te tiens au courant pour Paris.

    À bientôt !

  • BenoitBG

    Hello Alexandre !

    Ca c’est du commentaire !

    Il y a beaucoup de choses à dire me concernant, car je ne partage pas tout le temps ton point de vue…

    – quand tu te demandes si c’est un vrai regain d’intérêt ou une tendance, tu imagines mon point de vue, donc je ne vais pas m’étendre 😉

    – à mon avis, la crise n’a rien à voir sur le prêt-à-porter masculin. Il faut bien voir de quand tu parles quand tu dis « avant » : avant ou après l’émergence du prêt-à-porter ? avant ou après l’émergence de la fast fashion ? N’oublie pas que l’offre a complètement été bouleversée au cours de ces 20 dernières années… Et avant, ce n’était pas forcément aussi bien qu’on le pense. Julien Scavini que tu connais forcément m’avait confié qu’il avait disséqué pas mal de vestes d’hommes d’époques différentes, et si c’était du made in France, le montage était loin d’être exemplaire et plus globalement, qualitatif.

    Contrairement à ce que tu sembles penser, les marques n’ont jamais eu autant de fric qu’aujourd’hui, avec des bénéfices record ces dernières années (rappel important : le luxe n’a quasiment pas souffert de la crise, ou alors vraiment peu). Mais les belles fabrications existent toujours, elles ont simplement été déplacées.

    Quant au Made in France, je suis vraiment en train de revenir dessus, car tout n’est pas si rose qu’on veut nous le faire croise, mais ça je t’en parlerai quand on se verra, j’ai entendu de sacrées histoires, et l’envie de faire un article où j’expose mon point de vue me titille pas mal…

    Et je suis très convaincu que le luxe accessible existe plus que jamais aujourd’hui, en tout cas bien plus qu’avant. Par exemple, tu peux avoir chez Husbands une chemise dans la pure tradition italienne pour moins de 200 €, avec un montage main.

    De même, je me réjouis que l’offre devienne de plus en plus qualitative, et que les bonnes fringues existent. Ensuite, mettons nous d’accord sur qu’on entend sur ce que tu appelles « de la bonne came ». Est-ce qu’un costume bien coupé, avec un thermocollé quali (oui, ça existe), une jolie matière, à un prix décent, est « de la bonne came » pour toi ?

    Au fond, c’est juste un problème de définitions et de mots qu’on met derrière.

    Mais tu mets le doigt sur une vision intéressante de la qualité, très lié au produit, un peu comme nous. Mais pour ma part, je n’ai aucune paire de chaussures en goodyear, et ma plus vieille paire, qui tient toujours et qui n’a pas pris une ride est âgée de 5 ans alors que c’est un simple collé ! Même si le montage n’est pas aussi prestigieux que du goodyear, même si je ne peux pas cocher la petite croix « présence du trépointe et d’un fil poissé » sur mes critères de qualité, pour moi c’est une paire de qualité. Je pense -et c’est très personnel- qu’il faut parfois prendre un peu de recul et revenir à des questions simples : est-ce que ça va durer ? est-ce que c’est beau ? est-ce que c’est dans des belles matières ? Est-ce que je ne me fais pas entuber au regard du prix ? Là sont les questions qui définissent pour moi c’est qu’est la qualité, indépendamment du montage ou de détails très techniques (néanmoins nécessaires afin d’avoir des repères fiables et solides dans son choix).

    – pour le débat blog vs business vs magazine, pour être honnête avec toi, c’est un débat qui ne me parle pas et qui me passe à des kilomètres, car honnêtement, savoir si BG est un magazine ou un blog m’importe peu. Moi, ce que je fais, c’est faire le meilleur contenu possible avec mes moyens et ma passion, que ça soit un blog, un magazine, un livre ou un programme vidéo. Ma mission est là. Mais dans les faits, je pense que BG se rapproche plus d’un blog (on a pas vraiment de rubriques, on a un flux d’article facilement identifiable, et surtout, on utilise énormément les commentaires). Enfin, de mémoire, je n’ai jamais présenté BG comme un magazine, mais plutôt comme un blog. Mais comme je l’ai dit, pour moi seul le contenu compte. Le débat si c’est un blog ou un magazine et ce que ça implique, je ne me sens pas légitime d’y participer, même si je serai encore une fois ravi d’en parler de visu avec toi.

