Couture [niv. intermédiaire] – Comment faire un ourlet invisible ?

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A tous les hommes volontaires qui ont besoin d’ourlets invisibles, prenez vos responsabilités. Un véritable dandy doit être capable de se servir du kit de couture disponible dans la chambre de son hôtel quatre étoiles.

Alors refermez votre BonneGueule Book qui vous invite benoîtement à filer chez la couturière du quartier – à moins que cette phrase ne soit de Geoffrey. Retroussez votre chino, remontez vos chaussettes, il est temps d’apprendre à faire vos ourlets vous-même. Réjouissez-vous : avec l’économie de la retouche, vous pourrez compter sur dix euros supplémentaires pour vous payer enfin un beau caleçon lors de votre prochain achat de sous-vêtements…

De quel ourlet parle-t-on ?

Ourlets invisibles, revers apparents, New-York cuff, rouloté, il existe beaucoup de manières de faire la jonction entre le pantalon et les chaussures. Le choix se fait en fonction de la morphologie, de la nature des chaussures, des vêtements et du style recherché mais aussi de l’environnement. Observez les hommes élégants qui marchent dans la rue : à Milan, ils aiment exhiber leurs chaussettes tandis qu’à Chicago, la tendance consiste à les recouvrir complètement.

Le "Gilles" de Watteau - tableau exposé au Louvres

Le « Gilles » de Watteau – tableau exposé au Louvres

Quoi qu’il en soit, à l’ère du prêt-à-tout-porter, les hommes honnêtes sont obligés de raccourcir leurs pantalons pour les ajuster à leur propre taille.

Par la suite, vous allez apprendre à retoucher un pantalon à l’aide d’un ourlet invisible tel que celui du mannequin sur la photo ci-dessus. Pour illustrer cet article, je vais travailler un pantalon en flanelle grise que je viens d’acheter à Londres en détaillant, étape par étape, une manière plus solide et élégante que celle de votre couturière de faire un ourlet invisible.

Le nécessaire à coudre


Sachez dans un premier temps que tout gentleman digne de ce nom possède, dans son équipement de couture de survie :

  • une dizaine d’aiguilles à broder les plus fines possibles,
  • une petite boîte d’épingles,
  • un dé à coudre,
  • une petite paire de ciseaux de couture (ne coupez jamais rien d’autre que du fil ou du tissu avec)
  • des bobines de fil de couleurs basiques, les plus fins et solides possibles
  • un mètre ruban.

L’idéal est de choisir du matériel de qualité que vous trouverez dans n’importe quelle mercerie ou, par défaut, dans le supermarché du coin. Si vous souhaitez en revanche faire des économies, ce qui me paraît évident de la part de quelqu’un qui en est à un niveau de pingrerie tel qu’il se réjouit d’économiser dix euros sur le dos d’une couturière, alors rendez-vous au prochain vide-grenier. C’est encore dans les foires du dimanche que l’on trouve les meilleures occasions, surtout en ce qui concerne les bobines de fil.

Avant-propos important pour la suite :

  • l’endroit d’un tissu est sa partie la plus noble, celle qui est visible, l’envers est a contrario la partie intérieure ;
  • la trame est la structure selon laquelle les fils sont tissés ensemble pour obtenir le tissu.

La méthode pour faire son ourlet soi-même

Maintenant que vous êtes muni d’une aiguille la plus fine possible et d’un fil de la couleur de votre pantalon à retoucher, il est temps de vous retrousser les manches et de vous lancer.

Commencez d’abord par poser cette aiguille ou vous allez vous blesser. Mettez votre pantalon, ajustez convenablement votre ceinture, puis rentrez le surplus de tissu à l’intérieur d’une jambe, envers contre envers, jusqu’à la hauteur d’ourlet souhaitée. Le tissu contre votre jambe ne doit pas être froissé. Nette, la pliure doit être perpendiculaire à l’axe de la jambe. A l’aide d’une épingle devant et d’une autre derrière, piquez grossièrement sur l’endroit de sorte que les tissus restent en place. Ce marquage sommaire va servir d’étalon. Vous pouvez ôter votre pantalon et le retourner entièrement, avec soin, sinon vous allez vraiment vous blesser. Travaillez désormais sur un support large et sous une forte source lumineuse.

Avant toute chose, faites des mesures de la longueur de tissu que vous avez replié sur tout le périmètre de l’ouverture de jambe. Vous obtiendrez des valeurs qui diffèrent légèrement de plus ou moins un centimètre. Faites la moyenne et notez ce chiffre quelque part, ce sera la mesure de référence que vous allez appliquer très exactement sur les deux jambes.

Retirez les deux épingles qui maintiennent les tissus en place et disposez-en de nouvelles verticalement (dans l’axe de la jambe) en prenant soin de respecter systématiquement la longueur de référence. Une petite dizaine d’épingles suffit à maintenir parfaitement les deux tissus l’un contre l’autre. A présent, disposez régulièrement des épingles à l’horizontal tout le long de la tangente à la pliure.

Faites attention à attraper le moins possible de tissu dans ces épingles-là de sorte que, lorsque vous aurez retiré toutes les épingles verticales, vous puissiez déplier la jambe entièrement sans qu’il n’y ait de faux plis. Cela vous permettra de faire le revers un peu plus tard.

