Une de nos dernières découvertes : le jeune label « éclectic ».
Ouverte depuis mai au 8 rue Charlot (Paris), la boutique éclectic propose des vestes et des manteaux confectionnés par un maître tailleur à Trévise. Une qualité irréprochable : pièces entoilées, boutons en métal faits dans une petite fonderie française, vraies boutonnières aux manches, première boutonnière frontale faite main, emmanchure assez haute. Du très haut de gamme à environ 600 euros la veste.
Très bien mais jusque-là, rien d’original et ça me ferait un peu flipper de porter des pièces si travaillées et si chères en soirée ou sous la pluie… alors qu’est-ce qui a retenu notre attention ?
C’est l’utilisation de tissus techniques de pointe dans ces pièces qui font qu’une veste sera à la fois déperlante (entièrement imperméabilisée), thermorégulatrice et vous offrira une liberté complète de mouvements. En plus d’être vraiment solide.
En apparence une simple veste (avec une coupe tout de même très soignée)
Dans les faits, un tissu déperlant.
…et une doublure technique, thermorégulatrice : la même que dans les maillots de sport.
En gros, c’est un peu le premier pas vers le costume du futur. On a tous déjà rêvé de porter ça mais en plus habillé :

éclectic, c’est aussi un ensemble de pièces extrêmement neutres avec des vestes qui peuvent se porter sans problèmes au travail et en soirée grâce à des proportions parfaitement ajustées aux deux contextes.
Une bonne compréhension de nos besoins d’aujourd’hui : porter une très belle veste au travail et pouvoir sortir le soir sans avoir besoin de se changer et sans avoir la psychose de la bière renversée dans le premier bar bondé venu.
Franck (le créateur), a pu nous recevoir pour présenter sa marque et sa vision de la mode, ou plutôt du vêtement en général.
Lisez bien, gros bouillon de culture sartoriale en perspective : vous pourrez me lapider en personne le jeudi 2 février (plus d’infos en fin d’article) si vous n’avez rien appris en lisant cette interview.

Lui c’est Bernard Pivot, pas Franck.
L’interview de Franck
Quel est ton parcours et comment t’est venue l’idée d’éclectic ?
Depuis la fin de mes études à Paris, j’ai travaillé dans la distribution et le développement de marques françaises à l’étranger, dont plusieurs années passées en Chine lorsqu’on commençait à voir le pays comme un eldorado. C’était le début des délocalisations en masse que je voyais davantage comme un modèle opportuniste et court-termiste.
Je me suis ensuite rendu au Japon, qui était pour moi un juste milieu entre tradition et innovation: même dans plusieurs décennies, chacun connaîtra encore parfaitement des rituels comme la cérémonie du thé. Seulement ils la feront faire par des robots. J’ai aussi été très marqué par l’éclectisme des looks japonais : ils mélangent à la perfection des pièces de créateur très pointues avec des pièces décontractées et casual.
De cette dualité est née chez moi la volonté de fonder un projet autour du savoir-faire européen traditionnel en l’adaptant aux besoins de l’homme d’aujourd’hui, avec l’utilisation de tissus techniques.

Parlons un peu d’éclectic, comment pourrais-tu définir ta marque ?
La marque s’articule autour de valeurs. D’abord l’authenticité qui se retrouve à travers une présentation concrète des caractéristiques des produits. Nous n’utilisons pas tout le jargon flou habituel comme « chic », « stylé » ou « urbain ».
Nous avons notre propre conception du « less is more » qui à défaut d’être vraiment minimaliste est essentialiste : rien n’existe sans raison dans ses produits comme dans son univers de marque. Il n’y a jamais de purement décoratif.
Le logo « é » est aussi essentialiste et rappelle le design et l’architecture.
Elle s’adresse à qui précisément ? As-tu des clients-types ?
Il n’y a pas de client-type : nos pièces sont neutres et minimalistes.
Le principe c’est que nos clients les portent et se les approprient en les modulant selon leur propre style : on ne veut pas qu’il y ait d’identification de la marque à un type de mannequin ou à moi-même.
Cette idée ressort à travers éclectic portraits : il s’agit de faire ressortir la personnalité de celui qui porte la pièce et de montrer en photo la manière dont il se l’approprie.

Tu proposes des vestes et manteaux de maître tailleur qui demandent quand même un certain budget, pour un public d’initiés ?
Les détails caractéristiques des maîtres tailleurs ne sont pas facilement discernables : c’est pour ça que la boutique a dans un premier temps attiré ceux qui ont déjà une culture sartoriale.
Je ne veux pourtant pas que la marque soit réservée aux initiés : ma démarche est didactique. J’ai par exemple installé dans ma boutique un pan de veste entoilé, afin de montrer en quoi consiste précisément le processus. J’ai aussi des échantillons des matières extérieures et des doublures, pour bien expliquer la composition et les propriétés.
Le col feutré, un des éléments représentatifs de cette qualité sartoriale.
C’est vrai qu’on a perdu cette culture des vêtements de tailleur, pourquoi ?
Au début du XXe siècle, un français moyen avait deux ou trois costumes faits par un tailleur et qui le suivaient plusieurs années. Maintenant, pour la même somme on en aura trois fois plus mais on aura énormément perdu sur la qualité des matières et sur le savoir-faire.
Depuis que l’offre vestimentaire est si abondante, on s’est habitué à cette dégradation et on ne sait plus reconnaître tous ces détails fondamentaux.
Ce phénomène s’est accru lors des années 60 où le stylisme a pris le pas sur le fonctionnel avec par exemple Paco Rabanne qui va jusqu’à imaginer des vêtements en tôle.