    Quant aux sites poubelles, idem, je m’en fous un peu, car les hommes deviennent de plus en plus exigeants sur le contenu, et ne sont pas dupes. Un site poubelle, ils n’y vont pas dessus, il n’a pas de trafic, et ça ne rapporte rien. C’est aussi simple que ça. Ils ne prennent pas la peine qu’on y accorde de l’attention. Pour moi, ils sont quasi inexistants et ont une durée de vie très limitée. Concentrons le débat sur autre chose.

    De mon opinion, vu ce que rapporte le blogging, surtout dans la mode, et surtout au vu du travail que ça demande, je ne pense pas que le blogging est pourri par le fric. On a jamais assisté à autant de contenu de qualité. Mais là aussi, ce sont des points sur lesquels j’aimerai beaucoup discuter avec toi.

    De même, l’affiliation n’est pas has-been, en France, ça reste l’une des techniques de monétisation les plus utilisées, même si on s’oriente vers d’autres choses (placements produits mieux faits, shootings facturés, etc)

    Le point où je suis fermement en désaccord avec toi, c’est quand tu dis monétisation = perte de l’authenticité. C’est une vision très franco-française, à mon humble avis, de penser que dès qu’on injecte un peu de business, tout se déshumanise et se corrompt. Je ne suis pas d’accord du tout, mais là aussi, on en parlera autour d’un verre !

    J’oubliais, la niche de blogging mode n’est pas facile à monétiser, en France, il y a des niches bien plus lucratives… le mec qui croit que bloguer sur la mode = argent facile, il va tomber de trèèèès haut.

    Concernant BG et l’affiliation du guide BonneGueule, comme tu l’as lu dans l’article, je considère que c’est une manière saine, parce qu’au moindre mécontentement, l’acheteur se fait rembourser instantanément, et ça change tout. Problème de ce système : il y a de l’abus ! J’ai déjà remboursé des mecs qui m’avait fait une demande de remboursement dans les deux minutes après l’achat. Mais Dieu merci on reçoit plein de mails de remerciements !

    Quand tu dis que BG est géré comme un business indépendant et non un blog indépendant, je comprends pas trop où tu veux en venir, tu m’expliqueras quand on se verra.

    Bon ensuite, tu sembles imaginer que BonneGueule a utilisé des magazines pour son développement et plus largement, l’augmentation de son trafic (« vous allez faire l’impasse sur vos valeurs et acceptez. Ne viens pas me dire le contraire Geoffrey, je respecte votre taff mais bonnegueule n’a pas évolué du jour au lendemain avec l’aide du saint esprit. ») Eh bien, ce n’est pas vrai, l’acquisition de trafic ne peut pas se faire à travers des passages presse, c’est d’ailleurs un faux ami. Non, si tu veux augmenter ton audience, il existe des moyens beaucoup plus efficaces et utiles pour tout le monde (indice : faire de la qualité). Mais un passage dans un magazine ne te rapporte rien en terme de retombées, ne tombe surtout pas dans ce piège avec Express Look.

    Quand tu dis « Aujourd’hui, vous pouvez vous le permettre car bonnegueule tourne et est rentable mais il y a quelques années ce n’était pas le cas et vous auriez sûrement accepté ce genre de partenariats pour faire évoluer le blog », là aussi je ne comprends pas très bien où tu veux en venir. On ne l’a fait pas à l’époque (accepter des partenariats à la con pour faire évoluer le blog), et on ne le fait pas à aujourd’hui.

    C’est vrai que le rapport de force s’inverse peu à peu, et qu’à une certaine époque, les marques ne nous connaissaient pas. Mais je n’y vois pas là un désir de revanche, c’est simplement que, comme un corps humain, BonneGueule a grandi et est maintenant plus visible et crédible. Je vois pas ce que je peux rajouter là-dessus.

    Quand tu demandes si on a des vraies valeurs fortes, le plus simple, c’est que tu viennes dans nos locaux t’en apercevoir par toi-même 😉
    Mais tu sais, je ne sauve pas des vies, tout ce que je fais, c’est aider les hommes à se sentir le mieux possible dans leurs vêtements, et c’est tout.