Avec votre paire de ciseaux de couture, coupez le tissu afin qu’il reste 6 centimètres après la ligne d’épingle. Cette longueur constitue une marge de sécurité si le tissu venait à rétrécir parce que vous n’auriez pas suivi les conseils d’entretien de Benoît. Tant que vous y êtes, mettez le surplus de tissu de côté, il sera le bienvenu lorsque vous devrez réparer une déchirure accidentelle. A propos de mon pantalon, comme vous pouvez le constater sur la photo, je n’ai pas eu à couper le tissu parce qu’il y avait approximativement 6 centimètres à enlever. De toute façon, je ne déchire jamais mes pantalons de manière accidentelle. La rumeur qui colporte que j’en ai déjà craqué un sur scène n’est qu’un tissu de mensonge – solide, pour le coup.

Pliez le tissu au niveau des épingles, envers contre envers, et pliez encore la partie intérieure sur elle-même pour obtenir une épaisseur triple sur 3 centimètres. Maintenez la structure à l’aide d’une nouvelle série d’épingles verticales. Sans rire : c’est le moment où l’on se blesse pour de vrai et où l’on jure contre ces maudites épingles horizontales. Alors n’hésitez pas à les enlever au fur et à mesure que vous repliez le tissu sur lui-même. Cette épaisseur intérieure s’appelle le revers.

C’est le moment de récupérer l’aiguille que vous avez préparée au début de ce billet. Bien entendu, vous n’y enfilerez jamais un morceau de fil plus grand que votre bras, c’est la règle. A propos, si vous n’avez pas trouvé un fil de la couleur exacte de votre pantalon, choisissez la couleur la plus proche et la plus sombre.

Pour marquer le départ, faites un point d’arrêt sur l’endroit du revers : piquez plusieurs fois au même endroit (3 ou 4 points suffisent).

Le point de chausson est la clé de voûte de l’ourlet invisible. Ce point permet de maintenir deux tissus l’un contre l’autre de la manière la moins visible possible. Gardez en tête le schéma suivant pour vous souvenir du principe général de ce point de couture qui est un point qui progresse dans le sens inverse du sens de piquage.

A titre d’exemple, un couturier droitier qui fait un point de chausson tient l’aiguille dans sa main droite, pique de la droite vers la gauche, emmène le fil à droite, pique de nouveau de la droite vers la gauche, etc. Le schéma ci-dessus est traité du point de vue des droitiers mais, pour ces personnes indignes de confiance que sont les gauchers, il suffit d’appliquer une symétrie axiale.

Dans le cas de l’ourlet invisible, le point de chausson est constitué d’un « petit » point sur l’envers (bleu sur le schéma) de la jambe et d’un « gros » point qui traverse le revers. Le petit point signifie que l’aiguille passe sous le moins de fils possibles de la trame (repère rouge ci-dessous). A l’inverse, le gros point indique que l’aiguille traverse entièrement la trame des deux épaisseurs du revers.

Surtout, rappelez-vous la règle d’or : ne jamais serrer le point pour éviter de marquer l’endroit du pantalon d’une ligne inesthétique sur l’endroit de la jambe telle que ci-dessous.

(note de Benoit : c’est bien la première fois que je vois des pompes pareilles !)

Cela suppose de travailler avec une souplesse que vous allez vous approprier en pratiquant. D’ailleurs, vérifiez que vous ne marquez pas l’envers du pantalon en retournant la jambe au bout de quelques points. N’hésitez pas à recommencer si vous n’êtes pas satisfait.

Si vous souhaitez que l’ourlet soit très solide, espacez vos points d’un centimètre ou moins. Si vous préférez aller vite, vous pouvez aller jusqu’à 2 centimètres.

Une fois que vous avez fait tout le tour de l’ourlet et que vous êtes revenus au point d’origine, terminez par un point d’arrêt.

Procédez au repassage. Attention, même si vous respectez la température indiquée sur son étiquette, je vous conseille fortement de repasser le pantalon en disposant un torchon entre le fer et le tissu. Cela lui évitera de lustrer de manière irréversible. Si vous voulez appliquer une technique séculaire de ninja, vous pouvez humidifier le torchon avant de passer le fer dessus. Cette méthode dite de la « pattemouille » représente la meilleure manière de repasser à la vapeur – d’ailleurs, en haute couture, il est hors de question d’envoyer la vapeur directement avec un fer.

Après avoir répété la même opération sur l’autre jambe en appliquant la même longueur de référence, vous obtenez ce résultat : aucune marque de rétrécissement du pantalon n’est perceptible. Vous venez de gagner un niveau.

A propos Romain FRG

Je suis comédien et musicien dans le spectacle « Les Franglaises ». Et je dessine, coupe et crée mes propres vêtements. J’adore ce qui pétille, et j’aime prendre des risques en tweetant des phrases engagées comme « la joie est au coeur du bonheur ».

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  • http://www.bonnegueule.fr/ Geoffrey – BonneGueule.fr

    je pense que tout le monde n’est pas passionné à ce point, c’est pas grave :)

  • http://www.facebook.com/fabien.martinez.71 Fabien Martinez

    Pour les sceptiques je ne comprend pas comment on peut se dire passionné de mode ou d’habillement et ne pas se mettre un minimum à la couture.

  • http://www.bonnegueule.fr/ Geoffrey – BonneGueule.fr

    Romain est un ami qui fait du théâtre (les Tistics, vraiment chouette), on s’est rencontré via le blog.

  • http://www.bonnegueule.fr/ Geoffrey – BonneGueule.fr

    c’est vrai qu’elles sont horribles !