De nos jours, la plupart des grands créateurs s’inspire du passé et le réinterprète : il y a peu de création ex nihilo. Je préfère être créatif avec le savoir-faire et les matières, et non sur les coupes et les formes, qui ont déjà toutes été essayées. Certaines marques pointues sont en dehors de cette problématique du vêtement et se situent plus dans une démarche artistique.
L’innovation dans les techniques, l’ingénierie et la matière est un nouveau créneau reposant sur un processus artisanal qui ne peut être copié et qui peut amener une relocalisation de la production dans les pays occidentaux.
éclectic n’a donc pas vraiment de démarche stylistique ?
Si, mais elle ne se situe pas dans le vêtement en lui-même. La plupart de nos pièces sont très neutres, existent dans toutes les tailles et toutes les couleurs. Cela me permet d’habiller toutes les morphologies et d’être apprécié par toutes les nationalités.
La démarche stylistique pour moi, c’est plutôt de conseiller la bonne pièce et de montrer à mes clients comment la porter et l’adapter au mieux à leur personnalité. Je préfère ce stylisme individuel à un stylisme de marque.
C’est valable aussi dans la représentation de la marque. On vit dans une société très labellisée et les gens ont de moins en moins envie d’être des panneaux publicitaires ambulants, et en plus de payer plus cher pour ça.
Je suis plus favorable à une culture du « no logo » : c’est pour ça que la griffe sur les pièces éclectic est pratiquement vierge et poinçonnée sur une étiquette inversée, qui sert traditionnellement à montrer la matière.
Pourquoi on ne recommence que maintenant à s’intéresser à la culture sartoriale ?
C’est une question de génération : la génération X, née en gros avant 1980, a été très marquée par le sportswear, le streetwear.
La génération Y, élevée en jean et baskets, a voulu garder ce confort mais en cherchant à retrouver les codes de l’élégance traditionnelle et plus fonctionnelle des années 40/50.
Avec la crise, on cherche aussi de plus en plus à acheter moins mais mieux et donc à s’intéresser davantage au produit : les hommes se sont rendu compte que dans leur vestiaire ils avaient au final quelques pièces fétiches qu’ils portaient tout le temps. Certains vont même les racheter quasi à l’identique quelques années plus tard si elles sont trop usées.
La veste de smoking en laine technique, qui résisterait même à une corne de rhinocéros: symbolique de l’alliance entre élégance et confort.
Les hommes remarquent aussi quand ils essaient les vestes que des données dont ils ne tiennent pas vraiment compte, comme l’entoilage, changent radicalement la donne par rapport à la coupe et au tombé qui n’a rien à voir avec ce qu’ils peuvent trouver dans le prêt-à-porter classique. Ils sont par contre de plus en plus tactiles et se rendent rapidement compte de tout le travail effectué au niveau des matières.
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Merci à Frank pour ses réponses !
Et parce que des images valent plus que milles mots, on vous a concocté une petite vidéo de présentation avec Benoît et Geoffrey, où on vous présente chacun notre pièce préférée de la marque. Et regardez-bien le tombé et le fit des vêtements.
Apéro BonneGueule
On veut tous vous revoir pour célébrer le début d’année, et Franck a justement eu la gentillesse de nous proposer d’héberger cet apéro BonneGueule dans la boutique de l’éclectic où il nous offrira champagne (et du Deutz s’il vous plait) et petits fours. Si on troque notre pastis contre du champagne, c’est bien parce que c’est lui.

Vous pourrez aussi vous faire photographier dans le studio du photographe Nils Hermann. Si vous voulez faire une belle photo de vous, c’est le moment car Nils utilise une chambre de lumière : vous êtes flashé de tous les côtés et donc vraiment bien mis en valeur.
Vianney et moi-même avons testé une soirée éclectic hier soir, c’est du très très lourd et on vous garantit que Franck vous fera un accueil très chaleureux.
Plus de renseignements sur l’event Facebook ici
Adresse : éclectic, 8 rue Charlot, 75003 Paris
Métro Filles du Calvaire, Saint-Sébastien Froissard ou Rambuteau
et encore plus de BonneGueule, de Ricard gratuit et de pin-ups asiatiques sur notre page facebook, parce qu’il en faut peu, oui vraiment peu, pour être heureux :
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