    Mais je suis d’accord avec toi, c’est une réflexion trop étroite pour le format de commentaires, je serai ravi d’en discuter avec toi en vrai, au téléphone, par skype (tu pourras enregistrer l’interview si tu veux 😉

    Bon, et pour les tests de marque, je trouve assez dur, parce qu’on teste pleins de petites marques dernièrement (three animals, hédus, hast, someone shoes, etc). Un test prend beaucoup de temps, mais on continue encore et encore à tester des petits créateurs. A toi aussi de nous aider en publiant des tests sur ton blog. C’est dommage d’ailleurs que tu n’en aies pas publié pour le moment, je suis sûr que tu pourrais faire des trucs super !

    Enfin, pour ta réflexion sur Olivier Roland, y a beaucoup de confusion sur ce que tu penses, et d’ailleurs, je te trouve étonnamment dur, car Olivier Roland a mis à disposition une tonne de ressources gratuites excellentes qui t’ont d’ailleurs sûrement bien aidé. C’est l’un des très rares français à avoir été autant généreux dans son contenu gratuit. Faut également arrêter avec ce vieux fantasme du système pyramidal ou du schéma de Ponzi, ce n’est pas vrai. Il n’y en pas, les choses sont beaucoup plus simples que cela. Contrairement à ce que tu affirmes, Olivier Roland avait un blog (des livres pour changer de vie) avant de lancer blogueur-pro.com. Idem pour Jean Rivière qui était dans la niche photo. Mais ça aussi, c’est un autre débat, trop étroit pour ce format en commentaire, on en parlera en vrai, ou comme je te le propose, par skype ou téléphone !

    Voilà aussi pour mon long commentaire !

    Surtout, pense à me dire quand tu passes sur Paris 😉

    PS : la dernière collection de MG est excellente, je te la montrerai en boutique quand tu viendras à Paris, tu vas voir.

  • nik0

    C’est Killing Switch de Last Lynx 🙂

  • Jérémy

    Putain de bonne interview! J’ai du matté la vidéo sur youtube, j’arrive pas à la lire sur votre site. Je me suis dit : « Merde, je ne porte pas de costume; je ne suis ni élégant, ni raffiné, bref pas un gentleman… »

    Mais vu que qu’Hugo ne porte pas que des costumes, je suis sauvé… 😉

  • Caenorst

    c’est une excellente interview, Hugo arrive à nous transmettre sa passion à merveille !

  • Caenorst

    Avec la notoriété qu’à son blog à mon avis il a déjà eu des propositions, pourtant je ne vois que très très rarement faire des éloges des grandes maisons (qui ont les moyens de donner ces petits billets).

    Aucun homme de passion ne cracherait sur sa passion…

  • merci Bettina !
    on aimerait bien faire la même chose pour ces dames, hélas le temps nous manque et on a d’autres projets 🙂

    Bonne soirée,
    Geoffrey

  • Vincent

    Excellente vidéo ! Cet homme est un passionné tout autant que votre équipe ! Belle Rencontre!

  • Bettina Aykroyd

    Merci pour cette passionnante vidéo qui fut un bonheur à découvrir et voir.
    Ravie d’entendre Hugo qui est passionné et de voir que pour lui l’éducation est un point important. C’est un de mes crédos sur un autre domaine, le parfum et le monde des odeurs. Totalement conquise, et contente de lire, d’écouter des blogs comme le vôtre et le sien avec de vrai contenu et où on apprend plein de choses même si ce n’est pas forcément sa passion première. A quand un Bonne gueule pour les femmes….

  • les goûts et les couleurs…

  • merci

  • merci x2 🙂

  • Sèng

    Je me suis dit au début que je ne vais pas tout regarder au vu de la longueur de la vidéo, mais au final je suis resté scotché jusqu’à la fin quand j’ai senti toute la passion que dégage Hugo quand il répond aux questions posées, il a gagné un nouveau lecteur pour Parisian Gentleman.

    P.S : Et merci pour la superbe musique au passage qui rejoins ma playlist. 😉

  • Dece

    Je lis PG depuis environ un mois grâce à vous mais je ne connaissais pas bien le personnage qu’est Mr Jacomet. Il impose méchamment le respect… BG+PG for the win!

