Le récent désengagement de Martin Margiela fin 2009 nous amène cette semaine à nous intéresser de près à la marque presque éponyme Maison Martin Margiela, ouverte en 1988 et rachetée en 2003 par Diesel et connaissant depuis un essor considérable.
Impossible d’étudier MMM sans évoquer trois idées : le déconstructionnisme (ce mot existe bien en français, j’en suis le premier étonné), le quasi anonymat de Martin Margiela et enfin les différentes lignes de la griffe.
Avant d’expliquer ce qu’est le mouvement déconstructionniste, un peu d’histoire : cette tendance naît avec les créateurs japonais avant-gardistes Yohji Yamamoto et sa petite amie de l’époque, Rei Kawabuko (créatrice de la griffe « Comme des Garçons »).
Dès le début des années 80, Yamamoto se fait remarquer sur les podiums avec ses robes bouffantes et ses vestes asymétriques.
C’est le début d’une tendance qui inspire alors un groupe d’élève de la prestigieuse Académie des Beaux-Arts d’Anvers, qu’on appelera plus tard les « Six d’Anvers » dont Margiela ne fait pas parti mais auquel il est assimilé.Ce groupe se compose notamment de Dries Van Noten, Dirk Bikkembergs (maintenant tristement connu pour ses sneakers de kéké notoire) et Ann Demeulemeester.
En gros, le déconstructionnisme, c’est quoi ? C’est le rejet de la mode, du respect des proportions du corps humain et des critères de beauté standards. Démarche involontairement contradictoire puisqu’elle voit apparaître les premiers jeans râpés et autres ourlets effilochés, qui sont aujourd’hui devenus un standard.
On remarque sur ces images que le côté déconstructionniste est bien plus accentué sur les collections femmes, c’est normal car Martin Margiela est avant tout un créateur pour femme.
Ses collections masculines ont en effet été déléguées depuis plusieurs années à un collège de créateurs. Il en est d’ailleurs de même avec les collections femme depuis le départ de Martin Margiela.
C’est cette importance du collectif qui explique que la griffe s’appelle Maison Martin Margiela et non pas tout simplement Martin Margiela : celui-ci est en retrait par rapport au collectif Maison Martin Margiela qui, s’il reste fidèle à l’esprit Margiela, est autonome et n’est pas controlé par le créateur lui-même.
En effet, contrairement à de nombreux créateurs comme Lagerfeld ou JP Gaultier, Margiela reste dans l’ombre et s’est toujours refusé à accorder une interview ou se faire prendre une photo : ce choix fait de lui, malgré son influence énorme sur les codes de la mode, l’un des créateurs les plus anonymes et élusifs.
Un choix de vie effectué, non pas par pure névrose ou autre paranoia, mais pour mettre en avant le collectif, la « Maison » derrière les créations et évidemment ses créations en elle-même.
A partir de cet anonymat volontaire, on explique facilement la ligne de lunettes de soleil Incognito (paradoxalement, avec la tronche que ça donne, on passe difficilement incognito)
De même en ce qui concerne les mannequins qui, certaines années, ont défilé le visage masqué, pour permettre aux tenues de mieux s’exprimer (ou bien parce que parfois les mannequins en question sont des tueurs en série en cavale, ça dépend des cas).
Cette volonté de discrétion,d’anonymat se traduit également par une utilisation fréquente du blanc, aussi bien dans les défilés que dans les lieux de vente et dans la tenue de travail du personnel. Le caractère collégial de la maison s’exprime à travers un vrai uniforme pour tous les employés : la blouse blanche. « We have always used white as an expression of our house, team and work. White represents a force through fragility for us. »
Enfin, la griffe de la maison communique également cette discrétion : sur aucune pièce Margiela vous ne verrez inscrit Maison Martin Margiela. Ainsi, on juge le vêtement pour ce qu’il est et non pas le vêtement en tant que création d’un designer. « Originally we perferred to have people react to the garments rather than the label attached to them”
A la base, un simple rectangle de tissu blanc était cousu au vêtement, celui-ci porte à présent des numéros, allant de 1 à 23
Ces numéros désignent les différentes lignes de la Maison, et le numéro de la ligne auquel le vêtement appartient est entouré. On ne s’intéressera ici qu’aux lignes masculines.
D’abord la ligne 10, la ligne de prêt-à-porter masculine qui propose un dressing composé de basiques complémentaires et faciles à porter
Ensuite la ligne 14, qui se veut être la garde robe intemporelle masculine. Contrairement aux autres lignes déconstructionnistes, l’attention est portée ici non pas sur le design du vetement mais sa qualité à travers une grande rigueure au niveau du choix des matières, de la qualité des finitions et des détails. Cette ligne introduit aussi le concept de Replica : chaque saison, huit vêtements vintage sont repris et répliqués de de manière aussi fidèle que possible, tout en ayant la qualité MMM.
Chaque réplique a une étiquette indiquant sa provenance.
Cette philosophie de recuperation est poussée à son paroxysme à travers la ligne artisanale, la ligne 0 : les pièces de cette ligne sont crées à la main à Paris et nécessitent plusieurs jours de travail. Ils sont la plupart du temps fabriqués à partir de matériaux improbables, comme par exemple des gants de ski. Récupération, déconstruction et recomposition sont les maîtres mots de cette ligne.
La ligne 22 est composée des chaussures, en dehors de la qualité évidente des chaussures habillées (derbys, bottines etc) on s’intéressera aux sneakers, plus caractéristiques de la griffe.
D’abord les Replica GAT, qui s’inspirent directement des GAT (German Army Trainers), chaussures d’entraînement de l’armée allemande au design sobre et efficace. Si celui des MMM est quasi authentique à l’original, la qualité Margiela apporte un confort supplémentaire qui fait de ses répliques de vrais pantoufles.
Plus original maintenant, les sneakers high (montantes) Margiela et en particulier le modèle « Ankle hi-top sneakers » caractérisé par le cordon suédé qui fait le tour de la cheville.Ici encore, il s’agit de vrais chaussons qui feront à proprement parler l’amour à vos pieds.
Un nouveau classique dans les sneakers montantes déclinés depuis sa parution dans plusieurs couleurs.
Enfin, un autre classique de la maison : ses t-shirt AIDS édités depuis 1994. 20% des bénéfices issus des ventes de ces t-shirts sont reversés à une association de lutte contre le sida.
L’imprimé, imaginé par le styliste Lutz Huelle, dit:
« There is more action to be done to fight aids than to wear this t-shirt but it’s a good start »
En conclusion, Maison Martin Margiela est à la fois une griffe confidentielle, réservée aux initiés, mais aussi incontournable, tant les codes déconstructionnistes de Margiela ont influencé la mode de ces vingt dernières années.
Pour en savoir plus sur Margiela, consultez le livre publié à l’occasion de son vingtième anniversaire, véritable icône des codes Margiela.
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