  • Super article ! On sent vraiment la passion dans son discours, je pense même qu’on peut parler d’art de vivre ici. Qui plus est il parle vraiment très clairement, avec une bonne gestuelle, et il arrive parfaitement à faire comprendre sa pensée à l’auditeur.

    Cette interview me permet en plus de découvrir cet excellent site web qui a l’air vraiment très intéressant et plutôt pointu avec des articles de qualité à la manière de BonneGueule, bref que du bon, continuez comme ça !

    P.S : Pourriez-vous m’indiquer le nom de la musique dans les transitions SVP ?

  • Simon Fitrzyk

    J’ai trouvé les transitions trop longues, et la musique y était, selon moi, trop forte.
    (Simple feedback subjectif d’un lecteur, qui n’a pour but que de pointer ce qui pourrait être amélioré – encore une fois, selon ce lecteur.)
    Je ne joue pas le rabat-joie qui ne voit que ce qui ne lui a pas plu. Simplement, je n’ai rien d’autre à redire.

    Merci pour cette interview aussi passionnante que la personne qui en était le sujet !

  • L’Oncle Yass’

    Franchement c’est une leçon de body language qu’il vient de nous donner.
    Excellente interview !

  • Adrien Asse

    Merci merci merci.

  • Luc

    Votre blog aussi monte en gamme au fil des mois et des rencontres intéressantes comme celle-ci ! 😉
    Merci de partager ! =)

    Et il a raison, il y a vraiment un marché pour l’artisanat d’art en France (et pas que pour les tailleurs), il faut pas que ça disparaisse !

  • JulienB

    Vraiment très intéressante cette interview. Cet homme est vraiment passionné et j’aime beaucoup son discours. Ca doit être captivant de discuter avec lui !
    Je m’en vais lire son blog avec plus d’entrain !

  • Sehhgl

    Extrêmement intéressant. Merci BonneGueule et ParisianGentleman que je découvre

  • Guest

    Super interview et merci pour la découverte de Parisian Gentleman !
    Pour les quelques bruits de fons à certains moments, essayez d’utiliser un micro à condensateur !

  • Philippe S

    Magnifique! Cet interview est particulièrment intéressante et éclaire tout un pan de la mode masculine que vous traitez moins sur BG. PG et BG me semblent extrêmement complémentaires. Quelle classe Mr Jacomet, et étonnement, quelle humilité !

  • baron d XL

    merci

  • baron d XL

    pour le roi de l élégance même si ce qu il dit est tres interressant, la tenue ne va pas donner l envie a bcp d homme de s habiller ( meme si sa veste est de chez ciffonelli ou autre la « tenue » aurait pu etre plus parlante)

  • Très beau boulot les gars, excellente interview !

    Je partage beaucoup de ses avis et sa démarche sur le long terme est intéressante.

    Je le trouve tout de même hyper optimiste… Notamment sur les 30ans à venir. Ce retour aux fondamentaux et à la qualité surtout, est régie par énormément de facteurs, je ne pense pas qu’on puisse considérer que ça c’est fait naturellement…

    La grande question là dedans, c’est celle-ci : ce regain d’intérêt est une tendance ou bien une réelle prise de conscience ?

    La crise est pour beaucoup dans cette histoire, à l’époque les mecs en avaient rien à foutre du prix. On avait suffisamment de cash pour pouvoir se faire plaisir et s’habiller à la mode en renouvelant continuellement sa garde robe (ce qui sous entend aussi, perdre de l’argent).

    Puis globalement à l’époque, la majorité des sapes étaient assez qualitatives, on avait pas de question à se poser quant à la qualité de ces derniers. Les marques avaient suffisamment de fric pour se payer de belles fabrications (ce qui est un luxe aujourd’hui).

    Aujourd’hui c’est plus vraiment le cas… Le luxe, n’a plus rien de luxueux, la majorité ne fabrique plus rien en France, la qualité à baissé un maximum mais le prix à augmenter avec ce regain d’intérêt des mecs… C’est assez paradoxale d’ailleurs, quand on a pas de fric ça augmente, alors qu’à l’époque quand le pognon était là, les prix étaient « acceptables ». C’est sûrement une façon de rendre ses lettres de noblesses au luxe (enfin, c’est une illusion), en le rendant parfaitement inaccessible malgré une qualité de confection qui ne justifie en aucun cas des tarifs exorbitants. Un luxe accessible, c’est n’est plus du luxe !

    Aujourd’hui pour trouver de la bonne came, ça devient très compliqué. Puis, il faut aussi ajouter que la majorité des vêtements « nazes », ont quand même de la gueule sur cintre, ça devient très complexe de repérer un vêtement de mauvaise qualité à l’oeil nu.

    Pour pouvoir juger réellement de la qualité d’un vêtement, il faudrait souvent pouvoir le démonter complètement pour regarder à l’intérieur. Par exemple, dans le cas d’un soulier, c’est extrêmement compliqué de juger de sa qualité sans le démonter.

    Ce qu’on voit à l’extérieur, c’est simplement le cuir, les coutures… Mais c’est tout, alors que l’intérieur et la noblesse des matériaux est très important à prendre en compte pour juger du qualité/prix. Une peau de qualité et une apparence extérieure de bonne facture, ne peuvent justifié à eux seuls un prix exorbitant.

    Ensuite sur le sujet presse et blogs… C’est une autre histoire ça ! Le vrai problème aujourd’hui concernant les blogs, c’est que le blogging n’existe plus ! À la base le blog était un support personnel, un peu comme facebook aujourd’hui finalement… Forcément tous les blogs n’étaient pas très intéressants, les skyblogs pour raconter sa vie qui n’intéresse personne, ce n’était pas vraiment au point… Mais certaines personnes passionnées par un sujet, ouvraient des blogs pour traiter en profondeur de ces sujets passionnants.

    Ce qui faisait la différence à l’époque, c’est que les blogueurs étaient indépendants. Il n’y avait pas de question de monétisation, t’ouvrais pas un blog pour te faire du fric, ça existait pas ça avant… Maintenant on ouvre des blogs pour monétiser ensuite.

    Le gros problème, c’est qu’on peut reprocher aux blogs de devenir des magazines. On sait tous quel est le business model des magazines (pub). Je crois d’ailleurs qu’Hugo considère PG comme étant un magazine. Il n’y a pas de honte à considérer son blog (même quand il a du succès) comme un simple blog. Un magazine n’est pas plus intéressant qu’un blog, considérer son blog comme étant un magazine, c’est une connerie et une insulte au blogging.

    Aujourd’hui on a un tas de blogs de mode tous les jours qui ouvrent et sont des sites poubelles. Tout ce qu’ils font c’est recracher les communiqués de presse, refourguer la moindre photos de défilés. J’en parlais d’ailleurs dans les articles de Romain sur modissimo, qui est l’un des rares à tenter de creuser un peu plus loin et d’analyser les défilés. Créer des sites poubelles comme ça, c’est pas du blogging, c’est de la merde en boite.

    Je pense surtout que le blogging est pourri par le fric aujourd’hui. Le blog n’est pas mort et il continuera à vivre pendant bien des années. Un blog à la base est personnel et indépendant. Aujourd’hui c’est plus du tout le cas, on crée une image de marque, tout tourne autour de celle-ci et on fini par monétiser ensuite. On monte plus des blogs, on monte des business qui utilisent le blog comme support.

    Le coté indépendant du blog, on le retrouve petit à petit (avec des blogs comme le vôtre) mais on peut toujours douté de l’honnêteté de la personne qui te sort que le blog est indépendant alors qu’en réalité non… L’affiliation c’est has-been, les mecs qui l’utilisent sont totalement dépassés ! CUC le fait car il a un volume de visiteur pour en vivre, c’est d’ailleurs l’un des rares blogs que je ne visite jamais… Malgré la pérennité de CUC, je pense qu’il est voué à mourir car il n’a plus rien d’un blog derrière… Tout est monétisé, il n’y a plus aucune authenticité.

    Ce qui est dommage aujourd’hui, c’est que beaucoup de mecs créent des blogs avec la simple motivation de gagner du fric en faisant le moins de taff possible. Le mec va t’écrire des articles corrects pendant un temps, histoire de créer une certaine audience et dès que la base est en place, dégage tout, on se casse plus le cul et on se transforme en site poubelle, du communiqués de presse à peine retravaillés, en veux-tu ? En voilà mon cher (comme dirait Hugo !) !

    Je sais que bonnegueule considère qu’il y a des places à prendre sur cette thématique (blogging mode masculine). Oui, il y a des places à prendre car c’est l’une des thématiques sur laquelle, il est le plus simple de se faire du fric avec de la pub et des articles sponsos ou autre… Les marques de mode ont parfaitement compris qu’annoncer sur les blogs est plus rentable que dans les magazines. Attention tout de même, il n’y a pas de place pour les blogs poubelles !

    Puis aujourd’hui, beaucoup de blogs monétisent de manière sournoise. Les articles sponsos qui ne sont pas affichés clairement comme étant sponsorisés, les contrats derrière pour parler souvent de la marque sur le blog… Les mecs se font passer pour indépendants mais passent leurs temps à baiser la gueule de leurs lectorat en magouillant avec les marques/annonceurs.

    Bonnegueule est très border line à ce sujet, l’article sur l’affiliation, est légèrement hypocrite car on crache sur l’affiliation mais vous l’utilisez quand même dans le sens contraire. Puis BG n’est pas géré comme un blog indépendant, c’est géré comme un business qui se veut indépendant.

    Là où c’est plus gênant c’est quand on parle d’authenticité… Je pense qu’à partir du moment où il y a monétisation, c’est extrêmement compliqué de rester authentique. On fait beaucoup de concessions (pour des partenariats principalement) qui ne sont pas forcément en faveur du lecteur mais en faveur du business, à partir de là, on peut plus parler d’authenticité… L’authenticité passe par des valeurs fortes et réaliser des partenariats qui respectent ces valeurs de base, c’est quasiment impossible car on va privilégier l’apport possible du partenariat au détriment du respect de ses valeurs. Imaginons que le magazine qui est à l’opposé exacte de vos valeurs vous propose un partenariat, le machin a une audience énorme, pour le business c’est magnifique. Vous allez faire l’impasse sur vos valeurs et acceptez. Ne viens pas me dire le contraire Geoffrey, je respecte votre taff mais bonnegueule n’a pas évolué du jour au lendemain avec l’aide du saint esprit. Tu vas me dire que je raconte n’importe quoi car vous refusez pas mal de collabs aujourd’hui avec des marques qui pourraient avoir un bel impact sur votre business. Aujourd’hui, vous pouvez vous le permettre car bonnegueule tourne et est rentable mais il y a quelques années ce n’était pas le cas et vous auriez sûrement accepté ce genre de partenariats pour faire évoluer le blog. Maintenant, l’audience est bien en place et c’est vous qui faites un cadeau aux marques (à l’époque, ça aurait été le contraire) donc je comprends tout à fait que vous virez certaines marques qui débarquent en touristes dans les commentaires mais n’ont strictement rien à faire de la philosophie de bonnegueule alors qu’à l’époque, ils vous calculaient même pas…

    Au final, la vraie question là dedans, c’est celle-ci : est-ce que bonnegueule a vraiment de vraies valeurs fortes ? Quand je regarde le manifeste, les valeurs restent assez light et permettent une bonne marge de manoeuvre sans se trahir… C’est un autre débat ça, qui n’a sûrement pas sa place dans les commentaires.

    Pour en venir aux vêtements maintenant… Je partage pas tous les avis d’Hugo, l’histoire du semi entoilé, personnellement je considère ça comme de la bullshit. Alors oui, si à 400-500€, t’as la possibilité de choper du semi entoilé, c’est intéressant car c’est le prix d’un thermocollé tout pourri. Mais à plus de 1000€ (ce qui arrive très souvent), c’est totalement inintéressant, le semi-entoilé reste aussi thermocollé, l’argument de longévité n’est pas valable. Si on veut investir dans du vrai costume, il faut de l’entoilé complet, ça coûte souvent 1000-1500€, c’est cher mais c’est un investissement rentable sur le long terme.

    Après concernant PG, l’histoire du « on est indépendant », je doute… PG n’est pas indépendant, Hugo le dit très bien, il monétise avec son guide. Donc forcément, il n’a plus la liberté de s’exprimer réellement librement (ou de laisser s’exprimer ses lecteurs). Il m’est arrivé d’être censuré sur PG car je n’étais pas d’accord avec certaines choses (tout en restant très courtois de mon coté). Donc l’histoire, PG est indépendant = bullshit. Si l’audience ne peut plus émettre son opinion sous prétexte que la marque est dispo dans le guide (il y a sûrement une histoire de contrat derrière), il n’y a aucune indépendance. Pour donner un exemple concret, Hugo est très fan de Carlos Santos, l’entrée de gamme de Carlos Santos, c’est de la merde en boite, ça vaut rien. J’avais donc partagé mon avis là dessus dans l’un de ces articles, le truc a jamais été publié… Ca ne m’étonnerait pas d’ailleurs que Santos fasse son entrée dans le guide PG bientôt. Je tente même plus de commenter chez lui, c’est inutile et la censure est arbitraire. Alors qu’un blog est à la base aussi un espace d’échange, sinon autant virer les commentaires…

    Ensuite concernant la ligne éditoriale de PG, ça se veut très élitiste et subjectif. Hugo a une vision de l’élégance assez spéciale… Je ne peux pas concevoir qu’un homme revendiquant son bon goût et son élégance porte une paire de corthay !

    Surtout que PG fait souvent la distinction entre élégance, style, mode… Il faudrait peut-être revoir ces définitions, la vision d’Hugo se rapproche plus d’une élégance-fashion que d’une vraie élégance. À mon sens, l’homme se revendiquant des codes classiques de l’élégance ne peut pas faire l’éloge des souliers patinés. Certaines « créations » de chez Corthay ressemblent plus à une putain mal maquillée plutôt qu’à une paire de souliers élégante ! Donc jouer sur le registre « la mode c’est pas bien » « l’élégance c’est la vie », je veux bien… Mais soyez au moins cohérent dans vos propos Hugo, surtout quand vous dîtes que l’élégance se doit d’être discrète… Parler de style est beaucoup moins risqué, le style c’est large, consistant surtout à contourner les codes classiques. Ca permet de se dédouaner et d’éviter de galvauder des définitions douteuses de l’élégance. Vous n’aimez pas qu’on galvaude le terme de dandy à tout va sans chercher à comprendre ce qu’était réellement le dandysme. Je pense qu’on doit le même respect à la définition de l’élégance…

    PG fait un bon travail éducatif mais se considère aussi comme étant un défenseur du bon goût. Considérer que le bon goût existe est une bêtise. Le bon goût universel n’existe pas et serait terriblement chiant si c’était le cas. Il n’y a pas un goût, il y a des goûts, remettre en question cette affirmation consisterait à renier l’existence du style.

    Voilà pourquoi je considère PG comme étant un blog très subjectif avec une vision assez binaire… Hugo éduque ses lecteurs mais il n’éduque pas ses lecteurs à l’élégance ni au style, il les éduque à sa vision de l’élégance et de son bon goût. Ce qui au final consiste à créer des pâles copies de lui même, cela ne les aide pas à tendre vers plus de style. Alors que je pense que c’est ce que recherche la majorité de ces lecteurs, sur le long terme ils souhaitent certainement développer un style personnel et son travail d’éducation ne va pas dans ce sens, il les enferme en prônant une vision unique du bon goût.

    Tout le monde ira se faire tailler un costume chez Cifonelli, sous prétexte qu’Hugo le fait, tout le monde ira choper sa paire de Corthay sous prétexte qu’Hugo le fait et ainsi de suite… C’est un peu comme ici, sauf qu’on remplace Cifonelli par Melinda Gloss et Corthay par NS.

    Le rendu final, il donne quoi ? Des mecs clonés, habillés tous de la même façon, sans refléter aucune personnalité.

    (c’est le genre de commentaires impossibles à poster sur PG, même si l’échange reste tout à fait correct…)

    C’est d’ailleurs ce que je reproche aux petits blogs, BG réalise pas mal de tests, de cette façon, beaucoup de lecteurs on pu découvrir des marques peu connues mais très intéressantes. Mais vous êtes loin de couvrir toutes les petites marques intéressantes qui font de la bonne came et là les autres blogs font pas le taff… On préfère se reposer sur BG en attendant que vous en parliez pour qu’à notre tour on fasse les vieux moutons et on décide de venir ramasser les miettes derrière en mettant en avant les mêmes marques.

    C’est ridicule et ça n’a aucun intérêt ! Des mini BG, il y en a un paquet et ça apporte pas grand chose… Je mets en cause les autres blogs, mais je le fais pas non plus de mon coté (pour l’instant), de plus en plus de lecteurs me demandent des tests de produits, ce sera l’occasion pour moi de mettre autre chose en avant que Melinda Gloss ou NS. Puis MG ça a bien changé depuis le début, ils ne pratiquent pas les même prix aujourd’hui et les collections sont (à mon sens) de plus en plus nazes. En plus de ça, ça va pas à beaucoup de monde étant donné qu’ils réalisent les vêtements avant tout pour eux, autrement dit, si t’as pas la même morpho, si t’es trop petit ou autre, c’est niqué !

    Maintenant, pour en revenir au propos du blogging : les histoires de, on est indépendants et blabla, c’est très souvent du bullshit. À partir du moment où il y a partenariat contractuel avec les marques on peut plus parler d’indépendance.

    On en revient aux problèmes de base, le vrai blogging se fait rare aujourd’hui, il en existe encore quelques uns qui ne monétisent rien du tout. Ils écrivent simplement pour le plaisir d’écrire et de partager avec leurs lectorats… D’ailleurs ce qui est assez intéressant, c’est que ces blogs tournent souvent autour d’une personnalité et pas autour d’une marque.

    Puis entre nous les gars, je sais que vous êtes potes avec l’un des gourous « blogueurs pros ». C’est pas avec des mecs comme ça que la blogosphère va évoluer, c’est justement à cause de ces mecs qu’un tas de types viennent ouvrir des blogs avec la seule motivation de faire de la thune. Ils donnent l’impression que tout le monde peut ouvrir un blog et faire du blé facilement tout en vivant sa fameuse semaine de 4h !

    Tout le monde ne peut pas ouvrir un blog ! Il faut déjà avoir quelque chose à dire, sinon ça sert à rien… Beaucoup n’ont rien à dire, à partir de là, inutile d’aller plus loin. Deuxièmement, être la pâle copie d’un mec qui existe déjà, c’est aussi inutile, ça apporte rien…

    Puis ce qu’on dit pas non plus, c’est que ces mecs là, ont souvent jamais créer de « vrais » blogs, ils ont fait du fric avec les blogs à partir du moment où ils ont décidés d’apprendre aux autres à faire du fric avec un blog (paradoxale non ?). Puis ceux qui ont rien à dire et qui n’ont pour seule motivation, que l’appât du gain et bien font la même chose que ces mecs là, apprendre aux autres à faire du fric avec un blog en faisant l’affiliation des formations de ces gourous… Au final, t’as un vieux système pyramidale et celui qui se fait des couilles en or, c’est le mec tout en haut.

    Mais ça, c’est encore une fois un autre sujet ! Fin du pavé, en espérant qu’il soit validé sans censure.

  • Hugo ne triche pas, et il est loin d’être à la masse. Prendre ce genre de chèque, ce serait pour lui un défaut moral en plus d’une perte de réputation.

  • BenoitBG

    Ca m’étonnerait TRES fortement…

  • gabriel irlande

    prem’s :p

    vraiment, super interview !
    Et quelle classe, Mr. Jacomet 😉

  • antoine1111

    Un homme passionant!

  • Quentin Sastre

    Interwiew vraiment intéressante! Je ne connaissais pas le blog Parisian Gentleman mais je m’y rends de ce pas 🙂

  • Gianni

    Parce que si Dior, St Laurent et autres marques mainstream venaient à donner un « petit » billet à ce monsieur, il ne les intégrerait pas à son « guide des maisons de qualité » ? J’en doute…

  • Abdelhamid Niati

    Une excellente interview dans laquelle je me reconnaît surtout au sujet de l’ homme passionné .

  • gabriel irlande

    prems :p

    très sympa comme interview !
    et quelle classe, M. Jacomet 😉